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le Jeudi 1 mai 2025 7:54 Éducation et jeunesse

Des aiguilles et des liens : des élèves apprennent l’art de la couture… et celui du rapprochement

Les élèves, accompagné·e·s par les personnes aînées du programme Elders on Campus, lors d'un atelier de création.  — Photo : Fournie
Les élèves, accompagné·e·s par les personnes aînées du programme Elders on Campus, lors d'un atelier de création.
Photo : Fournie

Dans le cadre d’une collaboration avec les aîné·e·s de la communauté Tr’ondëk Hwëch’in, des élèves du programme Confluence, de Dawson, participent chaque semaine à un atelier de couture et de perlage. Une initiative culturelle et humaine qui pourrait bien tisser des ponts durables entre les générations.

Tous les lundis après-midi, neuf élèves du programme francophone Confluence quittent leur classe pour se rendre au campus de Dawson de l’Université du Yukon. Ces élèves participent à un atelier peu commun : un moment de partage et de création aux côtés des personnes aînées du programme Elders on Campus, organisé par la Première Nation des Tr’ondëk Hwëch’in.

Victoria Gagnon, enseignante nouvellement arrivée à Dawson, mais riche de huit années d’expérience dans le milieu scolaire, a lancé cette initiative avec son collègue Hugo Turpin, qui en est à sa première année d’enseignement. Leur volonté : créer un lien concret entre les élèves et la culture vivante des Premières Nations. Une démarche appuyée par Tara Rudnickas, du service Éducation des Tr’ondëk Hwëch’in, qui a rencontré la direction de l’école en début d’année et espère offrir des activités plus formelles l’an prochain.

« Plutôt que d’inviter les aînés à l’école, on a choisi d’aller vers eux », explique Victoria Gagnon. « Il existait déjà un atelier de couture et de perlage chaque lundi après-midi – on s’est simplement greffé au groupe. »

Un atelier intergénérationnel ouvert à tous

Sur place, les enfants sont accueillis dans une ambiance chaleureuse. L’atelier, qui réunit aussi des mères et leurs enfants en bas âge, est mené par les aînées Roberta Joseph et Angie Joseph-Rear. Le matériel est fourni, les projets sont libres, et chacun avance à son rythme. C’est dans cet esprit que les élèves de Confluence découvrent l’art de la couture et du perlage traditionnel.

Réalisations des élèves de l’École Confluence participant à l’atelier de couture et de perlage offert par la Première Nation à Dawson.

Photo : Yannick Pavard

Scarlet a décidé de créer un cadeau pour un tout nouvel ourson. « J’aime aller au perlage parce que je voulais faire un oreiller pour mon toutou », dit-elle fièrement. Violet, qui n’avait jamais touché à une aiguille avant, confie que « c’était facile », même si l’étape la plus difficile reste de « passer le fil dans l’aiguille… ou quand il y a des nœuds! », tiennent-elles à préciser.

Création, partage et biscuits au gingembre

Le plaisir d’apprendre ne s’arrête pas à l’atelier. Les enfants ramènent parfois leurs projets à la maison pour le continuer avec leurs parents. Ils profitent aussi de petites pauses collations bien appréciées, souvent agrémentées de biscuits ou de pains au gingembre, cuisinés lors des ateliers du vendredi à l’école.

Parmi les activités parallèles, les enfants ont également confectionné des cartes pour la Saint-Valentin. Et toutes et tous espèrent revenir l’an prochain. « C’est le fun de continuer mes projets parce que ça me fait du bien », raconte Esmé. Lyra, quant à elle, rêve déjà de fabriquer un toutou l’année prochaine.

Un cadre d’apprentissage culturel

Ce projet s’inscrit dans une démarche plus large de rapprochement culturel. Si l’atelier est avant tout artistique – les travaux réalisés peuvent être évalués dans le cadre scolaire – il ouvre aussi une porte sur les traditions des Premières Nations. Les échanges se font majoritairement en anglais, mais Victoria maintient l’usage du français avec ses élèves, et quelques mots en langue hän s’invitent parfois dans les conversations.

« Une élève voulait savoir comment dire ciseau dans la langue traditionnelle. On a demandé aux aînées. C’est comme ça que l’échange commence », raconte l’enseignante. De même, à l’Halloween, les élèves ont découvert du vocabulaire en hän lié aux décorations : orignal, toile d’araignée, squelette…

Quant à l’école, les plus grand·e·s entendent déjà un mot en hän chaque matin, qu’ils notent et définissent. « On essaie de l’intégrer, sans se l’approprier. C’est une manière respectueuse d’être exposé à la langue et à la culture », précise l’enseignante.

Les élèves, accompagné·e·s par les personnes aînées du groupe Elders on Campus, lors d’un atelier de création.

Photo : Fournie

Tisser un lien durable

Du côté des Tr’ondëk Hwëch’in, le programme Elders on Campus est coordonné par Katie English, qui travaille à l’Université du Yukon en tant que responsable de la réussite éducative des adultes. Elle explique que le but est de « créer un espace accueillant, qui met en valeur les savoirs traditionnels et favorise l’apprentissage intergénérationnel. »

Outre les séances de couture et de perlage, le programme propose aussi des ateliers sur la fabrication de mukluks, de mitaines, de remèdes naturels ou encore des apprentissages basés sur le territoire.

Pour le moment, il ne s’agit pas d’un partenariat formalisé entre l’école et les Tr’ondëk Hwëch’in, mais plutôt d’un premier pas. « On bâtit des liens, tranquillement, semaine après semaine », explique Mme Gagnon.

En attendant l’an prochain…

L’année scolaire touchant bientôt à sa fin, l’atelier devrait naturellement se conclure avec elle, autour de la fin mai. Mais, dans l’esprit des élèves et des enseignant·e·s, une chose est sûre : cette expérience a cousu bien plus que des peluches ou des coussins. Elle a tissé du respect, de la curiosité, et, surtout, un vrai lien avec la communauté qui les entoure.

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