Les mots écrits sur les poissons sont des extraits des textes que les deux femmes veulent mettre en valeur, au sujet des traités modernes autochtones du Yukon.
Née d’une collaboration entre l’artiste autochtone Cheryl McLean et l’artiste non-autochtone Nicole Bauberger, cette installation célèbre la réconciliation et l’interconnexion profonde entre la terre, l’eau, les animaux et les humains.
La collaboration entre les deux artistes est née de liens communs avec Judy Gingell, fille d’Annie Smith, une aînée de Kwanlin Dün.
Passer à travers les traités, littéralement
Cheryl McLean, artiste d’ascendance autochtone Cree Castor du nord de la Colombie-Britannique, explique qu’elle a été inspirée par Judy Gingell.
Elle était la présidente du Council for Yukon Indians (aujourd’hui connu sous le nom de Conseil des Premières Nations du Yukon ou Council of Yukon First Nations – CYFN en anglais) au moment de la négociation des traités modernes du Yukon.
« Les gens lui demandent souvent ce qui peut être fait, concrètement, pour la réconciliation. Sa réponse est toujours “lisez les traités et les accords de revendications territoriales” », explique l’artiste.
« On sait que les traités ne sont pas des documents facilement accessibles », concède Cheryl McLean. « Nous avons donc eu l’idée de découper des morceaux des traités, et de fabriquer des perles avec ». Ainsi, pour entrer dans la salle de l’exposition, les gens doivent littéralement traverser les traités. « On espère ainsi que, d’une certaine façon, ils vont en absorber un peu du sens », ajoute-t-elle.
Les traités dont il est question ici sont les traités modernes du Yukon, issus de plus de vingt années de négociations entre les Premières Nations du Yukon et les gouvernements du Yukon et du Canada.
Les deux artistes ne s’arrêtent pas à l’aspect symbolique de cette immersion dans les traités. Elles ont également organisé les 12, 19 et 26 septembre des lectures publiques de Together Today for our Children Tomorrow. Les personnes présentes ont ensuite été invitées à écrire sur des post-it ce qu’elles avaient retenu du texte. Ces feuillets font partie intégrante de l’exposition.
Car au cœur de Synergies, la réconciliation n’est pas une simple idée abstraite, mais un engagement relationnel, qui se construit.
L’esprit des traités : une relation vivante
En écho aux paroles de l’aînée Judy Gingell, l’installation intègre donc ce rideau de bandes de traités enroulées, mais aussi de perles faites d’argile du Yukon, de vertèbres de saumon et de verre recyclé trouvé sur les bords du fleuve Yukon. « Tout est relié », expliquent les deux artistes, qui ont conçu ce rideau à base du dessin géant d’un saumon.
« Un traité, c’est vraiment une question de relation : comment nous nous connectons et comment nous respectons l’autonomie de chacun, qu’il s’agisse d’individus ou d’un peuple. Entre, mais aussi avec leur environnement », ajoute Cheryl McLean.
Elle compare également la vision autochtone des traités à celle d’un mariage. « Nous entrons dans les traités en disant : travaillons ensemble, respectons l’autonomie de chacun et construisons quelque chose de grand ensemble ». Selon elle, les gouvernements pensent trop souvent les termes des traités comme des divorces, « où on doit savoir ce qui revient à chacun, où on sépare les responsabilités et les biens. Ce n’est pas la même vision que la vision autochtone. »
De son côté, Nicole Bauberger souligne la portée collective de cette démarche. « Nous sommes vraiment tous ici ensemble. C’est une célébration de nos accords, mais plus profondément, de nos réelles relations, entre l’humain et la nature. »
Cheryl McLean a tanné plusieurs des peaux de poissons avec des éléments naturels, variant ainsi les différentes couleurs des peaux. Elle a proposé des ateliers dans les écoles yukonnaises.
Le lien sacré entre la terre, l’eau, les animaux et les humains
L’élément central de l’exposition est une robe magistrale composée de plus de cent peaux de poissons de diverses espèces. « Cette œuvre, qui a pris des centaines d’heures à fabriquer, puisqu’elle implique le tannage d’autant de poissons, incarne la mémoire vivante et le lien indissociable entre l’écosystème et la communauté », expliquent les deux artistes.
Face à l’effondrement des stocks de saumon au Yukon, les artistes ont adapté leurs pratiques en utilisant d’autres espèces, « notamment du brochet pêché au lac Laberge ou au lac Fox, mais aussi quelques saumons achetés au Costco », déclare Cheryl en riant! Elle a utilisé ceux-là pour des ateliers de tannage dans des écoles yukonnaises.
« Lorsque vous prenez des choses de la terre, prenez seulement ce dont vous avez besoin et utilisez tout ce que vous prenez », explique Cheryl McLean, soulignant que chaque chute de cuir de poisson a été valorisée sous forme de perles, ou de petites robes créées par Nicole Bauberger.
Les perles d’argile du Yukon, le verre repêché dans le fleuve Yukon et le bois flotté venu de l’océan Arctique qui tient le rideau rappellent ainsi que la terre, l’eau, les animaux et les humains forment un tout.
L’exposition Synergies sera présentée jusqu’au 30 septembre à la galerie Yukon Artists @ Work. Le 30 septembre, Nicole Bauberger et Cheryl McLean ouvriront la galerie pour un événement de clôture autour d’une discussion et d’un thé, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. L’événement aura lieu de 13 h à 15 h.
IJL – L’Aurore boréale
Les perles d’argile du Yukon, le verre repêché dans le fleuve Yukon et le bois flotté venu de l’océan Arctique qui tient le rideau rappellent que la terre, l’eau, les animaux et les humains forment un tout.
À lire aussi, lecture simple : Together Today for Our Children Tomorrow
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.