Johanne célèbre cette année son cinquantième anniversaire de vie au territoire. Son expérience auprès des Premières Nations pendant trois décennies à Carmacks a considérablement inspiré et influencé sa vie.
« J’ai toujours aimé travailler les produits de la terre. J’ai appris tout ce qu’il y avait à apprendre des Premières Nations. J’ai beaucoup voyagé avec eux dans leur territoire traditionnel. J’ai appris la cueillette des petits fruits, comment apprêter du poisson, préparer les viandes, comment cuisiner sur le feu, comment tanner des peaux et comment faire des vêtements. J’ai un peu aussi appris sur les plantes médicinales », partage-t-elle.
De fil en aiguille
Sa grand-mère lui apprend à faire du crochet à l’âge de six ans. Plus tard, à Carmacks, elle animera pendant plusieurs années des ateliers hebdomadaires de crochet à la Maison des femmes. Elle tricote également.
Une fois à la retraite, Johanne Maisonneuve se découvre une nouvelle passion pour les fibres naturelles. Elle devient membre de la Northern Fibre Guild de Whitehorse, un groupe dont elle fait partie maintenant depuis trois ans.
Les deux premières années, elle file au fuseau puis se dote d’un rouet usagé. Elle fait sa propre laine avec des toisons de moutons locaux qu’elle lave, carde, file et tricote. Elle apprend également l’art du feutrage. Elle utilise aussi du qiviut, provenant du bœuf musqué, une laine très chaude selon Johanne, et de la laine d’alpaga.
Pour elle, il est fascinant et apaisant de filer la laine. « J’ai toujours été fascinée par le monde qui filait. Je trouvais que ça devait vraiment t’apaiser de faire ça, mais je n’ai jamais pensé commencer à en faire à 65 ans! »
Elle complète son apprentissage avec des vidéos sur YouTube. « J’ai passé des heures sur YouTube. J’ai appris comment le faire, mais ça a l’air que je ne l’ai pas fait comme il faut, parce que je me suis retrouvée avec beaucoup de mottons! »
Après plusieurs années de pratique, Johanne Maisonneuve sent le besoin de peaufiner sa pratique à l’extérieur. Elle applique donc à un programme d’artistes en résidence qui fait partie du Icelandic Textile Center. Une semaine plus tard, l’artisane reçoit une réponse favorable.
Plus de moutons que d’habitant·e·s!
« En Islande, il y a plus de moutons que de monde! », rapporte l’artisane. En effet, l’île compterait 400 000 bêtes pour quasiment le même nombre d’habitant·e·s.
C’est la première fois que Johanne Maisonneuve se rendra dans une résidence pour artistes et qu’elle visitera ce pays. La résidence d’artistes peut accueillir jusqu’à 14 personnes. « Tu fais ce que tu as à faire pour apprendre ce que tu as besoin d’apprendre, mais ils ont des ressources », informe-t-elle.
En plus de proposer divers ateliers, le centre de textile offre toutes sortes d’équipements. « Ils ont des métiers à tisser, des rouets. Ils ont également des machines digitales que je n’ai jamais vues. Ils font de la broderie digitale, du tricot digital, ils ont des métiers à tisser traditionnels et digitaux », résume l’artisane.
Le centre est entouré de fermes élevant des moutons où l’on peut se procurer de la laine. « Le personnel aide les personnes résidentes à créer des contacts, entre autres, avec des éleveurs locaux », précise Johanne.
« En Islande, les moutons sont en totale liberté, il n’y a pas de prédateurs », précise-t-elle. « En septembre, c’est le réttir. Ce sera le moment où les éleveurs rassemblent tout leur bétail. C’est l’événement de l’année pour les Islandais. Toutes sortes de célébrations auront lieu. »
Si elle s’y plaît, l’artisane envisage de prolonger son séjour.
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.