Angélina Delatte, gestionnaire par intérim, Justice et veille stratégique à l’AFY, observe un engouement de la part du corps professionnel juridique à offrir des services bilingues.
La première journée portait sur le droit criminel, le droit de l’immigration et le droit administratif, tandis que la seconde abordait les thèmes du droit de la famille et de la cybercriminalité.
« Cette formation répond à un besoin », rapporte Angélina Delatte, gestionnaire par intérim, Justice et veille stratégique à l’AFY. En effet, un sondage sur les besoins de la communauté juridique francophone du Yukon a été réalisé plus tôt. « À la question “Qu’est-ce qui vous permettrait d’offrir activement des services de justice en français au Yukon pour mieux répondre aux besoins des francophones”, les participants ont répondu à 73 % de la formation linguistique en français. »
Ruphine Djuissi était l’une des animatrices de la formation. Avocate en droits de la famille à Winnipeg, au Manitoba, et membre du Centre canadien de français juridique (CCFJ), elle rapporte que l’insécurité linguistique des professionnel·le·s est un enjeu. « Au Canada, il y a une pénurie d’avocats ou de juristes en général qui sont capables de parler aisément français, la majorité étant anglophone. »
Pour Me Djuissi, malgré le besoin grandissant, il existe peu de formations juridiques en français.
Des services bilingues
Une première formation de ce type avait été offerte en avril dernier au Centre de la francophonie. Angélina Delatte rapporte que plusieurs personnes qui y avaient participé se sont à nouveau inscrites à la deuxième formation. Pour elle, cela démontre une motivation et un intérêt à offrir des services bilingues.
Donald Legal animait également la formation. Directeur général adjoint du CCFJ, il abonde dans le même sens. « Les gens de l’intérieur de l’appareil sont très ouverts à offrir leur service en français. Non seulement ils n’ont pas d’objection, mais, souvent, il y en a qui cherchent activement à le faire. Je pense que le principal défi, c’est de leur donner les occasions d’apprendre le vocabulaire qui, souvent, n’est pas intuitif », constate-t-il.
Il reconnaît cependant que, malgré la volonté des provinces et des territoires d’offrir des services en français, les ressources financières demeurent insuffisantes.
La formation en terminologie juridique française a été offerte par Donald Legal, directeur général adjoint du Centre canadien de français juridique (CCFJ), et par Ruphine Djuissi, avocate en droits de la famille à Winnipeg, au Manitoba, et membre du CCFJ.
Ruphine Djuissi constate également que les professionnel·le·s francophones n’ont souvent pas le choix de se conformer à la langue de la majorité, l’anglais. « En tant que francophone, je n’ai pas eu d’autre choix que d’apprendre l’anglais. L’inverse n’est pas vrai, parce qu’un anglophone n’est pas obligé d’apprendre le français. Il peut fonctionner sans. Mais un francophone ne peut pas le faire. »
Elle rappelle que, dans certains domaines, comme le Code criminel ou le droit de la famille, les tribunaux fédéraux ont l’obligation de servir le public dans l’une des langues officielles, soit en français, soit en anglais.
Me Djuissi souligne l’intérêt grandissant d’offrir des services bilingues à travers le pays. Elle mentionne, entre autres, la volonté du Manitoba à devenir une province bilingue et l’augmentation du quota de l’immigration francophone de la part du gouvernement fédéral. « Ces personnes vont vivre en français, elles vont donc avoir besoin à un moment d’accéder à la justice en français. Ça veut dire que le marché va s’agrandir davantage. »
Parler français, un avantage
Pour Ruphine Djuissi, il n’est pas évident pour le grand public de maîtriser les termes juridiques en anglais. Offrir des services en français constitue donc un atout important, selon elle, notamment sur le plan financier pour le corps professionnel juridique. « Quand on est bilingue, on sait toujours que ça fait un dollar ou deux dollars de plus sur le salaire. »
Offrir des services bilingues, selon elle, serait aussi bénéfique à l’ensemble de la société et au gouvernement. « Vous pouvez prendre un prêt à la banque plus facilement, par exemple parce que vous comprenez les termes. Vous achetez, vous obtenez plus vite les prêts. Ça fait tourner l’économie. Tout le monde gagne, y compris l’État, parce qu’après, tourner l’économie, ça veut dire qu’on paie plus de taxes. Donc, pour moi, on gagne à tous les niveaux », conclut-elle.
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