Dennis Zimmermann démontre comment mesurer un poisson.
Dennis Zimmermann est un expert-conseil indépendant à Whitehorse qui collabore de près avec les différents organismes du territoire travaillant dans le domaine de la pêche. Interrogé sur la question de la pêche responsable au Yukon, il mentionne qu’il faut se doter d’un permis de pêche et savoir où vous allez pêcher. « Cela va dicter les règlements que vous devez suivre, les tailles de poissons que vous pouvez attraper, le matériel que vous pouvez utiliser et les limites de possession de poissons. Il faut ensuite se référer au Guide de la pêche de l’année en cours pour connaître les restrictions de chaque lac et cours d’eau où vous prévoyez pêcher. »
Il est aussi important d’avoir le bon matériel. M. Zimmermann recommande d’avoir un filet, des pinces, un ruban ou un bâton à mesurer et un assommoir.
Au Yukon, il existe la pêche de subsistance, qui est la pêche pratiquée dans un contexte autochtone pour subvenir à ses besoins ou à ceux de sa famille ou de sa communauté. Un autre type de pêche existe aussi au territoire : la pêche récréative. Cela est une source de conflit depuis au moins 30 ans, car les gens ont des motivations différentes pour pêcher. « Pour les Premières Nations, quand tu attrapes un poisson, tu le manges. Tu ne joues pas avec ta nourriture; mais, selon la taille du poisson, je pourrais être légalement obligé de le remettre à l’eau », mentionne M. Zimmermann.
Les personnes qui pêchent doivent prendre la responsabilité individuelle de pêcher de façon éthique. « Si nous voulons nous assurer qu’il y a des poissons pour les générations à venir, nous devons faire preuve de responsabilité. Parce que nous vivons dans un environnement froid, les poissons ne grandissent pas aussi vite et ne sont pas aussi productifs. Les femelles ne pondent pas autant d’œufs [que dans les régions plus chaudes]. Les changements climatiques nous affectent plus dans le Nord avec les eaux qui réchauffent, les inondations et les sécheresses. Tout cela a un impact sur les succès de reproduction des poissons », explique l’expert-conseil.
Josée Carbonneau crée des œuvres artistiques avec de la peau de poisson.
Des poissons et de l’art
Josée Carbonneau, artiste franco-yukonnaise, a grandi dans le milieu de la pêche à la morue, à Gaspé, au Québec. Quand elle est arrivée au Yukon, en 1996, elle a commencé à pêcher et a vu que les gens pêchaient pour leurs besoins personnels. « Il y a beaucoup d’éducation qui est faite au niveau de la pêche, du catch and release [remise à l’eau]. Il y a beaucoup plus de petits lacs qui stockent [introduire dans un plan d’eau] du poisson pour éviter la surpêche dans des lacs où il y a des poissons indigènes », remarque-t-elle.
Josée est passionnée par la pêche. « J’aime pêcher et, quand je pêche, je respecte la règle. Je ne pratique pas la remise à l’eau, pas parce que je suis contre ça, mais parce que le poisson que je pêche, je le mange, puis je garde la peau parce que j’en ai besoin pour faire mon art. »
Elle aime partir du poisson, qui est une ressource naturelle, et utiliser toutes ses parties. « Je ne veux pas aller acheter du poisson, puis tanner les peaux. C’est pas mon truc. Ce que je fais, depuis le début, est d’aller pêcher, d’attraper mon poisson, de le manger, puis de prendre la peau, de partir avec une matière première et de suivre le processus pour faire une pièce d’art. »
« C’est ce qui m’allume le plus. Quand je vends quelque chose à quelqu’un, je peux expliquer à la personne exactement d’où vient la peau du poisson et je peux dire que c’est moi qui l’ai pêché, à quel moment et dans quel lac ou quelle rivière et dans quelles circonstances. Ce sont des pièces vraiment originales », conclut l’artiste.
Mesurage d’une truite de lac au lac Pine.
Surveillances menées par le gouvernement du Yukon
Cameron Sinclair est biologiste principal des pêches au gouvernement du Yukon. Il explique que le rôle du gouvernement est de gérer les poissons d’eau douce dans les cours d’eau du Yukon et de travailler en collaboration avec les Premières Nations.
Le gouvernement effectue des évaluations sur les populations de poissons. Une surveillance est planifiée sur une période de dix ans, en identifiant les lacs à surveiller et la raison de cette surveillance. Chaque année, entre deux et trois lacs font partie de la surveillance. Des filets maillants sont lancés pendant deux heures pour attraper les poissons. Certains sont relâchés et certains sont tués pour permettre une étude plus approfondie. « Nous pouvons ainsi déterminer l’abondance de la population, la longueur, le poids, et l’âge des poissons. Cela nous aide aussi à déterminer le taux de croissance et les changements vécus au fil des ans », explique le biologiste.
En même temps que les évaluations, le gouvernement mène des enquêtes sur la récolte auprès des pêcheurs et pêcheuses. « Nous nous rendons aux différents lacs et leur demandons ce qu’ils et elles ont attrapé, la durée de la pêche et si des poissons ont été remis à l’eau. Les évaluations et les enquêtes nous aident à déterminer combien de poissons devraient être récoltés et les limites de tailles et, par la suite, si nous devons mettre à jour les règlements sur la pêche », explique le biologiste.
« Le gouvernement va surveiller plus de lacs au cours des prochaines années en raison de l’augmentation de la population du Yukon et du tourisme, car beaucoup plus de personnes veulent venir au territoire. La population de Whitehorse a augmenté de 20 %, mais la population de poissons, elle, n’a pas augmenté. Nous voulons trouver l’équilibre entre laisser les gens pêcher, sans épuiser les lacs », termine-t-il.
IJL – L’Aurore boréale
Boîte à leurres.
Un cours pour éduquer les adeptes de la pêche
Dennis Zimmermann recommande aux gens de suivre le cours Respect des poissons – Éducation sur les pêches et le développement de l’éthique avant leurs voyages de pêche. Ce cours, offert gratuitement, a été préparé par la Première Nation des Kwanlin Dün, en partenariat avec la Fiducie de mise en valeur de la faune aquatique et terrestre, la Commission de gestion de la faune aquatique et terrestre du Yukon, Fly Fish Yukon et le Conseil des ressources renouvelables de Carcross/Tagish.
D’une durée d’environ 30 à 45 minutes, ce cours amène les adeptes à comprendre les règlements relatifs à la pêche, à reconnaître la situation et l’écologie des poissons les plus populaires au Yukon, à explorer différentes perspectives sur la pêche avec remise à l’eau, à identifier les facteurs qui causent du stress et de la mortalité chez les poissons et à reconnaître les principes scientifiques concernant la manipulation des poissons.
Le cours est disponible en ligne, seulement en anglais.
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