Guillaume Weisser tente d’inculquer de saines habitudes de vie et d’automonie en combinant la cuisine et la langue française.
Une bonne odeur de cuisson qui s’échappe des fourneaux, le tintement des casseroles et des conversations remplies de rires, qui fusent en français.
Une idée née à Dawson
L’histoire de ce projet passion a pris racine à la rentrée scolaire 2022. Nouvellement arrivé à Dawson, Guillaume Weisser souhaitait alors exercer comme enseignant de français. Le poste convoité n’étant plus disponible, on lui propose un jumelage inédit : enseigner la cuisine à 50 % et le français à 50 % aux mêmes élèves. Pendant un an, la magie opère. C’est la révélation. « C’est là qu’est née l’idée de combiner le français et la cuisine », confie celui qui est aujourd’hui enseignant de français en immersion à Whitehorse, à l’École F.-H.-Collins.
Lancé officiellement à la fin de l’année scolaire dernière, ce concept proposé comme une activité en dehors de l’école a immédiatement séduit les parents yukonnais. Dès les premiers pas du projet, Guillaume a composé six classes d’une dizaine d’élèves. Le succès est tel que la session s’est clôturée par un atelier mémorable regroupant 17 participant·es.
La cuisine au Café français, c’est aussi l’apprentissage de l’autonomie. Pour ce jeune participant, écaler cet œuf dur cuit durant l’atelier est une grande première, pleine de découvertes.
Briser l’insécurité linguistique par les sens
Dans les écoles canadiennes, le terme « café français » désigne traditionnellement un espace parascolaire convivial, un bistro social conçu pour briser l’insécurité linguistique.
Le programme cible principalement les jeunes de 10 à 12 ans. Pour les élèves en immersion française, l’offre d’activités parascolaires en français est encore limitée à Whitehorse. Le Café français vise à combler ce vide. Fait intéressant : de jeunes ayant le français comme langue première se joignent aussi au groupe, par curiosité culinaire, créant un espace de maillage naturel entre les deux communautés.
Face à la demande croissante et au manque de temps, puisqu’il est déjà bien occupé par son travail d’enseignant, la structure évolue pour cette nouvelle rentrée. L’enseignant a fait appel à Annie Maheux pour encadrer les cours du vendredi, tandis qu’il conserve ceux du lundi. Cette collaboration enrichit le menu. Si la base reste francophone, Mme Maheux y apporte sa touche québécoise et nord-américaine, tandis que lui apporte sa touche européenne. Des incursions vers la cuisine internationale ouvrent également les jeunes sur le monde. « Chaque personne a sa propre vision de la cuisine, cela apporte beaucoup de richesse à l’enseignement », explique M. Weisser.
Apprendre à se nourrir, au propre comme au figuré
Derrière le plaisir de la table, l’enseignant tente d’inculquer de saines habitudes de vie et d’autonomie. Les ateliers réservent parfois des surprises étonnantes. M. Weisser s’amuse d’une anecdote marquante. « C’est avec moi qu’un enfant a cuit son tout premier œuf dur. Une fois l’œuf cuit, il m’a demandé ce qu’il devait en faire… Il n’avait aucune idée de ce qui se cachait sous la coquille ni de la façon dont l’œuf se transformait à la cuisson! ». Après les cours, assure l’enseignant, les enfants repartent tous et toutes avec le rêve de devenir chefs.
Cette réussite repose sur un engagement logistique colossal pour l’enseignant, qui gère seul l’épicerie, la vaisselle et le rangement. Pour s’ancrer solidement dans la communauté, le projet a pu compter sur des appuis de taille. Le fondateur tient à remercier chaleureusement Dakota Bernard qui a facilité son accès aux infrastructures du CSSC Mercier, ainsi que l’Association franco-yukonnaise (AFY) pour son soutien indispensable au démarrage.
Voir grand pour l’avenir
L’ambition pour le Café français Whitehorse est désormais de structurer un programme stable, fiable et durable. Guillaume Weisser ne manque pas de détermination et envisage déjà de transformer l’initiative en organisation à but non lucratif afin de collecter des fonds et de répondre à la demande croissante. On lui demande déjà d’animer des anniversaires ou d’intervenir directement dans les écoles.
À long terme, M. Weisser rêve de voir le Café français Whitehorse devenir une entité à part entière, un véritable café, capable de créer des opportunités d’emploi pour d’autres passionné·es de cuisine et de transmission linguistique. Un projet à suivre de près, où l’on se nourrit autant de mots que de saveurs.
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