Désigné en 1992, le Mois de l’histoire des femmes au Canada est, selon le gouvernement du Canada, « une occasion de célébrer les femmes et les filles de notre passé et de notre présent qui ont contribué de façon remarquable à façonner le Canada. »
Chaque mois d’octobre, la population canadienne est donc invitée à porter un nouveau regard, du point de vue des femmes, sur son histoire et de découvrir celles qui, peut-être souvent dans l’ombre, ont marqué notre société.
Femme de bûcheron, pilier de la famille yukonnaise
Pour Yann Herry, président de la SHFY, retracer les femmes dans l’histoire ne s’avère pas toujours évident. « Elles vivaient dans l’ombre de leurs maris », explique-t-il.
Malgré cela, certaines figures féminines ont laissé leur empreinte sur le territoire, comme Marie-Ange Beaudin, une femme remarquable ayant vécu au Yukon au début du XXe siècle.
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Originaire de la Gaspésie, Marie-Ange Beaudin quitte le Québec avec ses enfants Aline et Walbrod après la mort de son mari pour aller vivre avec un oncle au Yukon. Par contre, à son arrivée, la réalité du territoire ne correspond pas à ses attentes. Profondément déçue, elle tente de rebrousser chemin, mais sans succès. Son destin bascule et son désespoir prend fin lorsqu’elle rencontre Antoine Cyr, un jeune homme originaire du Nouveau-Brunswick et établi à Whitehorse avec son frère Maxime depuis déjà quelques années. Les deux s’éprennent presque immédiatement l’un de l’autre et se marient quelques jours après leur rencontre. Cette rencontre marque un nouveau départ pour Marie-Ange, qui contribuera dès lors à établir une nouvelle vie au Yukon.
Dans les années qui suivent, le couple aura cinq autres enfants et deviendra l’une des familles les plus importantes dans l’histoire de la ville de Whitehorse. En effet, Yann Herry explique qu’Antoine Cyr et son frère Maxime, tous deux bûcherons, ont donné une contribution fondamentale à la construction et au développement de Whitehorse. « Ce sont eux qui fournissaient des planches et du bois pour chauffer et pour construire des maisons […] Ils ont toujours été dans le milieu de l’industrie du bois. »
Marie-Ange Beaudin s’est éteinte à Whitehorse en 1970.
Même si la place de cette femme de bûcheron est peut-être plus discrète dans l’histoire, son rôle n’en est pas moins essentiel. Yann Herry souligne qu’« en restant à la maison et [en] s’occupant des enfants, les femmes avaient quand même un rôle important ». Leur présence assurait la stabilité du foyer et permettait à la société de se développer à travers la contribution à la communauté, le travail du mari et la croissance des enfants.
Sœur Marie-Zénon a grandi dans un couvent et a enseigné à l’École Saint-Henri de Montréal pendant un an avant de partir en mission.
Religieuses au service de la communauté francophone
En plus du rôle crucial des femmes au foyer dans les familles pionnières, un autre héritage féminin important dans l’histoire du Yukon est celui des religieuses missionnaires.
Yann Herry explique que les religieuses étant venues au Yukon durant le XXe siècle avaient « des ordres pour les pauvres, des ordres pour aider l’éducation, des ordres qui étaient là pour des hôpitaux… » et ont donc « participé à la mise en place du système d’éducation au Yukon. »
Deux congrégations ont particulièrement marqué le Yukon, les Sœurs de Saint-Anne établies à Dawson et les Sœurs de la Providence à Whitehorse. Leurs congrégations étant basées à Montréal, toutes les religieuses parlaient français. Cela leur a permis non seulement d’offrir des soins médicaux aux gens qui ne parlaient pas anglais, souvent isolés par la barrière linguistique, mais également d’assurer des cours de français aux enfants des familles franco-yukonnaises, leur permettant de développer leur langue maternelle.
Un ange gardien chez les familles de mineurs
Sœur Marie-Zénon, née Emma Fontaine, était la mère supérieure des Sœurs de Saint-Anne, et a vécu comme missionnaire à Juneau, en Alaska, et à Victoria, en Colombie-Britannique, avant de déménager à Dawson, au Yukon, en 1899.
Reconnue comme une « femme d’action et de cœur », elle a beaucoup contribué à la communauté dans les domaines de développement aux malades et de la mise en place du système d’éducation. Sœur Marie-Zénon offrait également du soutien financier aux familles des mineurs en les aidant à trouver du travail et un revenu à leur arrivée. Elle aurait même fondé la première banque d’Alaska.
Originaire de la Belgique, Sœur Marie-Joseph a grandi en parlant flamand et a appris le français lorsqu’elle est entrée au couvent.
L’innovatrice de l’éducation en français au Yukon
Sœur Marie-Joseph Calasanz, née Euphrasie DeRuyter, une sœur de Saint-Anne, fut également un personnage marquant dans l’histoire du Yukon. Née à Moorsele, en Belgique, le 7 juin 1860, Sœur Marie-Joseph est arrivée à Dawson en 1898.
Elle y est devenue la première institutrice francophone du Yukon, à l’École Sainte-Marie, qui se situait dans le bâtiment où se trouve maintenant le Programme Confluence. À la demande de sa mère supérieure, Sœur Marie-Joseph a publié un mémoire, Voix d’Alaska, en 1929, qui décrit la vie des sœurs missionnaires dans le Klondike au XXe siècle. Elle est décédée à Victoria, en Colombie-Britannique, le 4 mars 1946.
Tirer le voile sur l’histoire des femmes du Canada
Pour Yann Herry, l’histoire des femmes au Yukon est essentielle à raconter et d’une grande importance pour la SHFY. « On fait souvent des expositions où il y a juste des hommes, mais c’est important de se rappeler qu’il y a des femmes derrière ces hommes-là, et de les mettre en valeur », souligne-t-il.
Le Mois de l’histoire des femmes, au-delà des formidables figures féminines du passé, est aussi un moment pour réfléchir aux défis qui subsistent. Comme le rappelle le gouvernement du Canada, c’est l’occasion d’examiner les inégalités auxquelles les femmes et les filles font toujours face et tenter d’imaginer un futur menant à « un changement durable » dans l’égalité des genres.
Rébecca Fico, 15 ans, est journaliste en herbe pour l’Aurore boréale.
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