le Mercredi 3 juin 2026
Loading membership data...
le Jeudi 6 février 2025 7:51 Arctique

Arctique – Vivre de sa musique : un défi de taille pour les artistes francophones du Nord

Le groupe de musique yukonnais Major Funk. — Photo : Fournie
Le groupe de musique yukonnais Major Funk.
Photo : Fournie

L’isolement géographique et le manque d’accès à des programmes de développement artistique sont quelques-unes des barrières identifiées par l’organisme Chant’Ouest lors d’une étude menée durant l’été 2024 auprès de plus de 50 artistes et professionel·le·s du secteur musical francophone du Nord, mais aussi de l’Ouest canadien.

Plusieurs défis de taille ont été mis en lumière lors de cette étude et ces défis ne sont pas les mêmes dans le nord et l’ouest du pays. Les artistes francophones de l’Ouest et du Nord canadien manquent souvent d’accès à des services adaptés à leurs besoins spécifiques. Le manque d’opportunités de perfectionnement professionnel avancé, le besoin de ressources ciblées pour naviguer dans l’industrie musicale, ainsi que l’isolement géographique qui limite l’accès au réseautage et au mentorat ont été signalés. Pour les aider à surmonter ces barrières, l’organisme a mis en place plusieurs projets pilotes, dont un programme de mentorat appelé le Carrefour des pros.

Ouvert à tous les artistes-entrepreneur·e·s d’expression francophone de l’Ouest et du Nord canadien, ce programme d’accompagnement est destiné aux artistes qui ont déjà plusieurs années d’expérience. Vingt-deux professionel∙le∙s issus d’horizons variés de l’industrie musicale font office de mentors et les rencontres se font en ligne. Initié le 9 janvier 2025, le programme se terminera à la mi-mai 2025.

Pour Alexis Normand, qui gère la coordination des projets au sein de l’organisme, les artistes des trois territoires doivent faire face à des difficultés spécifiques au Nord canadien.

« Ces artistes ont très peu accès à des programmes/services qui appuient leur développement artistique et entrepreneurial – surtout les artistes des TNO et du Nunavut qui n’y ont quasiment pas accès – mis à part l’occasion de faire des spectacles en collaboration avec l’association francophone communautaire locale. Ils et elles doivent également surmonter des défis liés à leur éloignement géographique, comme des coûts élevés pour se déplacer vers des centres culturels ou participer à des évènements majeurs. Ça complique donc leur visibilité et leur intégration dans les réseaux francophones de l’industrie musicale », explique-t-elle lors d’une entrevue.

Pour répondre aux besoins plus spécifiques des artistes du Nord, le programme Piloter sa carrière, qui consiste en une série d’ateliers virtuels, aborde les thèmes majeurs du développement de carrière et de la mise en marché.

Yves Lecuyer, résident de Yellowknife, a dû rediriger sa carrière professionnelle pour des raisons financières.

Photo : Fournie

Faire face à l’isolement

Yves Lecuyer, résident de Yellowknife depuis 2008, n’est plus aussi actif sur la scène francophone qu’auparavant. Ayant débuté en 2012, il a finalement stoppé sa carrière en 2020 pour des raisons financières. Alors que le coût de la vie est plus élevé dans le Nord, M. Lecuyer, qui ne parvenait pas à vivre de la musique, a dû rediriger sa carrière professionnelle vers un autre secteur.

« C’est difficile de faire de l’argent en étant un artiste dans le Nord. À un moment donné, il faut choisir soit sa carrière, soit la musique. Donc, j’ai dû délaisser la musique. »

« Les opportunités de réseautage sont aussi limitées dans les TNO », selon M. Lecuyer. Même si les occasions de chanter en français à Yellowknife sont présentes et qu’il s’estime très soutenu par le secteur associatif francophone local, se faire connaître au-delà du territoire demeure compliqué. « Ce qui manque, c’est une façon de nous aider à sortir un peu de notre cocon parce qu’ici, on est un peu loin », pense-t-il.

Le programme de mentorat créé par la Société Chant’Ouest est une bonne initiative, selon lui. Le parcours reste cependant compliqué, surtout pour les artistes émergents francophones.

Vivre de sa musique reste très difficile pour Isabelle Mercier, qui vit en Saskatchewan.

Photo : Benoit Thériault

Des défis similaires en Saskatchewan

Même si le nombre d’artistes de la scène musicale francophone est plus élevé en Saskatchewan que dans le Nord canadien, vivre de sa musique reste difficile dans cette province. Isabelle Mercier, qui est enseignante au pavillon Gustave-Dubois, école secondaire francophone de Saskatoon, a démarré son parcours musical il y a quatre ans. Celle qui se décrit comme une artiste humoristique de la pop country doit composer avec un public qui, pour la majorité, n’est pas francophone. Même si l’artiste a des retours positifs sur sa musique, le cœur de sa pensée et la signification profonde de ses paroles ne sont pas appréhendées.

« Étant donné que je fais de l’humour, mes blagues ne sont pas comprises. J’essaie de traduire du mieux que je peux quand le public est anglophone et ça laisse place à des situations quand même cocasses parce que mon anglais n’est pas le meilleur non plus. C’est difficile d’expliquer concrètement ce qu’il y a dans mes chansons », admet-elle.

Vivre de sa musique reste très difficile aussi en Saskatchewan. Les occasions de jouer et chanter en français sont limitées, et donc d’interagir avec le public également. Même si l’appui des associations francophones est important, les occasions de réseauter sont réduites.

« Les occasions de jouer sont vraiment restreintes. C’est tout le temps les mêmes organismes qui nous accueillent et c’est toujours le même public. »

Aujourd’hui, Isabelle Mercier estime qu’il est très difficile de vivre de la musique dans l’Ouest canadien. « C’est impossible, je pense, dans un milieu où on est minoritaire, de pouvoir vivre de sa musique en français. »

Survivre à la pandémie

La pandémie de COVID-19 a été un véritable coup de massue pour la carrière d’Étienne Girard et de son groupe Major Funk. Groupe yukonnais composé de six membres, les restrictions et les fermetures d’établissements pendant et après la pandémie ont sérieusement ralenti les activités du groupe. Privées de représentations devant un public, les choses ne sont jamais revenues à la normale, selon M. Girard, le bassiste du groupe.

« À cause de ça, j’ai complètement changé la direction de ma vie », explique-t-il lors d’une entrevue.

Face au manque à gagner, le groupe a décidé de travailler davantage sur ses vidéos et d’accroître sa présence en ligne. Le streaming lui a notamment permis de générer des revenus. Chacun des membres endosse aussi un rôle pour la diffusion et la mise en marché. Adrian Burrill, l’un des deux chanteurs du groupe, s’est spécialisé dans le montage de vidéos.

Une collaboration des cinq médias francophones des territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.