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le Jeudi 5 novembre 2026 6:52 Francophonie

Félicienne Otchoun : à la confluence des paysages ouest-africains et yukonnais

Félicienne Otchoun est arrivée au Yukon en 2024.  — Photo : Fournie
Félicienne Otchoun est arrivée au Yukon en 2024.
Photo : Fournie

Un portrait qui met en évidence la force des métaphores culturelles ainsi que les paysages intérieurs et extérieurs.

Pouvez-vous nous esquisser un autoportrait?

Alors je suis Félicienne Otchoun, originairement de l’Afrique de l’Ouest. Je suis installée au Yukon depuis 2024. Et, je suis maman et travaille dans le secteur social.

Quelles sont les raisons qui ont informé la décision de quitter votre pays natal?

J’ai quitté l’Afrique pour suivre les études postsecondaires. En fait, je suis partie pour l’Europe et je ne suis pas retournée y vivre, mais je retourne régulièrement.

Avez-vous une image persistante du moment que vous avez quitté votre pays et qui vous rattache encore à votre pays natal?

L’image qui me revient le jour où je quittais ma famille, c’est ma maman debout au bord de la route, me disant au revoir avec quelques voisins et, en gros, me souhaitant bon vent et, quelque part, reviens vite!

Vous a-t-on explicitement demandé de retourner vite?

Non. En revanche, il n’y a pas eu ce genre de discours. C’est plutôt le genre bon voyage, prends soin de toi et on est là. Pour moi, c’était une image forte qui se profilait derrière ces mots. En fait, j’entendais : on espère que ça va bien aller pour toi, notre enfant, mais si jamais…, on est là! Tu sais où nous trouver.

Y a-t-il un parfum, un goût qui déclenche la nostalgie de la terre natale?

Il y en a tellement : quelques-unes plus fortes que d’autres. Je dirais une bonne sauce d’arachide! Et, je crois qu’on arrive à un goût suprême pour moi si on mélange une sauce gombo avec la sauce d’arachide. Mais, il y a aussi la sauce gombo avec du poisson fumé, la sauce raide avec de la viande de bœuf ou du poulet fumé… Peu importe ce qu’on met dedans, c’est exquis!

Peut-on y ajouter la peau de bœuf?

Bien sûr, ça se mange!

Comment ça se prépare?

Bien sûr, la peau de bœuf, c’est un peu comme du bacon épais qu’on trouverait ici. C’est seulement la partie peau qu’on utilise. Ça reste un bon souvenir de plat que j’aime et garde en tête.

Ici, ça vous arrive de cuisiner avec la peau de bœuf?

La peau de bœuf, ici, je n’en trouve pas. Mais, la sauce d’arachide aux gombos, bien sûr que je le fais… La queue de bœuf aussi, c’est très bon. Donc, voilà, pour le plat typique, c’est la sauce d’arachide aux gombos, accompagnée bien sûr de ce que nous allons appeler la pâte de maïs. Une boule de pâte, qui ressemblerait un peu à la polenta italienne. C’est l’équivalent de l’igname pilé ou une purée de patates, mais un peu plus consistante.

L’igname, on peut en trouver ici?

Oui, l’igname, on en trouve ici. Mais, pas vraiment du bon. Il y a différentes sortes d’ignames. Il y en a qu’on pile dans le mortier. Donc, je préfère me contenter de faire la pâte parce que ça, j’en trouve de bon.

Quel objet avez-vous apporté et qui récapitule votre trajectoire et vous a aidé à trouver un nouvel ancrage au Yukon tout en préservant le lien avec votre pays natal?

Je n’ai vraiment pas besoin d’objets pour être connectée à la terre natale. Je reste et resterai toujours malgré mes nombreux voyages une Africaine. Mais l’objet qui m’a toujours suivi, c’est une photo de mes parents. Je pense que je devrais être très jeune quand cette photo a été prise. Je suis tombée dessus et elle me suit un peu partout.

Y a-t-il des choses ou aspects du Yukon qui vous ramène à l’Afrique?

Ce qui me renvoie à l’Afrique, ce sont les montagnes. D’ailleurs, mon coin natal s’appelle le pays des collines. On a de grandes montagnes comme ici au Yukon. Et, j’ai cette sensation parfois d’être toujours connectée avec mon chez-moi. Mais, à toute proportion gardée, au niveau de la température. Deux extrêmes : d’un côté +40 et de l’autre -40!

Quand vous vous regardez, voyez-vous d’abord et surtout la personne que vous étiez dans votre pays d’origine ou la personne que vous êtes devenue ici?

C’est un ensemble parce que je pense qui tu es conduit progressivement à qui tu deviens. Je pense à cette jeune fille qui a eu l’opportunité de poursuivre ses études ailleurs et d’apprendre de nouvelles choses et qui a débarqué en Europe loin des siens… Au début, c’était très dur de se dire j’ai envie d’aventure loin de la famille. Mais on apprend à vivre avec ça. J’ai parcouru l’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord maintenant. Après plusieurs provinces, j’arrive ici au Yukon. C’est plutôt une belle découverte pour cette enfant-là qui a quitté son village en voyant la voiture s’éloigner avec l’image de ses parents en arrière!

Mais les montagnes d’ici vous y renvoient de temps en temps?

Oui, d’être face aux montagnes, c’est ma tranquillité. Être au bord de l’eau, marcher dans les bois, arriver au bord d’un lac et, au loin, ces montagnes, c’est vraiment une reconnexion.

À quel moment ou dans quelles circonstances avez-vous senti pour la première fois : je suis chez moi au Yukon?

À mon arrivée à Whitehorse et à la vue des montagnes. C’était comme si j’étais chez moi. Ces montagnes me relient aux racines.

Et maintenant, après deux ans, diriez-vous que vous êtes chez vous?

Ça va paraître bateau ce que je dis, mais je me suis toujours sentie chez moi partout où je vais dans le sens que je me crée. Je suis chez moi par les liens que je crée avec les personnes, les belles personnes que je rencontre, par la présence de ma famille. Avoir la montagne, c’est un bonus… L’hiver dernier, j’ai été dépaysée un peu à cause du froid. C’était un tout petit peu trop long.

IJL – Diversité des voix – L’Aurore boréale

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