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le Jeudi 28 août 2025 7:54 Société

Gérard Lécuyer : un grand homme pour la francophonie yukonnaise

Gérard Lécuyer a été un fervent défenseur de la francophonie manitobaine et s’est impliqué également au Yukon. On lui doit notamment, en partie, la possibilité légale d’avoir une commission scolaire. — Photo : Archives AB
Gérard Lécuyer a été un fervent défenseur de la francophonie manitobaine et s’est impliqué également au Yukon. On lui doit notamment, en partie, la possibilité légale d’avoir une commission scolaire.
Photo : Archives AB

Gérard Lécuyer s’est éteint le 9 juillet dernier. Fervent défenseur du français en milieu minoritaire, il s’est impliqué dans le combat pour plus de services francophones non seulement au Manitoba, mais aussi au Yukon.

Originaire de Sainte-Agathe au Manitoba, Gérard Lécuyer a été tout au long de sa vie un grand défenseur de la francophonie.

Né le 2 août 1936, il grandit au sein d’une fratrie de 14 enfants. Il poursuit ses études au Collège de Saint-Boniface, puis à l’Université du Manitoba. Il amorce d’abord sa carrière dans le secteur privé, mais se tourne rapidement vers sa véritable vocation : l’enseignement.

C’est en tant que professeur de français à l’École Provencher de Saint-Boniface qu’il amorce concrètement son engagement en faveur de la langue française. Cette lutte l’amène, au début des années 1980, à s’impliquer dans la politique provinciale. Il est alors élu député de Radisson en 1981. Il s’y distingue par son militantisme en faveur de l’adoption d’une loi sur les services en français au Manitoba.

La Loi sur les services en français

En 1988, son gouvernement est défait. Gérard Lécuyer quitte alors les Prairies pour s’établir une première fois au Yukon, où il est embauché comme consultant par le gouvernement territorial.

Jeanne Beaudoin, alors présidente de l’Association franco-yukonnaise (AFY), se rappelle : « Il avait été engagé pour aider le gouvernement du Yukon à mettre en place la Loi sur les langues, mais aussi les politiques, les structures qui y seraient rattachées. » C’est durant cette période que M. Lécuyer contribue activement à l’établissement des fondements de la Loi sur les services en français, ainsi qu’à la création d’un bureau de traduction et d’interprétation, aujourd’hui connu sous le nom de Direction des services en français.

« Il arrivait avec une bonne expérience de son passage au gouvernement du Manitoba. C’était un ardent défenseur des droits des francophones. Il croyait à ce qu’il faisait. Ça, c’était merveilleux », raconte Mme Beaudoin, elle-même grande défenseure des droits des francophones du Yukon. « Il y avait de la rigueur et de l’intelligence dans ce qu’il faisait. »

Grâce à des consultations auprès de la communauté, M. Lécuyer fait le lien entre les francophones du territoire et leur gouvernement. « C’était bien d’avoir quelqu’un comme ça. J’ai beaucoup de respect pour cet homme-là. Il a été important dans le développement de la communauté. Il y croyait. Ce n’était pas juste des belles paroles. Il avait un engagement sincère et, en plus, il arrivait avec l’exemple du Manitoba », ajoute-t-elle.

L’impact en éducation francophone

Au même moment, le gouvernement du Yukon entreprend de réviser la Loi sur l’éducation du Yukon. Habitué au jargon légal, Gérard Lécuyer persuade Tony Penikett, premier ministre du Yukon à l’époque, d’inclure dans cette révision une clause permettant de créer une commission scolaire au Yukon. C’est cette clause qui aura un impact déterminant pour la gestion scolaire de la communauté franco-yukonnaise et, plus tard, dans la possibilité de la création d’une commission scolaire pour les Premières Nations.

De retour au Manitoba en 1990, il devient directeur général de la Fédération provinciale des comités de parents du Manitoba (FPCP), où il poursuit son engagement en faveur de la gestion scolaire des écoles françaises. Ce travail culminera avec un jugement historique de la Cour suprême en 1993 en faveur de l’éducation en français, menant à la création de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) en 1994 – une réalisation majeure pour la francophonie manitobaine.

« C’était un gars qui avait un sens aigu de la justice sociale », a confié Raymond Poirier, ancien membre de la FPCP, au journal La Liberté. « Certains disaient qu’il était têtu (rires), mais c’était bon d’avoir quelqu’un qui ne flanchait pas facilement. C’était le genre de personne qui allait au bout des choses. On ne l’amenait pas facilement à faire des compromis. » Un discours qui corrobore avec les dires des personnes du Yukon qui ont côtoyé M. Lécuyer.

Une fois son mandat terminé, il retourne une seconde fois au Yukon, à la requête de Mme Beaudoin, alors agente de liaison pour l’AFY. « Je l’avais approché, mais il demandait un salaire de consultant. Notre petite association n’avait pas les fonds pour ça, mais il avait quand même accepté le contrat. Pour lui, c’était presque du bénévolat! C’est pour dire à quel point il croyait en ce qu’il faisait ». À cette occasion, il collabore à la création officielle de la Commission scolaire francophone du Yukon no 23, en 1996.

Il revient ensuite définitivement au Manitoba, où il travaille comme consultant dans les domaines de l’éducation, de l’environnement et du développement communautaire. À l’âge de 79 ans, il réalise un rêve de longue date : marcher le chemin de Compostelle avec sa petite-fille Pascale.

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