La communauté franco-yukonnaise continue de grandir en nombre. Elle est alimentée par les naissances locales, mais surtout par l’arrivée toujours constante de nouvelles personnes de tout âge en quête d’un emploi ou d’aventure.
Selon une étude menée en 2010 par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, la durée moyenne de séjour au Yukon varie entre quatre et cinq ans avant que les individus ne prennent la décision de retourner dans leur lieu d’origine ou ailleurs de façon temporaire, sporadique ou permanente.
Yvette Sormany
Yvette Sormany est arrivée au Yukon le 1er janvier 1988 avec tous les membres de sa petite famille. Elle était accompagnée de Maurice Albert, son conjoint, ainsi que de sa fille Kristiane, 9 ans, qui deviendra plus tard la première élève à graduer à l’école Émilie-Tremblay. Il y avait également les jumeaux Philippe et Dominique âgés alors de 7 ans, ainsi que leur petit chien Dophine.
Ce déménagement des Maritimes pour le Nord représentait une façon différente pour la famille d’accueillir la nouvelle année. Yvette se souvient de cette arrivée au Yukon alors que le thermomètre indiquait -40 degrés. Les enfants étaient affamés ce jour-là, mais tous les magasins de la ville étaient fermés pour le congé des Fêtes. Mais heureusement, l’agence immobilière avait prévu le coup et laissé sur le comptoir de leur nouvelle maison une boîte de céréales et du pain. C’était certes bien loin des soupers festifs traditionnels, mais le début d’une aventure incroyable.
Lors de ses années yukonnaises, Yvette a travaillé au programme préscolaire French Fries avec Thérèse Lacroix, où elle enseignait le français aux jeunes enfants. Par la suite, elle a rejoint l’équipe de l’Association franco-yukonnaise (AFY) où elle a donné sans compter des heures de bénévolat tout en occupant différents postes au sein de l’organisme, dont principalement celui dédié aux tâches administratives.
Prendre la décision en 2002 de quitter le territoire yukonnais s’est fait avec un sentiment doux-amer pour Yvette, car elle laissait derrière elle une quantité impressionnante de merveilleux souvenirs. Elle a alors pris la route pour Thunder Bay en Ontario. Une fois sur place, elle a trouvé un poste à la direction du Centre de femmes, Centr’Elles.
Maintenant à la retraite, Yvette se déplace souvent dans l’Ouest canadien pour rendre visite à ses enfants et à leur famille. Elle affirme garder de bons souvenirs de son expérience yukonnaise. « Que de belles années enrichissantes, quel endroit choyé entouré de personnes qui partagent le même amour de la langue et de la culture! Je n’ai pas eu la chance et le bonheur de retourner souvent au Yukon depuis mon départ, mais je me nourris toujours des bons moments avec des gens sans pareil. Il y a toujours au creux de mon être un doux coin du Yukon qui à l’occasion fait battre mon cœur un p’tit peu plus vite. »
Lise Ouimet
Lise Ouimet a rencontré en 1973 celui qui allait changer le cours de sa vie, Wayne Peace. L’année suivante, les amoureux décident de quitter Montréal pour se rendre au Yukon afin d’y retrouver le frère de Wayne qui y habitait déjà. Le couple, qui envisageait initialement de ne passer qu’une seule année au Yukon, y vivra finalement pendant 29 ans.
Lise se souvient avoir trouvé son adaptation linguistique difficile à son arrivée puisque dans les années 1970, il n’existait aucun établissement francophone sur place. Enseignante de formation, elle accumulera différents petits boulots ici et là jusqu’en 1985, où elle commence à faire du remplacement pour le programme-cadre de français logé à l’époque à l’École élémentaire de Whitehorse. Lise deviendra enseignante à temps plein pour le programme dès l’année suivante. Ce programme deviendra d’ailleurs l’École Émilie-Tremblay par la suite et changera d’emplacement au fil des ans pour s’établir définitivement en 1996 sur la promenade Falcon.
