Les caribous du nord de l’Alaska, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest sont de la sous-espèce « caribous de la toundra » (Rangifer tarandus grantii). Quant à ceux présents plus au sud, ce sont des « caribous des bois » (Rangifer tarandus caribou). On distingue plusieurs populations parmi celles-ci, séparées elles-mêmes en hardes.
La famille des cervidés regroupe les mammifères à cornes caduques, c’est-à-dire ceux dont les bois tombent chaque année, contrairement aux vaches, mouflons ou bisons qui gardent leurs cornes leur vie durant. Hormis la forme et la taille des bois, les cervidés du Yukon ont des caractéristiques bien distinctes et des enjeux de cohabitation qui leur sont propres.
Le caribou, connecteur intergénérationnel
Tout comme le saumon, le caribou a longtemps rythmé la vie des gens du Nord, et c’est encore le cas à bien des égards.
Après avoir connu un creux historique dans les années 1980, la population des caribous des lacs du Sud a connu un certain rétablissement. Selon Lars Jessup, gestionnaire auprès du Comité consultatif du caribou des lacs du Sud (Southern Lakes Caribou Steering Committee), les mesures volontaires de restriction de la chasse semblent avoir fonctionné. Par contre, semblable aux enjeux entourant le saumon, M. Jessup souligne que ces mesures peuvent être un obstacle à la transmission intergénérationnelle de savoir, par exemple, les techniques de chasse, d’équarrissage et d’apprêtage.
Son groupe, dirigé par les six Premières Nations de la région, travaille actuellement à un nouveau plan de gestion. Un des souhaits exprimés est de rétablir la possibilité de cette transmission :« la version préliminaire actuelle fait une place importante au rétablissement des relations entre les gens et les caribous. »
L’orignal est le plus grand cervidé présent au Canada. La sous-espèce présente au Yukon et en Alaska (Alces alces gigas) est plus grande que partout ailleurs. L’orignal yukonnais peut faire jusqu’à 2,1 m au garrot. Le mâle se reconnaît à son panache en forme de pavillon.
L’orignal, grand parmi les grands
Fierté des chasseurs et frayeur des mushers, l’orignal est depuis des millénaires une bonne source de protéines pour les gens du Nord. Bon nageur et cherchant à s’abriter des mouches, il n’est pas rare de le rencontrer en glissant en canot sur un plan d’eau au Yukon.
Appelé « elk » en anglais, le wapiti (Cervus canadensis) est présent de façon naturelle dans le coin sud-est du Yukon. Les populations présentes dans le centre du Yukon (Braeburn et Takhini) sont, quant à elles, le résultat d’efforts délibérés d’introduction pour fournir une cible de chasse supplémentaire il y a quelques décennies. De façon distinctive, les bois du wapiti mâle s’étendent vers l’arrière.
Le wapiti, implanté et vorace
Le wapiti pose des défis particuliers de cohabitation avec l’agriculture. En effet, selon Cain Vangel, président du conseil d’administration de l’Association agricole du Yukon, « les wapitis ont développé une certaine dépendance aux champs agricoles et causent des dommages importants aux cultures, au bétail et aux infrastructures. »
Une proportion significative des aides gouvernementales faites pour encourager le développement de l’agriculture au territoire doit être utilisée pour compenser les dommages causés par cette espèce qui ne fait pas partie de l’écosystème naturel de la région. Plusieurs pistes de solutions sont explorées. M. Vangel mentionne, par exemple, que des zones d’exclusion sont à l’essai, où des clôtures imposantes sont érigées pour tenir les wapitis à l’écart de zones agricoles entières.
Le cerf mulet (Odocoileus hemionus) est le plus petit de nos cervidés. On le reconnaît à ses grandes oreilles et sa toison plutôt terne, tirant vers le gris. Le cerf mulet est en progression constante depuis quelques décennies au Yukon. Maintenant bien présent autour de Whitehorse, le cerf mulet profite notamment des températures plus clémentes et des réseaux routiers.
Le cerf mulet, un colonisateur naturel un peu hagard
Le cerf mulet est fortement surreprésenté dans les collisions automobiles impliquant des animaux au Yukon. Tyler Ross, biologiste et gestionnaire de projet (orignal, wapiti, cerf) auprès du ministère de l’Environnement du Yukon, indique qu’en moyenne 26 collisions sont enregistrées chaque année, majoritairement dans le secteur de la route Mayo, au nord de la capitale, entre octobre et novembre. M. Ross explique que les cerfs mulets convergent vers cette zone pour hiverner. Il note aussi que le début de l’hiver coïncide avec le rut, ce qui fait en sorte que les cerfs peuvent paraître particulièrement téméraires en s’aventurant sur la chaussée sans égard au trafic.
Étant donné cet enjeu de sécurité routière, Antoine Goulet, analyste des communications auprès du ministère de la Voirie et des Travaux publics, indique qu’un comité est actif depuis 2013 pour recommander des actions afin de réduire les collisions. C’est pourquoi des panneaux indicateurs mobiles sont parfois érigés dans les zones sensibles. Le ministère s’efforce également de contrôler la végétation afin de limiter la nourriture qui pourrait attirer les animaux en bord de route, et de dégager la vue.
M. Goulet rappelle d’ailleurs qu’il est important d’adapter sa conduite aux conditions routières, incluant la présence prédictible de faune sur la chaussée pendant certaines périodes de l’année.
Lars Jessup, du Comité consultatif du caribou des lacs du Sud, rapporte que le plan de gestion de cette population présente autour de Whitehorse, Carcross, Atlin et jusqu’à Johnsons Crossing sera vraisemblablement publié d’ici la fin juin. La tradition orale de la région rapporte que « les montagnes grouillaient de caribous. »
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