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le Jeudi 8 octobre 2026 6:53 Société

François Bernier : une vie en mode solution

François Bernier a présenté une conférence sur le leadership inclusif au personnel de l’Association franco-yukonnaise le 23 septembre dernier. — Photo : Maryne Dumaine
François Bernier a présenté une conférence sur le leadership inclusif au personnel de l’Association franco-yukonnaise le 23 septembre dernier.
Photo : Maryne Dumaine

L’entrepreneur et conférencier François Bernier était au Yukon en septembre dernier pour parler de leadership inclusif et d’inclusion scolaire.

Le titre de la conférence présentée le 23 septembre au personnel de l’Association franco-yukonnaise était Quand l’impossible devient possible. Le mot d’ordre de François Bernier est de ne pas se laisser intimider par les limites.

Utiliser le temps emprunté

L’homme de 37 ans est atteint d’amyotrophie spinale de type 2. Ses muscles ne sont jamais développés.

Alors qu’il n’était âgé que de trois ans, un urgentiste a dit à ses parents que la prochaine pneumonie pourrait être la dernière. Contre l’avis des spécialistes, ses parents l’ont inscrit à l’école régulière. « Être sans peur (fearless), ç’a commencé par mes parents. Ils ont vu ça comme du temps emprunté et ça m’a donné une certaine urgence de vivre. Ils se sont fait dire que j’allais plafonner à l’école, mais je me suis intégré et j’ai fini roi du bal », mentionne M. Bernier. Il ajoute que « ce n’est jamais la personne qui plafonne. C’est l’environnement qui fixe le plafond. »

Le conférencier a mis l’accent sur l’importance du soutien de son entourage. Ses amis du primaire et du secondaire trouvaient des solutions chaque jour pour le faire participer à leurs activités. « Être bien entouré ne m’a pas seulement soutenu : ça m’a porté vers mes rêves. Bien entouré, on arrête de se demander ce qui est possible », fait-il remarquer. « On n’essayait pas de ‘‘m’inclure’’, mais plutôt de toujours penser à moi quand ils organisaient une activité. »

Il entreprend des études en génie logiciel à la Polytechnique de Montréal. À sa première journée d’université, il est confronté aux marches des escaliers. Ce n’était pas adapté pour les gens en situation de handicap. Au bout de deux ans, il abandonne ce domaine et se tourne vers l’économie. Il terminera un baccalauréat à l’Université de Montréal et une maîtrise en stratégie à HEC Montréal. Face aux déboires de ses débuts en ingénierie, il répète souvent que « l’exclusion est rarement une intention. C’est un défaut de conception. »

Créer ses possibilités

Malgré ses diplômes, il n’a pas réussi à se trouver un emploi. « J’arrivais presque toujours deuxième. Ce n’était jamais moi qui avais l’emploi. Je crois que les employeurs avaient des craintes, en me voyant à l’entrevue ». Il transforme alors les refus répétés en tremplins et cofonde en 2018, avec Vincent Meslage, un de ses meilleurs amis, la firme Horizon B2B (Business to Business), qui offre des services aux entreprises et les accompagne dans leur cheminent professionnel. « Personne ne m’embauchait, alors j’ai créé mon poste. Ce que je ne pouvais pas faire (le réseautage en personne, le 5 à 7, le porte-à-porte) m’a forcé à inventer une autre façon de vendre. Ce qu’une personne différente ne peut pas “faire comme tout le monde” est souvent là où naît l’innovation », explique l’entrepreneur.

Il a commencé à présenter des conférences en 2019 lorsqu’une personne travaillant au gouvernement du Canada à Montréal l’a approché sur une plateforme virtuelle pour lui offrir de faire une présentation sur son parcours. Il a offert une vingtaine de conférences au fil des années. « J’aime parler du sujet de l’inclusion. C’est vraiment important de sensibiliser les gens et de contribuer à changer les choses. On n’en parle pas beaucoup », fait-il remarquer.

Lorsque la COVID est survenue en 2020, il a perdu les trois quarts de sa clientèle en une matinée. En mode solution, il se tourne vers les formations en ligne et le réseautage virtuel. « Pivoter, pour moi, ce n’était pas une stratégie. C’était une habitude. Les gens qui vivent avec une contrainte arrivent déjà entraînés à la résilience », rappelle-t-il.

Depuis, il accumule les réussites : il a fait partie d’une campagne du gouvernement fédéral La bosse des affaires qui présentait des entrepeneur·es en situation de handicap qui brisent les barrières et bâtissent des entreprises. En 2025, il a aussi écrit le livre Handi en collaboration Sophie Marcotte.

Amenez-en des défis!

François Bernier aime les défis. Sa situation de handicap ne l’a pas empêché de parcourir 600 kilomètres en dix jours pour amasser des fonds pour la recherche sur la dystrophie musculaire. En effet, poussé par un ami en patin à roues alignées il a parcouru, en fauteuil de course, Montréal à New York. Les deux amis ont récidivé en traversant la France, du Mont Saint-Michel à Marseille. « Les véritables barrières ne sont pas physiques. Elles sont mentales. Et l’impossible, ça se crée. Nos rêves ne sont jamais trop grands si on choisit d’y croire malgré les obstacles », remarque-t-il.

« Le monde veut plus parler [d’inclusion], mais il n’y a pas tant d’actions qui sont mises en place de la part des organisations. Ce n’est pas vraiment une priorité. Il y a quand même beaucoup de programmes pour aider à embaucher des personnes, à adapter des commerces, mais les gens ne prennent pas part à ça. Malheureusement, il faut souvent les obliger à rendre les commerces accessibles. Il faudrait peut-être avoir des quotas d’embauche de personnes en situation de handicap », détaille M. Bernier.

Toujours en recherche de nouvelles possibilités, François Bernier a lancé une plateforme intitulée Tandem pour aider le jumelage des personnes en situation de handicap avec des personnes soignantes au Québec, il planifie un voyage au Japon et pense aussi à un défi à se lancer pour l’été 2027.

En terminant, monsieur Bernier aimerait rappeler aux gens qu’il est important de voir les choses autrement et qu’un handicap peut être considéré comme un atout. « On m’a donné du temps emprunté. Je m’en sers pour ouvrir des portes. Tenez-en une ouverte. »

IJL – L’Aurore boréale

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