Lise se souvient qu’à l’époque, le programme-cadre ne proposait pas d’activités ou de livres en français. Ces derniers, accumulés à la bibliothèque de l’école au fil des mois, ont pu suivre les élèves, grâce à son initiative, lorsque l’École Émilie-Tremblay a changé d’emplacement.
Jusqu’au moment de sa retraite de l’enseignement, Lise aura toujours donné de son temps pour l’organisation de la bibliothèque qui porte aujourd’hui son nom. D’autre part, en 1988, alors qu’elle doit enseigner l’éducation physique à l’École Émilie-Tremblay, Lise Ouimet décide de profiter de l’occasion pour mettre sur pied la troupe de danse folklorique les Souliers dansants, qu’elle coordonnera pendant plus de 17 ans. La troupe, au fil des ans, a permis aux élèves de l’École Émilie-Tremblay de donner plusieurs spectacles à Whitehorse, Dawson, Juneau ainsi que Vancouver.
Finalement, à cette longue liste de succès s’ajoute celui de correctrice bénévole du journal l’Aurore boréale, tâche qu’elle a accomplie dans un pur bonheur, dira-t-elle pendant de nombreuses années.
Lise et Wayne ont quitté le Yukon en 2002, au moment de prendre leur retraite. Depuis, le couple vit à Salmon Arm en Colombie-Britannique, où la température plus clémente les enchante. Le bénévolat aux archives des lieux et le tutorat en français gardent Lise bien occupée. Elle prévoit de devenir membre de la Société d’histoire francophone du Yukon afin de pouvoir continuer à apporter son aide à la communauté, même à distance.
De ses années yukonnaises, elle garde de doux souvenirs. « Quand je suis arrivée au Yukon, ça m’a forcée à ralentir et à découvrir mon intérieur, à me centrer », affirme-t-elle en disant s’ennuyer de la qualité des échanges sociaux du Nord. « Les amitiés qu’on se fait au Yukon se transforment en liens très forts. Nous habitons en Colombie-Britannique depuis 21 ans et malgré toutes ces années, nous avons développé très peu de liens d’amitié comparé à ce que nous avons vécu au Yukon. »
Gilles Bédard
En 1992, Gilles Bédard et sa conjointe Lilianne Bohémier ainsi que leurs enfants Yannick, Pascal et Pierre-Olivier ont pris la décision de quitter Québec pour s’installer au Yukon dans le quartier de Riverdale à Whitehorse.
Gilles Bédard avait à l’époque décroché le poste de directeur de l’École Émilie-Tremblay, qui avait alors pignon sur rue dans le même quartier. C’est le goût de l’aventure, ainsi que celui du plein air et des paysages grandioses qui les avaient initialement motivés à prendre le chemin du Nord. La présence d’une communauté et celle d’une école francophone avaient également compté pour beaucoup dans cette décision.
Les années sont passées et, en 2004, alors que les enfants quittaient le nid familial pour entreprendre des études universitaires à Québec, Gilles et Lilianne ont alors tout simplement décidé de les suivre.
Aujourd’hui, la visite de leurs petits-enfants garde le couple bien occupé puisque ces derniers sont dispersés entre Calgary, San Sebastián en Espagne et Göteborg en Suède.
Malgré la retraite, Gilles ne chôme pas pour autant. Il a rédigé et publié un livre historique, Les voyageurs d’Amérique, qui s’attarde sur l’histoire du temps de la traite des fourrures. Une époque où les voyageurs se déplaçaient dans leurs immenses canots d’écorce naviguant partout en Amérique pour aller à la rencontre des Premières Nations et Inuits et commercer avec eux. Un exemplaire du livre est d’ailleurs disponible au Centre de la francophonie.
Ces dernières années, Lilianne et Gilles sont retournés au Yukon en vacances à quelques reprises. « Retourner à Whitehorse, c’est comme si on n’était jamais partis. À chaque fois, on sent un accueil chaleureux. C’est loin le Yukon, mais je ne ferme pas la porte à y retourner pour faire un autre voyage », partage Gilles.
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