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le Jeudi 1 mai 2025 7:50 Arctique

Les maires unis pour le climat

Tom McLennan, conseiller de la ville de Yellowknife, fait partie des 124 élus municipaux qui ont signé une lettre ouverte aux chef.fes des six partis politiques fédéraux afin de demander des actions concrètes face aux risques croissants du réchauffement climatique, qui touchent directement les municipalités canadiennes.  — Photo : Angela Gzowski
Tom McLennan, conseiller de la ville de Yellowknife, fait partie des 124 élus municipaux qui ont signé une lettre ouverte aux chef.fes des six partis politiques fédéraux afin de demander des actions concrètes face aux risques croissants du réchauffement climatique, qui touchent directement les municipalités canadiennes.
Photo : Angela Gzowski

Cent-vingt-quatre élus municipaux et élues municipales de tout le pays ont adressé une lettre ouverte aux chef∙fe∙s des six partis politiques fédéraux afin de demander des actions concrètes face aux risques croissants du réchauffement climatique, qui touchent directement les municipalités canadiennes.

Se décrivant comme des témoins des impacts bien réels des changements climatiques dans leurs collectivités, ces élus municipaux et élues municipales sont en première ligne des efforts visant à protéger les personnes, les familles et les infrastructures des aléas climatiques. Parmi les signataires, figurent Lenore Morris, conseillère municipale à Whitehorse, ainsi que Benjamin Hendriksen et Tom McLennan, respectivement maire adjoint et conseiller de la ville de Yellowknife. Une conseillère et un conseiller de Yellowknife, Cat McGurk et Ryan Fequet, ont également signé cette lettre.

Des élu·e·s aux premières loges des désastres

M. Hendriksen, qui a dirigé les opérations d’évacuation de la capitale ténoise lors des incendies de l’été 2023, souhaite la transparence de la part du prochain gouvernement. Cette action collective des élus municipaux et élues municipales est non politique et s’adresse au futur gouvernement, quel que soit le parti politique victorieux. Cette lettre ouverte a pour but, selon le maire adjoint, de faire comprendre au prochain gouvernement fédéral que les élus municipaux et élues municipales de petites et grandes villes du pays veulent que « les choses se fassent différemment » parce que la façon de faire et le soutien apporté aux industries de l’énergie fossile ne font qu’aggraver la crise climatique.

Pour Benjamin Hendriksen, maire adjoint de la ville de Yellowknife, le gouvernement fédéral ne peut pas continuer à développer les énergies fossiles tout en prétendant éviter le désastre du réchauffement climatique.

Photo : Angela Gzowski

« Nous devons dire la vérité : nous ne pouvons pas continuer à développer les énergies fossiles tout en prétendant éviter le désastre. C’est le moment d’agir pour construire un réseau électrique durable et abordable, qui met fin à la dépendance au diésel dans le Nord et qui nous prépare pour l’avenir », déclare Ben Hendriksen qui estime que, sans action courageuse, les générations futures seront condamnées.

Il regrette que le changement climatique soit devenu une crise existentielle du XXIe siècle et, qu’aujourd’hui, aucune action significative n’ait été mise en place pour en contrer les effets.

« Nous semblons continuer à faire ce que nous avons toujours fait. Et c’est ce qui nous a mis dans une situation où le climat change plus vite qu’il ne l’aurait fait autrement », précise-t-il lors d’une entrevue.

Tom McLennan déplore, de son côté, que le climat ait été occulté de la campagne électorale. De même, l’élimination de la tarification du carbone pour les consommateurs, à compter du 1er avril 2025, a été décidée sans qu’aucun plan de lutte contre le changement climatique n’ait été déployé pour la remplacer.

« Les effets du changement climatique nous obligent à penser différemment. Et c’est une bonne occasion de penser différemment et de trouver de nouvelles voies pour avancer », précise le conseiller McLennan.

Différents axes d’action

La déclaration propose cinq grandes priorités pour bâtir des communautés plus fortes et plus résilientes face au dérèglement climatique. La construction d’un réseau électrique propre partout au Canada, y compris dans les territoires, permettrait de créer 60 000 emplois dans le secteur, car « contrairement aux pipelines, qui traversent les territoires sans offrir de retombées locales significatives, les réseaux électriques génèrent des occasions économiques concrètes pour les collectivités et les entreprises qui s’y raccordent », peut-on lire dans la déclaration.

La construction de deux millions de logements écoénergétiques ainsi que la rénovation des logements et bâtiments sont aussi des points abordés. Une isolation efficace pour mieux conserver la chaleur en hiver et la fraicheur en été permettrait de réduire de façon significative les coûts de la facture énergétique et engendrerait moins de pollution.

Enfin, la déclaration exprime un besoin urgent de mise en place d’une stratégie nationale de résilience, d’intervention et de reconstruction pour que les communautés puissent faire face aux catastrophes climatiques futures.

« Le gouvernement fédéral doit jouer un rôle plus actif pour soutenir la reconstruction des communautés. Un soutien inadéquat ralentit leur relance et alourdit les impacts économiques. Désigner un ministre responsable de l’intervention et de la reconstruction serait une première étape essentielle pour bâtir une réponse plus rapide, plus cohérente et plus efficace », indique le plan d’action appelé Retroussons-nous les manches.

Réduire les coûts par l’anticipation

Pour financer les mesures proposées, les signataires suggèrent la création d’une taxe sur les dommages climatiques qui serait une forme de redevance supplémentaire sur la production de pétrole, de gaz et de charbon. Les revenus générés alimenteraient un fonds national de résilience, d’intervention et de reconstruction. Des milliards de dollars générés par des activités polluantes pourraient être redirigés vers des actions et des programmes alliant sécurité et protection des collectivités.

Pour M. Hendriksen, adhérer à ce projet est une façon d’envoyer un signal clair : mieux vaut investir dès maintenant pour tenter de prévenir, au moins en partie, un désastre à venir.

La perspective territoriale

Force est de constater que non seulement les trois territoires sont touchés plus fortement par les effets du réchauffement climatique, mais, en plus, la question énergétique est particulièrement complexe. En effet, elle doit être abordée en tenant compte des défis propres à chaque territoire, afin de proposer des solutions adaptées et durables.

« Le Nord est un environnement plus difficile, du point de vue du climat et de la géographie, pour aborder certaines de ces questions. Le Nord a besoin d’alternatives aux combustibles fossiles. Dans de nombreux cas, ces alternatives sont difficiles à trouver et il n’y a donc pas de réponses faciles », pense M. McLennan.

Selon l’organisme Energy Hub, c’est aux TNO que le coût de l’électricité est le plus élevé au pays. En 2023, le coût moyen du kilowattheure était de 41 cents contre 35,4 cents au Nunavut et 18,7 cents au Yukon. Pour M. Hendriksen, cette situation s’explique par la dépendance du territoire au diésel.

« Nous devons donc repenser notre façon de faire, car le statu quo ne fonctionne pas et nous dépensons beaucoup d’argent pour le maintenir en l’état. Il faut donc espérer que si les dirigeants écoutent et réfléchissent, nous pourrons réorienter une partie des dépenses que nous faisons déjà vers de nouvelles solutions. »

Une collaboration des cinq médias francophones des territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.

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