Ça peut sembler bizarre à entendre, mais, pour beaucoup d’entre nous, vivre au Yukon, c’est un peu vivre en côtoyant la mort. Je sais bien qu’ailleurs, elle rôde aussi, la grande faucheuse. Mais ici, quand on sait regarder, on la voit presque. À tout bout de champ. Dans l’avalanche d’une montagne, dans un ravin le long du chemin. Sur la rivière qui a subitement changé son débit sans t’avertir. Dans la panne de moteur à moins quarante-cinq tout fin seul pour des dizaines et des dizaines de kilomètres. Dans et derrière toutes sortes de patentes. Faut que tu la voies. Sinon, ce n’est pas ta place ici.
Parce que si tu la vois pas, elle va se charger de te rappeler sa présence ben vite. Et c’est aussi pourquoi la plupart du monde par ici apprécie tant la vie. Parce qu’ils sont conscients de son omniprésence.
À ce niveau-là, Chinois, t’étais pas mal en haut de la liste. Quand on te voyait, peu importe l’heure du jour, ta joie de vivre, débordant de partout, nous sautait dans la face. Avoir pu voir les vibrations, on l’aurait vu ton aura grosse comme le bras rayonner de cette soif et ce bonheur de vivre.
La mort t’a trouvé dans la forme d’un chevreuil. Mais il y en avait tellement de vie en toi que je ne suis pas certain qu’elle ait réussi à tout prendre.
Que la vie t’a abandonné entièrement. Presque impossible. Je suis certain qu’il en reste encore un bon voltage de toi. C’est pour ça que j’ai décidé que mes sorties cet été vont se passer où t’aimais bien aller te camper.
Les Premières Nations (dont tu étais de plus en plus proche) d’ici croient que notre âme virevolte dans les éléments sous toutes sortes de formes pendant un bout. Et comme c’était… c’est ton genre d’être sensible à ce genre de patentes, ça se peut que tu traines dans le coin encore un p’tit boutte. Étant devenu en presque totale symbiose avec les éléments, presque certain que dans ce pèlerinage estival, à défaut de te voir, je vais surement te percevoir quelque part. Dans un brouillard au-dessus d’un banc de grosses truites sur le lac Aishihik, dans le cri d’un corbeau (chinoiiis chinoiiiis), le rire d’un renard (ton caractère rusé vient peut-être de là lol), dans le détournement d’un troupeau de bison sans raison. Ou dans la fuite d’un loup grimpant la montagne à la course pour se sauver des civilisations, comme t’étais devenu!
Je sais que tu seras là quelque part. Tu me feras signe.
Driinn gwiinzi mon chummy.
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