Marisol Hernandez tient un salon de coiffure à Whitehorse. Pour elle, il ne faut pas hésiter à lancer son entreprise. « L’être humain s’adapte à toutes les circonstances et est capable d’apprendre beaucoup de choses. »
Les femmes entrepreneures canadiennes dirigent 18 % des entreprises (principalement des PME) et représentent plus de 37 % des travailleur.e.s autonomes selon le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE).
Malgré leur impact indéniable sur l’économie canadienne, les femmes entrepreneures rencontreraient davantage de difficultés que leurs homologues masculins.
L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) a réalisé une étude sur l’impact économique des femmes francophones et acadiennes au Canada, dont les résultats seront publiés au printemps, mais d’ores et déjà, elle peut indiquer quelques tendances. « Dans les trois territoires, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, les femmes entrepreneures mentionnent plusieurs barrières auxquelles elles font face telles que l’équilibre travail et vie familiale, la gestion du temps, et la charge de travail », informe Geneviève Latour, vice-présidente de l’AFFC.
« Les entreprises dirigées par les femmes sont confrontées à plus de discriminations fondées sur le genre ou le sexisme et au travail non rémunéré », rapporte-t-elle. « Si on changeait un peu cette culture, ça ajouterait de l’argent au PIB du pays. »
Mexicaine d’origine, Marisol Hernandez a repris en 2023 un salon de coiffure, The Cutting Edge, à Whitehorse. Pour elle, il n’est pas toujours simple de trouver un équilibre entre la gestion de son entreprise et son rôle de maman. « Ce n’est pas la même chose de travailler huit heures et de quitter le travail que d’avoir une entreprise qui vous absorbe davantage de temps », partage-t-elle. « Mais cela me rend épanouie, cela me rend satisfaite de ce que j’ai accompli, de la façon dont j’ai évolué depuis mon arrivée au Canada », reconnaît-elle.
Charlie-Rose Pelletier, coordonnatrice des projets en égalité des genres aux Essentielles, rapporte que les mythes et les préjugés liés aux femmes entrepreneures sont intériorisés par les femmes elles-mêmes. « Dans l’enquête, elles-mêmes reconnaissaient qu’elles étaient le plus gros frein à leur développement en tant que leadeuses parce que ces discours et préjugés sont si ancrés qu’elles finissent par y croire. »
Des stéréotypes encore présents
Les Essentielles, l’organisme de représentation des femmes franco-yukonnaises, ont mené une enquête de janvier à mai 2025 dans le cadre du projet « Changements systémiques pour améliorer les conditions des femmes dans les postes de leadership. »
« Les préjugés entendus étaient surtout en lien avec le leadership dit “féminin” comme quoi les femmes sont douces, moins stratégiques et fonceuses dans leurs décisions », souligne Charlie-Rose Pelletier, coordonnatrice des projets en égalité des genres pour l’organisme.
Elle rapporte que ces mythes et préjugés sont également intériorisés par les femmes elles-mêmes. « Dans l’enquête, elles-mêmes reconnaissaient qu’elles étaient leur plus gros frein à leur développement en tant que leadeuses parce que ces discours et préjugés sont si ancrés qu’elles finissent par y croire. »
« Certaines disent toutefois que cela les aide à douter d’elles-mêmes parce qu’elles sont plus prudentes dans leurs choix et leur permet de prendre des décisions plus lentement », ajoute-t-elle. « Ce qui peut être un avantage dans les affaires. »
Sylvie Gewehr, herboriste à Haines Junction, possède plusieurs entreprises. Pour elle, il est important d’entrer en contact avec d’autres femmes pour partager son expérience et des conseils.
Sylvie Gewehr, herboriste à Haines Junction, gère plusieurs entreprises et offre, entre autres, des services de comptabilité. Elle note, au fil de son expérience, que sa clientèle a parfois tendance à tirer parti de sa position de femme, sans en mesurer vraiment l’impact. « Les clients de compagnies tiennent pour acquis que je suis toujours disponible. Il y a un peu ce manque de conscience que, parce que je suis une femme et que je travaille de chez moi, je n’ai peut-être pas un horaire 9 à 5. Parfois, j’ai l’impression que, si j’étais un homme, il y aurait un peu plus de respect pour ça. »
Marcelle Fressineau est copropriétaire d’Alayuk Adventures, une entreprise proposant des balades en traîneau à chiens. Elle s’est installée au Canada en 1995. « Quand j’ai commencé au Québec, je suis allée voir les premiers tour-opérateurs français qui étaient supposés envoyer des clients. Ils m’ont dit non, on n’ira pas chez toi parce que, pour nous, le musher, il est barbu avec une chemise carreautée », raconte-t-elle.
