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le Jeudi 5 novembre 2026 7:20 Sciences et environnement

Le projet de centrales thermiques à Whitehorse fait réagir

Benoit Turcotte confie que, pour lui, le projet Whitehorse Power Centres va à l’encontre des valeurs de durabilité et de préservation du Yukon. — Photo : Rébecca Fico
Benoit Turcotte confie que, pour lui, le projet Whitehorse Power Centres va à l’encontre des valeurs de durabilité et de préservation du Yukon.
Photo : Rébecca Fico

Le 28 septembre 2026, Benoit Turcotte, citoyen francophone de Whitehorse, a envoyé une lettre à Yukon Energy, à l’Office d’évaluation environnementale et socioéconomique du Yukon (YESAB), ainsi qu’au ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources. Celle-ci portait sur le projet « Whitehorse Power Centres » de Yukon Energy, une initiative visant l’installation de deux nouvelles centrales thermiques, accompagnées de lignes électriques connexes et d’un nouveau poste électrique dans la région de Whitehorse.

Benoit Turcotte confie que, pour lui, le projet Whitehorse Power Centres va à l’encontre des valeurs de durabilité et de préservation du Yukon.

Photo : Rébecca Fico

L’objectif de Benoit Turcotte était d’exprimer « une vision d’un citoyen qui est un peu consterné par la direction que le Yukon prend ». « Je pense qu’il y a un manque de transparence autour du projet et que son aspect humain ne fait pas nécessairement de sens ». Il ajoute que son approche se voulait être « la plus constructive possible », partage-t-il.

Kent Bretzlaff, directeur général de YESAB, affirme d’ailleurs que les contributions comme celle de Benoit Turcotte constituent le meilleur moyen pour la population de participer aux évaluations de projets, comme le Whitehorse Power Centres. « À un niveau général, notre rôle est d’aider à aborder et à protéger ce qui importe à la population. Les commentaires reçus sont donc directement intégrés dans l’analyse globale du projet. »

« Une conversation que le Yukon devrait avoir »

La lettre de Benoit Turcotte est centrée sur le projet Whitehorse Power Centres. En deux pages, elle vise à obtenir des données précises sur les impacts à long terme du projet, et présente des suggestions concrètes de solutions alternatives pour pallier le déficit énergétique du Yukon.

Dans sa réponse à la lettre, Yukon Energy a souligné les besoins pressants d’énergie du territoire, notamment durant la saison hivernale. « Lors des journées les plus froides, la demande en énergie en hiver excède déjà la capacité que Yukon Energy est en mesure de fournir avec ses propres installations », a écrit l’organisme dans un communiqué.

Afin de combler ce déficit, Yukon Energy a recours à la location d’installations au diesel. Toutefois, en plus d’être dispendieuses, elles représentent une mesure temporaire, et non une solution permanente.

Yukon Energy rappelle également qu’« en l’absence d’interconnexion avec les réseaux voisins, le Yukon ne peut pas simplement importer de l’électricité lorsque l’offre locale est insuffisante. Cette situation laisse peu de marge de manœuvre en cas de défaillance imprévue des équipements. » Pour la communauté, cette problématique se traduit par un risque accru de pannes d’électricité.

Le projet Whitehorse Power Centres, grâce à son rendement attendu pouvant atteindre 150 mégawatts supplémentaires, ce qui doublerait la capacité actuelle, permettrait d’« ajouter au réseau, par étapes, des sources d’énergie hivernales fiables, permettant ainsi à Yukon Energy de répondre aux besoins des foyers et des entreprises du Yukon durant les périodes de pointe, de faire face aux situations d’urgence et, à terme, de réduire le recours à des génératrices diesel louées. »

Une préoccupation partagée par plusieurs personnes

« Je comprends que le Yukon a des besoins en énergie qui n’ont pas été remplis dans les dernières années », dit Benoit Turcotte, « mais je pense que c’est un problème qu’il n’est pas nécessaire de régler avec deux nouvelles centrales thermiques. Il faut une stabilisation de la consommation des ressources, pour préserver les écosystèmes qu’il nous reste. »

Kent Bretzlaff est le directeur général de l’organisme YESAB.

Photo : YESAB

Kent Bretzlaff indique que, jusqu’à présent, YESAB a reçu 35 commentaires « d’un vaste éventail de personnes et d’organisations » concernant le projet Whitehorse Power Centres. « Certains partagent la perspective de M. Turcotte, » décrit-il, « tandis que d’autres expriment des avis contraires ». Il résume que les thèmes récurrents des commentaires sont l’emplacement du projet, l’utilisation des combustibles fossiles, ainsi que son impact sur l’avenir du territoire. « C’est une préoccupation très fréquemment entendue. J’entends également des inquiétudes concernant le besoin d’une énergie fiable et du chauffage des habitations à court terme. Il y a donc deux enjeux parallèles : la planification pour l’avenir et la sécurité des personnes aujourd’hui, donc la nécessité d’agir pour le présent tout en restant responsable envers l’avenir. » Ces deux enjeux sont d’ailleurs évoqués dans la lettre de Benoit Turcotte.

On reste à l’hydroélectricité?

Benoit Turcotte confie que le projet représente une « déception » pour lui. « Je me mets à la place d’un nouvel arrivant, dont l’idée du Nord est celle d’un endroit où on préserve l’environnement, où on vise la durabilité, et la protection des écosystèmes. Chaque matin, quand je vois les éoliennes qui tournent, ça me rend heureux, car ça représente des mégawatts de diesel qu’on ne brûle pas. Mais les centrales thermiques, c’est le contraire. »

En réponse à ces inquiétudes, Yukon Energy soutient que « l’hydroélectricité demeurera un élément essentiel de l’avenir énergétique à long terme du Yukon. Toutefois, les variations saisonnières du débit d’eau peuvent limiter la production hivernale, précisément au moment où la demande est la plus forte. » L’organisme ajoute que « le système de production hivernale complémentaire est conçu pour fonctionner en synergie avec les ressources hydroélectriques existantes, renforçant ainsi la fiabilité et la flexibilité du réseau, tout en facilitant, à plus long terme, l’intégration des énergies renouvelables intermittentes. »

À suivre

Le projet Whitehorse Power Centres se trouve désormais au niveau intermédiaire d’évaluation de YESAB, c’est-à-dire à l’étape cinq sur neuf. Kent Bretzlaff encourage d’ailleurs la population à transmettre ses opinions sur le projet. « L’inquiétude générale est tout à fait pertinente, tout comme les aspects relatifs aux données de coûts transmises. Bien que nous ne puissions pas dicter la planification future de la croissance ou l’emplacement des centres énergétiques, ces préoccupations peuvent être documentées et alimenter le débat à travers notre processus ». Il est possible d’en apprendre plus à propos du projet Whitehorse Power Centres sur la page de Yukon Energy, yukonenergy.ca/energy-in-yukon/projects-facilities/whitehorse-power-centres.

Au moment d’écrire cet article, le ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources n’avait toujours pas répondu à une demande d’entrevue.

Rébecca Fico, 16 ans, est la récipiendaire du Nouvelle plume aux Prix d’excellence de Réseau.Presse.

La lettre complète de Benoit Turcotte se trouve ici. 

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