Jean-François DesLauriers et Sylvie Léonard
« Nos enfants étaient dans la première classe de l’école du programme-cadre. Angelune et Félix DesLauriers. Ça a commencé en 1983. On venait de déménager à Whitehorse. Ils allaient à une garderie bilingue qui était gérée par Canadian Parents for French (CPF). C’était une garderie « parents participation daycare ». Cécile Girard s’occupait de ça.
On nous a contactés alors pour savoir si ça nous intéresserait d’avoir une école française. On était huit familles en tout en 1983/1984. On a eu beaucoup de réunions pour parler là-dessus.
Nous, on avait deux enfants. Les Guèvremont-Dumas avaient 3 enfants. Les Cohen en avaient 5… À nos huit familles, on arrivait à avoir une trentaine d’élèves.
C’est les gens qui étaient impliqués dans CPF qui ont aidé avec ça. Dont Sandra Henderson, qui était une force militante derrière tout ça, en 1983. Le programme-cadre a commencé en 1984. Notre fille Angelune était dans la première classe du programme, en première année.
Avec notre trentaine d’enfants, on a parti le bal. Mais il fallait démontrer qu’on avait des nombres suffisants pour avoir une école. On a donc fait un sondage et il s’est avéré qu’il y avait une soixantaine d’enfants ayants droit. On s’est basé sur l’école de Destruction Bay, qui avait une douzaine d’enfants. Donc, d’après nos droits, on pouvait avoir une école.
Bea Firth était ministre de l’Éducation. Elle nous disait « non » pour une école. Nous, on était prêts à aller à la Cour suprême. À un moment donné, on est allés à une réunion et elle nous a dit « ça va nous coûter plus cher d’aller en cour que de vous donner une école ». Elle acceptait. C’était en 1985.
Il faut savoir que tout a commencé en 1982. La Constitution canadienne a été rapatriée. La Charte canadienne des droits et libertés, qui énonçait et protégeait le droit à l’instruction dans la langue de la minorité, a été enchâssée dans la Constitution du Canada. C’est très important cette date-là. C’est là que les revendications ont commencé.
Au Yukon, c’était aussi le moment où il y a eu le cas de Daniel St-Jean. Il avait reçu une contravention qui était rédigée seulement en anglais. Il a contesté la contravention et il a gagné. Ça a vraiment ébranlé les gouvernements. La ministre Bea Firth n’avait que faire du français, mais après ce cas-là, ça a donné un momentum au développement de la communauté francophone du Yukon, et ça a mené en partie à la création de l’Association franco-yukonnaise et ensuite de l’école.
Par la suite, quand Piers Mc Donald était ministre de l’Éducation, il y a eu la réforme de l’éducation. Ça donnait la possibilité de créer des commissions scolaires. On avait milité pour que la réforme inclue cela. C’est donc comme ça que la Commission scolaire francophone a pu être créée. Récemment, c’est avec cette même Loi que les Premières Nations ont pu créer leur commission scolaire. »
Mme Journeaux-Henderson était une des premières enseignantes de l’école qui se situait dans les sous-sol de l’École Whitehorse Elementary School.
Sandra Journeaux-Henderson
« Le programme-cadre de langue française a commencé en septembre 1984 et a duré jusqu’à juin 1985. J’étais la première professeure et on avait aussi une orthopédagogue qui s’appelait Madame Jacqueline Lebeau, qui venait de l’Île Verte au Québec, et on avait aussi Lise Parent, qui venait de la Gaspésie. Lise Parent a démissionné au mois d’octobre parce que le directeur de l’époque lui causait des malheurs et Charlotte Ouellet a pris sa place. L’École Émilie-Tremblay c’était au sous-sol de l’École Whitehorse Elementary. Lise Peace et Suzanne Bertrand enseignaient. Mais moi, j’avais été transférée à Jeckell, pour la 7e année, 8e année et 9e année.
Je sais que le nom a été donné en 1985, mais je crois que le début c’était en 1984, quand le programme-cadre a commencé.
Je revendique toujours pour les programmes de français. Ma petite-fille va à Mercier.
J’ai étudié à la Sorbonne en 1961. J’apprenais la langue et la phonétique internationale à Paris. Aujourd’hui, je donne des cours de tutorat de français à des jeunes qui vont à l’École Selkirk. Et je pense que c’est nécessaire de l’enseigner correctement.
Pour les 40 prochaines années, j’espère que l’école continuera de grandir. Je m’inquiète un peu avec le programme de la Colombie-Britannique. Je souhaite de retrouver une cohérence de programme entre tous les enseignants. Je revendique aussi pour recréer un concours d’art oratoire du primaire au secondaire. Les jeunes en maternelle et 1re année peuvent faire des comptines, ensuite les élèves peuvent faire les fables de La Fontaine, et les 7e et 8e peuvent faire des nouvelles, ensuite jusqu’en 10e, ils peuvent faire des discours. »
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