« Mais, ça a changé, il faut faire changer les choses tranquillement », reconnaît la musheuse. « Les gens viennent parfois un peu par curiosité, puis ils voient que les femmes font très bien les choses. »
Femme et entrepreneure : une force
Se lancer en tant que femme entrepreneure peut constituer un atout selon plusieurs femmes entrepreneures.
Pour Marisol Hernandez, « être une femme apporte une perspective unique, car nous sommes naturellement empathiques, organisées et capables de gérer plusieurs choses à la fois, et la satisfaction de réussir n’a pas de prix! »
« Dans les 40 dernières années, le nombre d’entrepreneures femmes a augmenté trois fois plus vite que le nombre d’entrepreneurs hommes », souligne Geneviève Latour. « On sait que les femmes entrepreneures sont un atout. Puis, en général, sur le marché du travail, les personnes bilingues sont plus actives que les personnes anglophones. Donc, on peut imaginer qu’avoir plus de femmes francophones entrepreneures serait un atout pour notre pays. »
Les gens viennent parfois un peu par curiosité, puis ils voient que les femmes font très bien les choses.
Marcelle Fressineau est copropriétaire d’Alayuk Adventures, une compagnie de traîneaux à chiens. « Je pense que c’est comme pour tout. Pour les femmes, il faut toujours qu’on donne plus de preuves, plus de travail acharné. Sinon, il y a toujours un regard plutôt négatif. »
Pour Marcelle Fressineau, avoir le statut de femme entrepreneure n’a jamais été une faiblesse. « Ça ne m’a jamais dérangé qu’on me dise “tu ne peux pas faire ça parce que tu es une fille”, parce que je l’ai entendu toute ma vie. Au contraire, ça m’a stimulée. Donc, c’est peut-être une force. C’est comme si on te challenge à la limite. »
Soutien existant
Plusieurs moyens permettent aux femmes entrepreneures de développer leurs entreprises et d’allier vie privée et vie professionnelle tels que des programmes de mentorat et des événements entre leadeuses pour ouvrir le dialogue sur ces enjeux.
« La charge mentale est aussi un bien grand frein, alors avoir des services de garde assurés et des places en garderie sont essentiels à leur développement professionnel », ajoute Charlie-Rose Pelletier. D’ailleurs, les Essentielles, avec le service entrepreneuriat de l’Association franco-yukonnaise (AFY), avaient organisé une activité de réseautage pour femmes en affaires en novembre 2024.
Pour Geneviève Latour, il est important de promouvoir le réseautage, d’offrir du mentorat, des formations pour les entrepreneures immigrantes francophones et de développer des partenariats pour leur offrir un appui financier. « Les entreprises détenues par des personnes immigrantes ont généralement un taux de création d’emploi plus élevé que les entreprises qui sont établies depuis plus longtemps », indique-t-elle.
Oser franchir le pas
Sylvie Gewehr conseille de contacter d’autres femmes entrepreneures et de créer un réseau pour échanger des idées, conseils, expériences, et apprentissages afin de s’inspirer et de se motiver dans les moments plus difficiles. « Respecter aussi sa nature féminine. On essaie trop de faire comme les hommes, alors que ce sont nos qualités de femmes qui peuvent rendre nos entreprises uniques et utiles à notre société », dit-elle.
« Mon meilleur conseil est de croire en toi dès le premier jour », partage Marisol Hernandez. « Se lancer dans l’entrepreneuriat n’est pas facile, mais quand tu as une passion et une vision claire et que tu travailles avec détermination, tout prend son sens. »
« Il faut combattre ses peurs, ne laisser personne vous dire que vous ne pouvez pas y arriver, car nous sommes plus fortes que nous ne le pensons », ajoute-t-elle.
« Le fait d’être une femme ne doit pas être perçu comme un obstacle pour faire ce que l’on a envie de faire », estime Marcelle Fressineau. « Il faut toujours penser que rien n’est facile, mais tout est possible. Il ne faut pas avoir peur de se lancer. »
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