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Produire du miel au Yukon est une discipline relativement récente pour laquelle il n’existe que peu d’information historique. Par exemple, la composition exacte des miels du territoire est peu connue. Afin de pouvoir se positionner sur le marché local, national, voire international, Étienne Tardif, apiculteur au Yukon depuis plus de huit ans, a décidé de se lancer dans un nouveau projet : l’analyse des miels des quelque trente producteurs yukonnais.
Faute de renseignements plus précis, le miel yukonnais est appelé « miel de fleurs sauvages ». L’étude entamée par Étienne Tardif permettrait aux apicultrices et apiculteurs de connaître la composition de leur produit. Photo : Fournie.
Dans un rapport intitulé Aperçu statistique de l’industrie apicole canadienne, 2019, le gouvernement du Canada brossait le portrait du secteur à l’échelle du pays : la production de miel a baissé de 15,4 % en 2019 par rapport à 2018 et il s’agissait de la plus faible production depuis 2012. Bien que les chiffres avancés recensent uniquement les données des agriculteurs des provinces, les territoires représentant une portion trop infime du marché, ils sont justifiés par un printemps et un été 2019 froids et humides dans les Prairies.
Ces conclusions permettent de mettre en évidence les enjeux auxquels font face les apicultrices et apiculteurs du territoire. Étienne Tardif, apiculteur amateur et passionné, installé au Yukon depuis 2013, rapporte : « Dans certaines zones du territoire, il n’y a aucun problème et les récoltes sont bonnes ; dans d’autres, c’est plus délicat et il est difficile de comprendre quelles actions poser et surtout quand les poser. Les écosystèmes sont différents et analyser le miel produit dans chacune des régions permettrait de mieux les comprendre. » C’est dans cette optique qu’Étienne Tardif a décidé de se lancer dans un nouveau projet : l’identification des sources botaniques du miel.
Vers une appellation des miels yukonnais?
Avec une production annuelle de près de deux tonnes, le miel yukonnais s’envole comme des petits pains sous la désignation Wildflower (miel de fleurs sauvages), car l’origine de ce miel est inconnue ou supposée. L’étude entamée par Étienne Tardif permettrait aux apicultrices et apiculteurs de connaître la composition de leur produit. Il explique : « J’avais trois objectifs principaux quand j’ai commencé ce projet : développer des techniques de gestion de ruches, comprendre le produit final et l’étiqueter correctement. » Se servant de sa propre expérience et de ses analyses au microscope, il sait par exemple que le miel de miellat est excellent, mais qu’il pose des problèmes d’hivernage et peut entraîner l’échec de la colonie ; il sait aussi que malgré la quantité d’épilobes présents sur son terrain à Mont Lorne, ils ont finalement un faible rendement et que c’est plutôt grâce aux autres fleurs indigènes qu’il peut extraire du miel.
Étienne Tardif propose donc de procéder à des tests de résonance magnétique nucléaire sur différents miels afin de pouvoir le commercialiser en fonction de son origine botanique ou de ses bénéfices particuliers. Fin mars 2021, la moitié des productrices et producteurs yukonnais avaient fourni des échantillons à cet effet, selon M. Tardif.
Une étude comparative
L’étude proposée par M. Tardif est bien plus large que l’échelle territoriale. Approché par le Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale, qui, entre 2015 et 2017, a mené à bien un projet visant l’amélioration des techniques apicoles nordiques pour une pollinisation des petits fruits de la forêt boréale, Étienne Tardif prévoit également comparer le miel issu des régions nordiques du Canada et de l’Alaska afin de savoir s’il est possible d’identifier, gustativement, les origines régionales.
Cette comparaison s’ajoute à celle faite avec des miels de l’épicerie locale. M. Tardif argumente : « J’aimerais que les gens réalisent que, oui, les miels produits localement sont plus chers, en partie parce que garder des abeilles en vie au Yukon avec nos longs et rigoureux hivers est onéreux, mais aussi parce que notre miel est pur puisqu’il a peu d’agriculture au Yukon, et donc pas de pesticides. »
Les premiers résultats de l’étude seront publiés sur le site Internet northof60beekeeping.com d’ici la fin de l’année 2021 et ces résultats pourraient déclencher une envie pour les particuliers de produire leur propre miel. Les réglementations de la Ville de Whitehorse identifient à cet effet les zones résidentielles pour lesquelles les ruches sont autorisées. Bien consciente du pouvoir d’expansion du secteur de l’apiculture, la municipalité a d’ailleurs identifié cinq actions potentielles dans son Étude sur l’alimentation locale et l’agriculture urbaine 2020 – 2023 publiée en octobre 2020 pour encadrer son développement.
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