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le Jeudi 7 mai 2026 8:05 Santé

Santé mentale : arriver au Yukon n’exclut pas d’avoir besoin de soutien

  Photo : Pixabay
Photo : Pixabay

Le Yukon et ses grands espaces font souvent rêver. Cependant, quitter son pays d’origine pour s’installer dans une région comme ici n’est pas sans difficulté. Les personnes nouvellement arrivées se retrouvent souvent confrontées à d’importants défis psychologiques, culturels et sociaux liés à leur intégration. À cela s’ajoute le tabou d’en parler.

Christel Funken est elle-même immigrante. Elle accompagne les familles nouvellement arrivées dans leur intégration au sein des écoles et de la communauté.

Photo : Archives A.B.

Pour répondre à ce besoin, l’organisme TAO Tel-Aide, qui propose une ligne d’écoute en français 100 % confidentielle, accessible au Yukon, a lancé une campagne nationale spécifiquement dédiée aux populations immigrantes.

Ce service d’écoute empathique, disponible 24 heures sur 24, vise à réduire la stigmatisation qui peut exister au sujet des défis reliés à la santé mentale. L’objectif est d’encourager la recherche d’aide sans sentir de jugement. Un des slogans choisis pour la campagne le met d’ailleurs en lumière : « S’adapter au changement est un défi. En parler en toute confidentialité est un début. »

Le lot de tracas qui accompagne l’immigration

Mais comment cette réalité se traduit-elle sur le terrain, ici au Yukon?

Christel Funken travaille pour la Commission scolaire francophone du Yukon. Elle accompagne les familles nouvellement arrivées au Yukon dans leur intégration au sein des écoles francophones du territoire.

À travers son travail elle constate que les enjeux de santé mentale sont parfois des enjeux du quotidien. L’arrivée au Yukon entraîne une accumulation de défis spécifiques. Les familles font face à une « lourdeur de charge administrative » avant même d’arriver ». Après avoir fini les démarches pour le déménagement, la préparation du voyage, les formalités reliées à l’immigration, les gens arrivent ici et font encore face à de nouveaux tracas administratifs que Christel Funken compare à « la maison des fous dans Astérix ». Obtenir un numéro « NAS », avoir avec soi tous les papiers qu’il faut pour avoir un permis de conduire, comprendre le système d’une carte de crédit au Canada sont autant de détails qui peuvent peser lourd dans le quotidien. Elle ajoute que certaines familles sont aussi ici dans des contextes encore plus complexes, notamment quand il s’agit de quitter son pays pour des raisons de guerre, par exemple.

Le contexte professionnel s’ajoute dans la balance

Christel Funken ajoute le défi de la reconnaissance des diplômes. « Tu as fait des études dans ton pays d’origine, tu avais un statut professionnel, puis il n’est pas nécessairement reconnu ici », explique-t-elle. « Certaines personnes sont donc surqualifiées dans leur emploi, ce qui peut amener à se sentir exploitées dans le travail. »

Les enfants ne sont pas épargnés et doivent aussi faire face à un sentiment de différence. « Ton enfant, parfois, il va faire du ski de fond pour la première fois de sa vie avec l’école, en 6e année. Et il va être avec des gamins qui sont nés sur des skis de fond », illustre Mme Funken. Elle ajoute la différence qui peut se ressentir au moment de sortir « les boîtes à lunch. »

« D’un seul coup, l’enseignante te dit que ton enfant a eu une crise de larmes, alors que tout allait bien jusqu’ici », donne-t-elle comme exemple, pour démontrer que ce sont souvent les petites choses du quotidien qui s’accumulent. À cela peut s’ajouter le climat, et notamment les petites frustrations liées aux températures extrêmes de l’hiver passé, l’éloignement de la famille…

Un besoin criant de parler avec quelqu’un

Le besoin d’un soutien psychologique est criant, mais demander de l’aide reste difficile. Mme Funken remarque « une grande pudeur dans les familles qui arrivent, qui sont extrêmement reconnaissantes d’être accueillies ». Les gens n’osent pas demander de l’aide, ou même simplement dire qu’ils ou elles ont un petit coup de blues.

« Si on t’invite à souper, tu te dis que tu te fais de nouveaux amis, donc tu vas essayer d’être positive, pas d’arriver avec une conversation pour dire que tu trouves ça difficile de vivre ici », développe-t-elle.

« Mais tu te rends compte où tu es! »

Il faut aussi tenir compte du fait que le cercle intime, souvent resté dans le pays d’origine, ne saisit pas toujours l’ampleur des défis vécus au Yukon.

Machami Diaby est arrivée l’an dernier. Pour elle, les défis d’adaptation professionnels se sont vite fait ressentir. Elle mentionne cependant que les activités, telles que Survivre à l’hiver au Yukon et autres activités d’intégration, l’ont bien aidée dans sa vie personnelle.

Photo : Fournie

C’est ce qu’a vécu Machami Diaby, une jeune femme originaire de Belgique arrivée il y a moins d’un an. Lorsqu’elle vivait des difficultés d’adaptation, se confier à sa famille à distance devenait ardu. « Ma maman n’était pas dans le même trip que moi, par exemple. Elle ne comprenait pas très bien ce que je vivais », confie-t-elle. Son entourage avait tendance à idéaliser son expatriation. « J’appelais tous les jours ma famille […] pour eux, la vision c’était plutôt : ‘‘tu te rends compte où tu es?’’ ». Mais les beaux paysages ne sont pas une solution miracle pour la santé mentale.

La jeune femme s’est alors tournée vers une ligne d’écoute. Le fait de pouvoir parler à une personne professionnelle, capable de valider ses émotions sans jugement, a fait une grande différence pour elle. « La dame n’a pas du tout remis en question mon émotion. Elle me disait plutôt ‘‘OK, je vous écoute et oui, je peux comprendre ce que vous vivez’’ et c’était vraiment hyper rassurant », témoigne-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme s’est rapprochée des ressources professionnelles locales et n’hésite pas à en parler. « Il ne faut pas que ce soit tabou! »

Une bouée d’oxygène

C’est précisément là que des initiatives comme celle de TAO Tel-Aide prennent tout leur sens. Pour Mme Funken, une ligne d’écoute confidentielle agit « comme une bouée d’oxygène. Tu appelles, tu dis ce que tu as sur le cœur, puis c’est tout. »

Cette ligne, disponible pour toutes les personnes francophones vivant en milieu minoritaire, offre un espace sécuritaire pour se confier sans crainte. Les familles immigrantes, comme toutes les personnes francophones du Yukon, disposent d’un outil pour s’assurer qu’elles ne sont pas seules pour traverser les aléas ou les changements.

IJL – l’Aurore boréale

TAO Tel-Aide, ligne d’écoute téléphonique.

Au Yukon, la ligne d’écoute empathique en français TAO Tel-Aide est disponible 24h/24, gratuitement au :

1 800 567-9699.

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