Davida Wood et Tosh Southwick de l’organisme yukonnais IRP (Inspire, Reconciliation, Potential), visent à déconstruire les stéréotypes à l’égard des peuples autochtones au Yukon.
Préjugé 1 : Les Premières Nations ne paient pas d’impôts.
Tosh Southwick : Je dirais qu’au Yukon, c’est faux. Nous n’avons pas de réserves comme les Premières Nations du sud du Canada. Dans certains cas, nos communautés des Premières Nations paient même des impôts plus élevés que les autres communautés du Yukon, parce que nous avons des services éloignés.
Davida Wood : C’est l’un des stéréotypes les plus répandus au sujet des Canadiens et Canadiennes autochtones et que, pour une raison ou pour une autre, nous avons du mal à le faire disparaître, même s’il a été réfuté.
Préjugé 2 : Les Premières Nations reçoivent des chèques du gouvernement et vivent de l’aide sociale.
D. W. : Il est vrai qu’il s’agit d’un préjugé, mais il n’est pas différent de celui des autres personnes. Ainsi, tout comme il y a des personnes ayant des antécédents très différents qui peuvent avoir besoin d’accéder à l’aide sociale ou aux programmes d’assistance du gouvernement fédéral, il y a des autochtones qui doivent faire exactement la même chose, mais ce n’est pas la façon dont tous les autochtones vivent ou reçoivent leur argent.
Je pense qu’au Yukon, la population est parmi les plus instruites de tout le Canada. Bon nombre de ces personnes sont des autochtones qui travaillent, qui font leurs propres affaires, qui dirigent des entreprises, qui font partie de l’industrie et qui siègent à tous les niveaux des organisations.
T. S. : Davida et moi sommes des membres des Premières Nations du Yukon et ni l’une ni l’autre n’a jamais reçu d’aide sociale ou de chèque fantaisiste du Canada.
Préjugé 3 : Les drogues et l’alcoolisme sont un problème majeur pour les Premières Nations.
D. W. : Je pense que c’est un problème majeur pour toute population qui souffre de générations et de générations de traumatismes. Au Canada, nos peuples autochtones ont subi la colonisation depuis plus de 150 ans. Ils ont tenté de nous exterminer de toutes les manières possibles. Ils ont déplacé des communautés, ils nous ont enlevé nos enfants, ils nous ont enlevé nos moyens de subsistance. Ils ont rendu illégal le rassemblement de plus de dix d’entre nous à un moment donné. C’est pourquoi, dans les communautés autochtones d’aujourd’hui, il y a encore beaucoup de guérison à faire.
Et l’un des défis est que nous n’avons pas le même type de soins de santé que les autres Canadiens et Canadiennes. Nous n’avons pas accès aux mêmes fonds ou services de santé et de bien-être. Donc, cela retarde d’autant plus notre guérison.
Préjugé 4 : Les Premières Nations ne paient pas pour les soins de santé.
T. S. : Certaines Premières Nations ne paient pas pour les soins de santé. Si vous êtes un ou Indienne inscrite au Canada, vous passez par ce que l’on appelle un système de santé non assuré [non-insured health]. Il s’agit d’un type de soins de santé différent de celui dont bénéficient les habitants et les habitantes du Yukon et les autres Canadiens et Canadiennes. Et ces soins sont de qualité médiocre.
Ainsi, si vous et moi entrions ensemble à l’Hôpital général de Whitehorse, vous recevriez un service différent du mien. Et votre service vous permettrait d’être plus autonome et d’avoir plus d’options que le mien. Mais il est vrai qu’aucun Yukonnais et qu’aucune Yukonnaise ne paie pour aller à l’hôpital.
D. W. : Il y a des choses comme les ordonnances qui peuvent être couvertes et que les gens considèrent évidemment comme un avantage. Mais lorsque nous commençons à voir ce qui finit par être couvert, il s’agit généralement d’une norme inférieure de médicaments ou de soins. En général, ce qui finit par être couvert n’est pas le médicament le plus récent, ce n’est pas le type de recherche et d’information le plus récent qui existe. Il y a donc, une fois de plus, des divergences dans l’accès aux soins. Mais cela permet aux gens d’avoir accès à certains de ces services qu’ils n’auraient pas pu avoir autrement.
Préjugé 5 : Certaines personnes affirment que les Premières Nations jouissent de plus de droits que les autres. Qu’en pensez-vous?
T. S. : Je ne sais pas s’il s’agit de plus de droits. Je pense qu’il s’agit de droits différents. Je dirai que certaines Premières Nations n’ont pas les mêmes droits que les autres Canadiens et Canadiennes. Par exemple, jusqu’en 2011, les Premières Nations du Canada ne pouvaient pas déposer de plaintes en matière de droits de la personne en raison de la Loi sur les Indiens. Tout ce qui concerne les Premières Nations relève de la cette loi. Il s’agit donc d’un droit fondamental dont beaucoup de Canadiens et Canadiennes profitent. Si le ministre des Affaires autochtones et du Nord le voulait aujourd’hui, il pourrait annuler le testament des membres des Premières Nations.
Il est vrai que Davida et moi pouvons chasser certains animaux sur notre territoire traditionnel sans avoir à obtenir de permis. Et il est vrai que nous avons certains droits sur différentes sélections de terres au Yukon par rapport aux autres Yukonnais et Yukonnaises. Je pense donc que c’est très compliqué. La situation est plus complexe que de simplement dire que nos droits sont limités.
Selon vous, existe-t-il d’autres préjugés sur les Premières Nations?
T. S. : Oui, je pense qu’il existe un préjugé sur l’éthique du travail selon lequel les Premières Nations sont paresseuses, qu’elles ne travaillent pas aussi dur que les autres, ce qui est encore une fois très faux. Je pense que la plupart des membres de ma communauté ne se contentent pas de travailler de neuf à cinq, mais participent activement à la vie de la communauté. Ils font du bénévolat. Nous prenons tout un tas de travail supplémentaire.
On entend souvent dire que les Premières Nations qui ont vécu dans des pensionnats devraient simplement tourner la page. Cela s’est passé il y a longtemps. Mais là encore, il s’agit de faits très récents. Le dernier pensionnat du Canada a fermé ses portes en 1996. Et nous sommes toujours confrontés à un racisme systémique dans beaucoup de nos systèmes, causé par les pensionnats.
D. W. : Je pense qu’il y a probablement beaucoup d’autres choses à dire à ce sujet. D’autres choses dont nous entendons parler, comme le fait que toutes les Premières Nations bénéficient d’une éducation gratuite.
En réalité, ce n’est pas le cas. Lorsque nous commençons à examiner, en particulier dans l’ensemble du pays, certaines des disparités en matière de financement de l’éducation, qui sont assez importantes lorsque nous commençons à voir à quoi cela ressemble dans le système scolaire public, nous constatons une disparité de plus de 30 % de financement inférieur pour les Premières Nations, les personnes vivant dans les réserves, ce genre de choses.
Mais il est vrai qu’il y a un certain financement pour l’éducation postsecondaire. Ici, dans le territoire, avec les nations autonomes, nous avons été en mesure d’examiner comment offrir ces possibilités et ce type de financement aux citoyens et citoyennes, ce qui est fantastique pour aider à atténuer une partie de l’histoire passée dont nous parlons.
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