Bien que les jeunes commencent à s’organiser plus tôt, c’est en 1995 que l’Association franco-yukonnaise (AFY) crée un budget spécifique et donc, officiellement, un secteur jeunesse.
Les débuts : tout à bâtir
« C’est aussi là qu’on a commencé les rencontres nationales, avec la FJCF – Fédération de la jeunesse canadienne-française », explique Roch Nadon, coordonnateur du comité Espoir Jeunesse, puis directeur du secteur Jeunesse (et Arts et Culture) de 1995 à 2019. « Moi aussi, ça m’a aidé à réaliser l’importance de voir un groupe de jeunes s’organiser et qui s’engage dans la communauté. L’importance pour les jeunes, mais aussi, en parallèle, pour la communauté at large », explique-t-il.
En 1997, Roch et les jeunes organisent le Parlement franco-canadien de l’Ouest. « Ça a vraiment mis sur la carte le comité jeunesse. Les gens se sont dit, “Ah, il y a de jeunes francophones dans le Nord. Ils sont organisés” ». L’année 1999 marque un autre moment charnière : les premiers Jeux de la francophonie canadienne ont lieu, et le Yukon y envoie une délégation.
« Avec tout cela, je pouvais parler au directeur de l’AFY de l’époque, Pierre Bourbeau, lui dire qu’il fallait investir dans la jeunesse francophone du Yukon ». Roch Nadon va ensuite réussir à obtenir des financements de la part du territoire pour organiser une programmation annuelle, au début des années 2000. « Le but n’était pas de faire “pour” les jeunes, mais de les encadrer, de les accompagner pour qu’ils fassent partie des décisions. »
« Un autre accomplissement, ça a été plus récemment, dans les années 2010, avec la création du Parlement jeunesse pancanadien », se souvient Roch Nadon. « Comme c’est un événement pour des jeunes un peu plus âgés (16 à 25 ans), il fallait qu’on garde contact avec nos jeunes, même s’ils quittaient le Yukon. Ça nous permettait de garder un lien, même quand ils partaient à l’université. C’était aussi une réalité qu’on pouvait faire découvrir à la FJCF : après le secondaire, nos jeunes devaient quitter le territoire pour poursuivre leurs études. »
Émilie Herdès, et ses enfants, Loïc et Charlotte.
Le point fort : le réseautage
Émilie Herdès a été impliquée au comité Espoir-Jeunesse dans la fin des années 1990. « J’ai représenté le comité à des rencontres nationales, et organisé des activités. »
« Ça m’a permis de faire du réseautage avec les autres groupes de la francophonie minoritaire. L’aspect connexion, ça a été vraiment important pour moi. »
Manon Aubert est maman de quatre enfants, dont trois qui se sont impliqués avec JeFY. « Le mot qui revient chez les trois, c’est la connexion », appuie-t-elle, également. « Ils avaient suivi la même cohorte à l’école, donc en allant en dehors du Yukon, ça leur donnait une autre vision de la francophonie, mais aussi, des amis à travers tout le pays. »
« Ça m’a vraiment ouvert les yeux aux enjeux qui étaient vécus ailleurs au Canada et qui étaient semblables à ce qu’on vivait ici dans ce temps-là. Ça a un peu allumé en moi le fait de vouloir contribuer à l’épanouissement de la francophonie. L’importance de représenter la jeunesse », ajoute Émilie Herdès.
Manon Aubert, Gilles Ménard et leurs quatre enfants, en 2016. À cette date, leur fille aînée, Pier-Anne, était présidente de JeFY.
Forger la langue de cœur
Manon Aubert souligne l’épanouissement francophone que JeFY a apporté à ses enfants. « La francophonie, c’est important pour moi. Gilles [son conjoint] et moi, on leur offrait un environnement en français, mais leurs activités sociales et le fait de pouvoir rencontrer d’autres jeunes francophones, c’était un peu comme des tentacules qui s’allongeaient pour leur offrir une présence francophone autour d’eux, pas juste à l’école ou à la maison. »
« J’étais fière de voir se développer leur amour de la culture francophone et de la langue française. Tous les trois m’ont dit qu’aujourd’hui, pour eux, le français, c’est la langue du cœur. »
« J’ai hâte que mes enfants puissent en faire partie, car ça a l’air très intéressant », avoue quant à elle Émilie Herdès, désormais maman de deux jeunes élèves de l’École Émilie-Tremblay. « Dans mon temps, on était un peu les “petits Yukonnais” quand on allait à des activités en dehors du Yukon. Maintenant, on est plus nombreux. On est bien présents! On a pris notre place. »
Inspirer la jeunesse francophone
Selon Josée Vaillancourt, directrice de la FJCF et employée de cet organisme depuis 12 ans, « Roch Nadon a été une personne qui a fait la place pour que des jeunes du Yukon puissent atteindre des postes de leadership ». Elle fait notamment référence à Marguerite Tölgyesi, qui est devenue la première représentante du Yukon à être présidente de l’organisme national.
« Roch m’a aussi beaucoup inspiré, et fasciné! J’ai commencé à la FJCF avec un emploi étudiant, et son influence a été vraiment forte pour moi. Au Yukon, il y a beaucoup de personnes qui se sont engagées non seulement pour la jeunesse yukonnaise, mais à un niveau plus large, pour la jeunesse de tout le pays. Josée Jacques [actuelle directrice du secteur Jeunesse] a fait beaucoup elle aussi, mais aussi Tristan Gagnon, le président de JeFY. Il est posé, mais il sait prendre sa place et fait de très bonnes interventions quand il vient à nos réunions. »
Trente ans plus tard, le Service jeunesse de l’AFY continue de jouer ce rôle de « village » où les jeunes grandissent, s’affirment et construisent leur identité francophone. Ce travail patient, porté par des personnes passionnées et par des cohortes engagées, a façonné bien plus que des activités : il a créé des parcours, des réseaux et un sentiment d’appartenance qui dépassent les frontières du territoire. En inspirant, en rassemblant et en ouvrant des portes, JeFY a contribué à bâtir une génération de jeunes qui savent que leur voix compte — ici, au Yukon, et partout au pays. Et à voir l’enthousiasme des nouvelles familles et des prochaines cohortes, on peut dire que cette belle histoire ne fait que continuer.
IJL – L’Aurore boréale
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.