Durant le Forum du Yukon du 6 février dernier, le gouvernement du Yukon a mentionné aux chef·fes des Premières Nations du Yukon qu’il suspendait la création de l’office de la santé et qu’il abrogera à l’automne la Loi sur l’office de la santé du Yukon adoptée en avril 2024.
Les raisons du gouvernement
Par communiqué de presse le 9 février, le gouvernement du Yukon a convenu de l’importance de se pencher sur les priorités communes dans la réforme du système de santé pour le rendre respectueux des cultures, orienté vers la personne et axé sur l’amélioration de la santé et du bien-être de la population, mais a estimé que ces objectifs peuvent être atteints sans changer le modèle de gouvernance.
Le gouvernement propose de continuer la collaboration dans le cadre du Comité consultatif sur la réforme du système de santé. Il s’engage au cours des prochains mois à travailler en partenariat avec les gouvernements des Premières Nations, avec le concours des syndicats, de la Régie des hôpitaux du Yukon et de la profession médicale, afin d’établir une feuille de route pour améliorer la sécurité culturelle, l’intégration du système et l’accès aux soins primaires.
La question financière a également été soulevée. Le transfert des pensions des fonctionnaires depuis le régime de retraite public vers un régime administré par un office de la santé entraînerait un coût de plus de 70 millions de dollars.
Le 11 février, le conseil d’administration de Shäw Kwä’a reçu une lettre du ministre de la Santé et des Affaires sociales lui demandant de mettre en pause les activités liées à la mise en œuvre de l’office de la santé.
Les réactions des Premières Nations
Les Premières Nations du Yukon se disent déçues par la tournure des événements et demandent au gouvernement du Yukon de revenir sur sa décision. Elles trouvent déplorable que le gouvernement du Yukon utilise seulement les considérations financières liées aux coûts des régimes de retraite et ne considère pas les efforts collaboratifs et le temps qui ont été mis pour la création d’un système coordonné, culturellement sécuritaire et durable pour tous les Yukonnais et toutes les Yukonnaises.
La présidente du Comité des chefs sur la santé, Pauline Frost, a mentionné que « pour les Premières Nations du Yukon, la discrimination au sein du système de santé se vit en première ligne, et y remédier exige des changements structurels ». Elle ajoute : « Bien qu’il y ait eu au départ un intérêt de la part du nouveau gouvernement à tenir une rencontre dédiée entre le Comité des chefs sur la santé et le ministre à ce sujet, le retrait subséquent de cette offre a soulevé des questions quant à l’engagement du gouvernement à faire progresser la transformation du système de santé d’une manière qui respecte et maintient les fondements établis par l’élaboration de Shäw Kwä’a. »
La grande cheffe du Conseil des Premières Nations du Yukon, Math’ieya Alatini, rappelle qu’au Forum du Yukon « nous avons entendu des témoignages puissants et émouvants sur la manière dont notre système de santé continue de faire défaut de façon disproportionnée aux Premières Nations du Yukon. Plutôt que de choisir de suspendre la mise en œuvre de l’office de la santé/Shäw Kwä’a, nous avons demandé au nouveau gouvernement de traiter ces préoccupations de bonne foi », ajoute la grande cheffe. Selon elle, c’est ainsi que fonctionne un réel partenariat « en écoutant, en respectant chaque voix et en honorant notre responsabilité commune de réparer ce qui ne fonctionne pas. »
Pour Stephen Mills, président du conseil d’administration de Shäw Kwä’a « notre priorité est la clarté et le respect de la loi. Tant que la loi n’est pas modifiée ou abrogée, elle demeure en vigueur. Nous avons hâte de rencontrer le ministre afin de discuter des prochaines étapes d’une manière qui respecte l’Assemblée législative, les Premières Nations du Yukon, les travailleurs et travailleuses de la santé ainsi que l’ensemble des Yukonnais et Yukonnaises. »
Isabelle Salesse est directrice générale de l’Association franco-yukonnaise.
Du côté de la francophonie
Isabelle Salesse, directrice générale de l’Association franco-yukonnaise (AFY), n’est pas énormément surprise de cette décision, car le Parti du Yukon avait annoncé durant sa campagne électorale qu’il voulait revoir la question de l’office de la santé et qu’il avait voté contre l’adoption de la loi. Mme Salesse s’attendait à une analyse d’où était rendu l’office et de voir quels ajustements à la loi le gouvernement aurait pu faire. « Je trouve dommage qu’on investisse du temps et de l’argent dans un projet d’envergure et que, pour terminer, l’office ne soit même pas en place. »
Madame Salesse affirme comprendre la frustration des Premières Nations et des personnes qui ont travaillé sur le dossier et qui se sont battues pour apporter du changement dans le système de santé, notamment pour combattre le racisme systémique et offrir des soins culturellement appropriés.
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L’AFY réitère son engagement à travailler avec les Premières Nations du Yukon et les instances concernées pour faire améliorer le système de santé au Yukon. « La communauté franco- yukonnaise s’attend à être interpellée et plus incluse dans la réflexion à venir. Il est important de penser en amont et d’inclure les francophones dès le début plutôt que quand on a finalisé le projet et d’essayer de nous faire “fitter” à l’intérieur », conclut la directrice générale.
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