le Jeudi 5 novembre 2026
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le Jeudi 5 novembre 2026 6:00 À vous la parole

Lettre de Benoit Turcotte

  Photo : Pexels
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À l’attention du ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources, ainsi que de l’équipe des communications de la Yukon Energy Corporation (YEC),

En tant que résident du Yukon, j’apprécie le processus de consultation mené par la YEC pour informer la population sur les besoins futurs en électricité et sur les détails techniques du projet énergétique proposé près de Whitehorse.

Par ce courriel, je souhaite prendre un peu de recul par rapport aux échanges actuels avec les titulaires de droits et la population, afin de clarifier certains aspects importants des projets énergétiques sur le territoire. Les points soulevés ci-dessous se veulent constructifs. Je suis conscient que derrière chaque rôle se trouvent des individus, et que nous sommes tous différents, mais animés de bonnes intentions.

DONNÉES SUR LES COÛTS – La YEC loue des turbines au diesel depuis plusieurs années. L’un des objectifs des centrales énergétiques proposées est de réduire cette dépendance. Afin de mieux expliquer ce projet aux Yukonnais, la YEC devrait présenter des graphiques illustrant la consommation de diesel et de gaz naturel – ainsi que les coûts associés (annuels et par kWh) – pour la période récente (2015-2025) et la période projetée (2026-2036, en incluant cette première phase de 15 MW), selon deux scénarios :

  1. Une population stable, un climat stable et un coût du carburant stable (prix actuel).
  2. Une croissance démographique projetée, des hivers qui se réchauffent, et différents scénarios quant au coût du carburant.

Ces graphiques permettraient de clarifier la situation et ce à quoi s’attendre. Par exemple, quelles économies pourraient être réalisées en évitant la location de génératrices au diesel?

DONNÉES SUR LES GES – Le gouvernement du Yukon et la YEC devraient communiquer des données sur la part prévue d’énergie non renouvelable, tant durant les mois froids que sur l’ensemble de l’année, pour les années à venir. Ces projections devraient tenir compte de différents scénarios (faible, moyen ou fort apport en eau) pour les réservoirs hydroélectriques. Telles que présentées, les informations actuelles ne semblent pas inclure de données pertinentes comparant la répartition actuelle et future entre énergies renouvelables et non renouvelables. Si je comprends bien, les génératrices thermiques proposées ne fonctionneraient pas en permanence, même durant les périodes hivernales froides, car elles pourraient être complétées par le développement de projets d’énergie renouvelable. Les Yukonnais seraient sans doute intéressés de savoir comment, compte tenu des taux actuels de consommation énergétique par ménage, ces projets se traduiront en termes d’émissions de carbone, selon différents scénarios climatiques saisonniers.

JUSTIFICATION DES CENTRALES ÉNERGÉTIQUES – Le gouvernement du Yukon et la YEC doivent faire preuve de transparence quant à l’utilisation, réelle ou envisagée, de l’électricité produite par ces nouvelles centrales dans le cadre de projets miniers. Au sein de la population, des rumeurs circulent selon lesquelles ce projet énergétique ne viserait qu’à attirer des sociétés minières. Sur le site Web de la YEC, le recours au chauffage électrique (durant la période de grand froid de 2025-2026) et l’augmentation du nombre de véhicules électriques sont « avancés » pour justifier l’urgence de ce projet de centrale thermique. Concrètement, à quoi ces 150 MW de nouvelle capacité thermique doivent-ils servir?

  • À de nouveaux projets miniers?
  • À davantage de véhicules électriques (évitons de mentionner les vélos électriques)?
  • À des projets résidentiels récents équipés de systèmes de chauffage électrique?
  • À un nombre croissant de jacuzzis?
  • À la croissance démographique, sans aucune modification des habitudes de consommation énergétique?

Par ailleurs, le gouvernement du Yukon devrait expliquer ce que signifie « soutenir une économie forte » pour les Yukonnais. Comment cet objectif s’articule-t-il avec la multiplication et l’intensification des risques naturels liés au changement climatique, qui engendrent eux aussi des coûts pour les Yukonnais et l’ensemble des Canadiens? Les projets miniers sont-ils réellement nécessaires pour soutenir la soi-disant « transition énergétique »? Si tel est le cas, les Yukonnais sont en droit de se demander pourquoi, et pour combien de temps, nous devrions brûler davantage de combustibles fossiles pour extraire plus de ressources, dans le but, éventuellement, d’en brûler moins, tout en continuant à soutenir une économie en croissance constante.

SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE – Dans d’autres régions, y compris au sein de pays dits « avancés », les citoyens ne sont pas seulement encouragés à réduire leur consommation d’électricité aux heures de pointe (par exemple, via des programmes comme « Beat the Peak »); mais ils sont contraints à une utilisation plus raisonnée de l’énergie, que ce soit par le biais de tarifs variables de kWh, de dispositifs de contrôle des appareils installés au domicile, ou par d’autres mécanismes. Sans cela, les usagers restent confinés dans leur zone de confort, au détriment des populations les plus démunies et de l’environnement. La plupart des Nord-Américains sont passés maîtres dans le gaspillage énergétique, sous toutes ses formes. Les Yukonnais ne font pas exception : les chauffe-moteurs tournent de 17 h à 7 h du matin, et l’éclairage public illumine Whitehorse (au détriment des étoiles et des aurores boréales), alors même que tout le monde dort. (Comment cela se compare-t-il à la recharge des voitures et des vélos électriques?) Parallèlement à l’urgence d’accroître notre capacité de production énergétique, au prix d’un impact environnemental, afin de permettre à la plupart d’entre nous de conserver un niveau de confort qui, dans le Nord, n’a jamais été viable, la société YEC et le gouvernement du Yukon devraient-ils rassembler des données et des connaissances sur l’efficacité des solutions actuelles et potentielles de sobriété énergétique, pour ensuite adopter une approche prescriptive? Il semble qu’un certain nombre de Yukonnais préféreraient adapter leurs habitudes de consommation énergétique (et pouvoir observer les étoiles la nuit) plutôt que de voir de nouvelles centrales thermiques sortir de terre aux abords de la « ville en pleine nature » (Wilderness City).

CROISSANCE – La YEC et le gouvernement présentent tous deux la croissance démographique comme un phénomène inéluctable, sans doute parce que, d’une manière ou d’une autre, l’économie doit croître. Il est grand temps d’ouvrir ce débat et d’explorer d’autres voies possibles. La planète, avec ses écosystèmes et ses ressources limitées, ne peut supporter les taux actuels et projetés de consommation et de croissance démographique (qui entraînent, par ricochet, le changement climatique et d’autres crises interdépendantes). Dès lors, pourquoi cette dynamique de croissance, au sein d’un espace fini et avec des ressources limitées, devrait-elle se poursuivre ici, dans le Nord, un environnement avec une énergie limitée? De nombreux habitants du Yukon se demandent quand cette croissance annoncée prendra fin. Ces interrogations peuvent paraître radicales. Pourtant, l’idée d’une croissance infinie sur une planète limitée est physiquement impossible, et les conséquences de ces limites planétaires sont visibles tout autour de nous depuis des décennies. Pourquoi ne pas entamer cette discussion dès maintenant au Yukon?

ÉNERGIES RENOUVELABLES ET ESPOIR – Dans un contexte marqué par le changement climatique et une multitude de crises interdépendantes, dont les répercussions, directes comme indirectes, font quotidiennement la une de l’actualité, ce projet de centrales électriques ne fait que renforcer le cynisme de la population à l’égard des décideurs. La jeune génération n’a pratiquement plus aucun espoir en l’avenir, ce qui est profondément injuste. La notion même d’économie saine a perdu tout son sens. La documentation fournie par la YEC suggère que cet apport supplémentaire en énergie de base, disponible durant les périodes de grand froid, lorsque les réservoirs hydroélectriques sont au plus bas, finira par favoriser le développement de projets d’énergies renouvelables. Or, la proposition ne présente aucun plan ni aucune vision en la matière qui justifierait une telle initiative à l’horizon 2026. Le projet dans son ensemble pourrait être perçu comme étant fortement influencé par les lobbies pétroliers, ce qui ne fait qu’accentuer la division au sein de la population. Si le gouvernement du Yukon et la YEC croient réellement en un avenir pour les Yukonnais, et en un juste équilibre entre la qualité de vie dans le Nord et la préservation de notre environnement mondial pour les générations futures, nous avons besoin d’informations concrètes sur les projets d’énergies renouvelables. Nous avons également besoin de données scientifiques pour justifier ces projets. Les glaciers du bassin versant des Lacs du Sud fondent et ne retrouveront pas leur état des années 1960? C’est un fait. Toutefois, on prévoit une augmentation des chutes de neige et des précipitations. Comment ces éléments s’équilibrent-ils? Il est vrai que le vent ne souffle pas en permanence, d’où la nécessité de disposer de génératrices DE SECOURS. Toutefois, le vent souffle souvent quelque part, et il semble gagner en intensité aux abords de Whitehorse ces dernières années, une conséquence potentielle des changements climatiques. Comment pouvons-nous tirer parti de cette situation?

EN RÉSUMÉ – On peut soutenir que la YEC a la responsabilité d’assurer la continuité de l’approvisionnement en électricité; cependant, cette responsabilité ne se résume pas nécessairement à doubler la capacité de production énergétique au moyen de génératrices thermiques faciles à installer. Avons-nous une vision complète des risques, des avantages et des possibilités, y compris les dimensions environnementales et sociales, liés à l’ensemble des projets énergétiques envisageables? La première phase proposée du projet « Power Centres », bien que présentée sur le site Web de la YEC comme une solution héritée des années 1980, pourrait se justifier par les retards pris dans l’approbation d’autres projets d’énergie renouvelable, plus complexes. Néanmoins, les Yukonnais ont besoin de davantage de données et de transparence; d’autres solutions de rechange devraient être présentées. Il nous faut des projets porteurs d’espoir et d’optimisme, et non des projets qui alimentent la division et le cynisme. Ne laissons pas aux futurs gouvernements la responsabilité de la période 2035-2050 prévue dans la « Feuille de route énergétique » (Energy Road Map), des gouvernements qui ne manqueront pas d’invoquer la fragilité de l’économie pour justifier des solutions non durables, dans un Nord en constante dégradation.

Cordialement,

Benoit Turcotte
Résident de Whitehorse

 

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