L’idée a germé il y a 2 ou 3 ans. En 2025, nous aurions tous les deux 70 ans. Toute notre vie, nous avons travaillé, travaillé, travaillé. Des semaines de 100 heures pour André. Et pour moi, l’enseignement, les 3 enfants, la terre, la tenue de livres de notre microentreprise de sciage. Alors, pourquoi ne pas prendre un temps d’arrêt pour nous gâter?! Il nous semble que nous le méritons bien!
Oui! Oui, ce sera un voyage de quelques mois au Canada. Mais… le Canada, c’est grand! Où aller? Nous avons chacun sillonné les routes du Québec autant que nous l’avons pu. Nous sommes bien conscients que nous pourrions encore nous y émerveiller devant plein d’inconnu, de beautés. Cependant, sortir de sa zone de confort est important aussi.
L’Ontario, le Nouveau-Brunswick nous a déjà vu passer. Terre-Neuve? Nouvelle-Écosse? Île-du-Prince-Édouard? Ou l’Ouest? Tandis que nous sommes encore jeunes(!!), pourquoi ne pas aller …très loin? Et, tout d’un coup, André ne parle plus que du Yukon! Sa blague préférée est maintenant : « You kon va? » Partir pour l’inconnu, oui! À l’aveuglette, non!
Je me souviens alors de l’amie d’une amie qui ne compte plus le nombre de ses voyages au Yukon. J’obtiens son adresse courriel et lui écris pour obtenir des conseils. Elle nous recommande fortement l’achat du livre The Milepost qui est, selon elle, la bible pour notre voyage. Je me renseigne : ce livre n’est publié qu’en anglais. André ne parle ni ne lit l’anglais. Une idée me vient! Les filles d’André cherchent toujours un cadeau de Noël pertinent pour leur père. Je leur refile donc la tâche de trouver un livre qui pourrait remplacer The Milepost.
Elles dénichent un guide Ulysse Ouest canadien – 50 itinéraires de rêve. Magnifiquement illustré, il présente différents trajets et répertorie ce que chaque province et territoire de l’Ouest ont à offrir aux voyageurs. À la librairie de la ville voisine, j’achète une carte routière récente (papier) du Yukon. De nos jours, les cartes routières papier ne sont plus à la mode. Pourtant, nous y trouvons encore plein d’avantages! André a aussi un atlas Rand-McNally 1986 qu’il aime bien consulter même s’il sait qu’il y a eu plein de changements en 39 ans. Il part donc régulièrement pour le Yukon… en pensées.
Je suis une adepte des friperies. J’y ai découvert, par hasard, le DVD « White Pass and Yukon Route – The Railway Built of Gold » paru pour le 100e anniversaire de cette voie ferrée. Nous ne pourrons probablement pas faire cette expédition, puisqu’elle semble ne partir que de Skagway. Nous ne voulons – en aucun cas – traverser aux États-Unis durant notre voyage. J’y ai aussi trouvé un livre Sélection du Reader’s Digest, Canada d’un océan à l’autre. C’est un guide pratique abondamment illustré avec un atlas de 16 pages et plus de 130 itinéraires illustrés!
Nous partirons durant le printemps 2025. Et notre voyage se fera en camper. (La traduction française ne m’apparaît pas mieux : « camping-car »! Je prends donc la liberté d’utiliser le terme anglais). La tente et la bicyclette font geindre nos vieux os, juste à entendre les mots! Le prix des roulottes est exagéré, à notre avis! Nous ne sommes quand même pas millionnaires! Nous voulons être autonomes : nous arrêter où ça nous chante, quand ça nous chante, nous intégrer le plus possible dans le décor environnant, jaser avec des locaux, des arrivant.e.s, des inconnu.e.s. Le camper semble la meilleure solution pour nous.
André a un camion puissant qui peut supporter ce poids. Au printemps 2024, nous nous mettons donc à la recherche d’un camper usagé sur Internet. Surprise! Même usagés, ils sont chers, ces machins! Pour commencer, vaut toujours mieux chercher autour de soi : connaissances, ami.e.s, voisin.e.s, parent.e.s sont consulté.e.s. La première trouvaille se révèle être en fin de vie. Heureusement, nous pouvons la remettre à son propriétaire. Les recherches reprennent. À l’automne 2024, nous dénichons un autre camper usagé, qui est un excellent achat, cette fois. Pour cet hiver, nous le laissons chez son propriétaire où il est très bien entreposé.
Pendant ce temps, André prépare son camion pour accueillir le camper. Pour que ce dernier passe par-dessus la cabine du camion, il doit faire installer un nouveau plancher dans la boîte. Tant qu’à faire, un ou deux réservoirs de diesel seront ajoutés sous ce plancher, nous donnant ainsi encore plus d’autonomie!
De mon côté, je visite le mini-véhicule récréatif d’un couple d’amis. J’y ramasse des idées pour maximiser l’espace. Je réalise mieux à quel point les vêtements, le garde-manger, la vaisselle, la literie et les outils devront se limiter au strict minimum. Plus il y a de bagages, plus ça ajoute du poids sur le camion.
Dans le même ordre d’idées, nous visitons le Salon du VR à Ottawa. J’y glane quelques trucs. Mais, ce qui nous a le plus aidés, ce sont les « jasettes » avec des visiteurs du Salon. Un couple, qui avait déjà à son actif 5 voyages au Yukon, nous a fait réfléchir à la réalité pancanadienne des moustiques! Moi qui croyais que notre coin de pays était spécialisé en manufactures de maringouins, de mouches noires, de taons à cheval, de mouches à chevreuil… et j’en passe. Eh bien, non! Semble-t-il qu’il y ait une multitude d’autres usines aussi performantes, sinon plus que les nôtres! Le conseil de ces gens : « Retardez votre départ ». Mais, à bien y penser, donner du sang ici ou ailleurs, ça doit bien se valoir!
Pour nous, traverser l’Ouest canadien se veut aussi une occasion de rencontrer les nations autochtones et la francophonie de ce vaste territoire. Un coin du Manitoba nous attire avec ces jolis noms de villages à caractère francophone : Saint-Boniface, St-Pierre-Jolys, Portage la Prairie! Des démarches sont en cours pour partager avec des francophones de l’Ouest.
Trouvaille du printemps 2024 : le journal franco-yukonnais l’Aurore boréale. Quel beau nom bien trouvé, représentatif de cet espace nordique! Quoi de mieux pour prendre le pouls d’un ailleurs?! Le mot de la direction, les articles traitant de la scène locale : santé, culture, éducation, environnement, sports, le calendrier et les petites annonces du communautaire, tout cela nous trace un portrait actualisé du respect pour la vie autochtone et de l’effervescence de la vie en français au Yukon.
L’édition du 6 février dernier avec ses photos du départ de la Yukon Quest et de l’Arctic Ultra nous rapproche des francophones yukonnais qui vivent ces moments magiques! Nous avons hâte de vous rencontrer en personne! Écrivez-nous!
Louise Brazeau
brazeau.drouin @ gmail.com (sans les espaces)
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