Benoit Godin a toujours été fasciné par le monde biologique et plus particulièrement les insectes. Depuis 2025, il présente des œuvres colorées qui mettent en grand le monde microscopique.
Venu de Montréal, il est arrivé au Yukon en 1983, après avoir fait des études en biologie. Au territoire, il a travaillé comme biologiste avec Environnement Canada, puis a vécu à Vancouver pendant huit ans avant de revenir au Yukon en 1993. Après 35 ans avec Environnement Canada, il a pris sa retraite en 2018.
Son expertise : les coléoptères
Lors de son travail en évaluation environnementale, il a découvert un groupe peu connu de coléoptères appelés staphylins obscurs et a commencé à les étudier durant ses temps libres. En parlant avec une personne qui travaillait en foresterie, Benoit Godin s’est fait dire d’oublier cela, car personne ne connaît ces coléoptères. « Il m’a dit de les mettre à la poubelle. J’avais 60 % de mes insectes qui étaient de ce genre-là », explique-t-il. Il a trouvé un expert des aléocharines à Québec qui lui a montré comment faire des dissections.
« J’ai vraiment accroché et j’ai fait ça pendant 20 ans comme hobby. Aller chercher des insectes un peu partout. J’ai pu trouver environ 20 nouvelles espèces de cet insecte. J’ai coécrit plusieurs articles scientifiques, publié un livre sur les aléocharines de l’Alaska jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador », mentionne M. Godin.
Benoit Godin pose avec deux des oeuvres qui ont été exposées sur les chemins de Hillcrest.
Un tournant vers l’art
L’entomologiste yukonnais faisait des dessins et de la peinture dans ses temps libres, sans avoir de formation dans le domaine. « Au début, je faisais des copies, de la reproduction de choses, de photos que je voyais. Après, j’ai trouvé mon inspiration et j’ai commencé à faire des petits dessins que j’ai envoyés à mes enfants comme cartes de souhaits, de Noël et de fêtes. Ils ont trouvé ça intéressant », explique Benoit Godin.
Pour sa première exposition intitulée Aleocharinae : An Entomologist and an Artist, qui s’est déroulée de mars à mai 2025 au Centre des arts du Yukon, Benoit Godin a collaboré avec Luann Baker-Johnson, de Lumel, qui a fait 15 sculptures de parties génitales de coléoptères en verre soufflé. « Je suis allé faire un tour à Lumel quand le studio a commencé pour apprendre à faire du verre soufflé. Quand ils m’ont demandé si j’avais un projet que je voulais faire, j’ai dit que j’allais faire une partie génitale d’un insecte. Luann m’a dit que ce serait une bonne idée de faire un show avec ça. »
Sa deuxième exposition, en solo, intitulée The Glorious Diversity of Life, s’est déroulée en janvier 2026 à la galerie Focus d’Arts Underground. « C’était une représentation d’une perspective. C’était très visuel, beaucoup de couleurs », détaille l’artiste.
Sa plus récente exposition présentée en plein air, le 17 octobre dernier, a présenté le même dessin, mais réalisé avec différentes palettes de couleurs. « Chaque peinture est le même dessin, mais la perspective est différente avec les couleurs. J’ai fait 16 peintures, mais tourné à 90 degrés chaque fois. Je veux dire aux gens que c’est la même chose, mais que la peinture peut être tournée de 90 degrés pour voir les choses différemment selon la perspective », relate M. Godin.
Un processus artistique inspiré des insectes
Après sa retraite, Benoit Godin a commencé à regarder dans les livres sur l’histoire de l’art. Il adore l’abstrait et le cubisme. « L’histoire est de représenter différentes perspectives de différents angles. On tourne à 90 degrés. Tu regardes ce qui allait être une bouche devenir un œil. Je fais ça un peu farfelu. Le monde le sait que ce sont des couleurs et des formes qui ne sont pas représentatives. Tu t’amuses à voir ce que tu veux voir dedans », explique-t-il.
Il ajoute : « Les insectes que je représente ont tous des variations de noir et de brun. Ça se cache dans les feuillages. Moi, je voulais des couleurs. J’ai changé les couleurs. J’ai pas de noir du tout dans mes peintures! Je veux que ce soit coloré. Avec les couleurs, c’est un peu ça, mon processus artistique. Des couleurs et pas de perspectives. Tout s’emboîte l’un dans l’autre. Mes peintures sont une représentation de ce que je vois tout le temps en dessous du microscope à regarder des insectes partout. […] Quand tu regardes avec le microscope, il n’y a pas de profondeur de champ. Tout est plat. »
Benoit Godin n’a pas le désir d’avoir d’obligations. « Je ne suis pas un professionnel de la peinture, mais j’aime ça comme loisir et je le fais le plus professionnel possible. Les gens qui regardent mes peintures ont du fun. Ils trouvent que mes titres sont flyés (par exemple : The blue dog’s belly is an aquarium). Ce que j’essaie de faire avec les titres est d’inciter les personnes à regarder, puis à découvrir différentes perspectives. J’essaie d’emboîter une chose avec quelque chose d’autre », conclut-il.
IJL – L’Aurore boréale
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.