Les Jeux d’hiver de l’Arctique rassemblent des athlètes provenant de nombreuses régions circumpolaires. Au-delà des compétitions sportives, l’événement constitue aussi une rencontre culturelle unique où plusieurs langues du Nord se font entendre, notamment des langues inuites et autochtones qui témoignent de la richesse linguistique de l’Arctique.
À chaque édition des Jeux d’hiver de l’Arctique, de jeunes athlètes et leurs entraîneurs se réunissent pour célébrer le sport et la culture du Nord. Si les compétitions attirent l’attention, les échanges entre les personnes présentes aux Jeux révèlent aussi une réalité moins visible : la grande diversité de langues parlées dans les régions circumpolaires. Des langues inuites aux langues sámi, en passant par l’anglais et le français, les Jeux deviennent un véritable carrefour linguistique.
On a pu l’entendre lors de la cérémonie d’ouverture, durant laquelle le tutchone du Sud et le tlingit — deux des huit langues autochtones présentes au Yukon — ont retenti dans le parc Shipyards de Whitehorse.
Les langues inuites, particulièrement présentes aux Jeux
Dans plusieurs régions participantes, les langues inuites occupent une place centrale dans la vie quotidienne. C’est notamment le cas au Nunavut, où l’inuktitut est largement parlé dans les communautés. Pendant les Jeux, on a pu entendre cette langue dans les conversations entre athlètes, dans les encouragements du public ou lors des activités culturelles.
« J’ai été élevée en inuktitut », explique une jeune joueuse de futsal. « C’est ma langue maternelle et je suis fière de pouvoir l’utiliser durant cet événement qui rassemble des jeunes comme moi. »
Une autre langue de la famille inuite est l’inuinnaqtun, parlée dans certaines communautés de l’ouest du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest. Bien qu’elle partage plusieurs racines avec l’inuktitut, elle possède ses propres particularités.
Parmi les équipes du Groenland, on peut également entendre le kalaallisut, la langue officielle du territoire. Lors des cérémonies et des rencontres culturelles, les délégations groenlandaises utilisent souvent leur langue pour se présenter et partager leur identité.
Ces différentes langues font partie d’un vaste continuum linguistique inuit qui s’étend à travers l’Arctique, du Groenland jusqu’à l’Alaska.
Une diversité de langues autochtones
Les Jeux d’hiver de l’Arctique rassemblent aussi des participants provenant de régions où d’autres langues autochtones sont parlées. Dans les Territoires du Nord-Ouest, certaines délégations utilisent des langues de la famille dénée, comme le gwich’in ou le déné.
La région de Sápmi, qui couvre une partie de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, envoie également des athlètes aux Jeux. Plusieurs d’entre eux parlent des langues sámis, dont la plus répandue est le sámi du Nord.
Même si ces langues ne sont pas toujours comprises par toutes les délégations, elles contribuent à créer une atmosphère culturelle unique où chaque région peut partager son héritage linguistique et sa fierté identitaire.
Des langues communes pour communiquer
Avec des populations provenant de plusieurs pays et territoires, certaines langues servent de pont pour faciliter la communication. L’anglais est évidemment utilisé comme langue commune entre les délégations.
Lors de cet événement d’envergure, le français est également présent. De nombreux éléments de l’organisation ont été traduits en français. Whitehorse compte par ailleurs une importante communauté francophone et figure parmi les villes canadiennes où la proportion de francophones est la plus élevée à l’extérieur du Québec.
« J’aime pouvoir m’exprimer dans plusieurs langues », explique un jeune athlète francophone de ski de fond de l’équipe du Yukon. « Je vais à l’École Émilie-Tremblay et la plupart de mes amis parlent aussi français, comme à la maison avec mon père, ma mère et ma sœur. » Ce jeune est né au Yukon. Ses parents sont originaires du Québec et sont venus s’installer à Whitehorse il y a quinze ans.
De nombreux élèves sont inscrits en immersion française dans les écoles du Yukon et, dans les rues de Whitehorse, on entend aussi bien l’anglais que le français.
Cette coexistence entre langues autochtones et langues internationales reflète la réalité linguistique du Nord : un espace où différentes cultures se rencontrent et échangent.
Un espace pour célébrer et préserver les langues
Au-delà des performances sportives, les Jeux d’hiver de l’Arctique jouent aussi un rôle important dans la valorisation des cultures autochtones nordiques. Les cérémonies d’ouverture, les spectacles culturels et les rencontres entre jeunes athlètes offrent des occasions d’entendre et de célébrer plusieurs langues autochtones.
Pour de nombreux athlètes et entraîneurs, c’est aussi une occasion de partager leurs langues avec d’autres jeunes du Nord et de renforcer un sentiment de fierté culturelle.
Dans un contexte où plusieurs langues autochtones sont en processus de revitalisation, ces moments de visibilité contribuent à rappeler l’importance de préserver et de transmettre ce patrimoine linguistique aux prochaines générations.
Dans la grande salle du Centre culturel Kwanlin Dün, les tambours résonnent tandis que les jeunes athlètes, alignés, s’affrontent lors des jeux de mains — ou hand games — dans le cadre des jeux dénés.
L’arbitre porte une tenue traditionnelle sur laquelle est inscrit « Dadundada’s » dans le dos. On entend répéter des mots tels que « Gunalchéesh » (« merci » en tlingit) et « cho! » (« bien » ou « bravo » en tutchone). Les Jeux d’hiver de l’Arctique deviennent ainsi un espace où certaines langues en danger peuvent être entendues et mises en valeur.
Le défi des langues selon les régions
Au Nunavut, l’inuktitut est reconnu par le gouvernement canadien et fait partie des langues officielles du territoire depuis 2008. Plus de 60 % de la population du Nunavut est capable de soutenir une conversation dans cette langue.
La situation est différente dans plusieurs autres régions du Canada. Au Yukon, aucune langue autochtone n’a encore le statut de langue officielle. Le nombre de locuteurs et locutrices du hän, du tutchone du Sud et du Nord, du gwich’in, du kaska, du tlingit ou encore du tagish demeure très limité.
Toutes ces langues sont aujourd’hui considérées comme menacées, mais des efforts de revitalisation sont en cours. Certaines écoles adoptent des noms autochtones, tout comme des rues ou des bâtiments. Dans l’espace public, on voit apparaître de plus en plus de termes et de noms issus des langues autochtones — une réalité également visible lors des jeux dénés durant les Jeux d’hiver de l’Arctique.
Au fil des compétitions et des rencontres, les Jeux d’hiver de l’Arctique rappellent que le Nord n’est pas seulement un espace géographique, mais aussi un territoire de cultures et de langues vivantes. Qu’elles soient parlées depuis des millénaires ou utilisées comme langues communes entre délégations, ces langues participent toutes à l’expérience des Jeux.
Pour les jeunes athlètes, entendre et utiliser leur langue dans un événement international représente bien plus qu’un simple moyen de communication. C’est aussi une manière d’affirmer leur identité et de partager leur héritage culturel avec d’autres peuples du Nord.
Dans les arénas, les terrains de jeux ou les espaces de rassemblement, les langues se croisent, se répondent et racontent chacune une histoire. Et, tout comme les performances sportives, elles contribuent à faire des Jeux d’hiver de l’Arctique une célébration de la diversité et de la vitalité des cultures nordiques.
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