Il est indubitable que l’industrie du cannabis s’est beaucoup développée. Non seulement l’offre de produits a évolué, mais les taux de consommation ont également changé. Le Yukon affiche le taux de consommation par habitant le plus élevé du Canada. Selon Jordi Mikeli-Jones, PDG de Triple J, le premier établissement privé à vendre du cannabis à Whitehorse, « la proportion de consommateurs récréatifs est passée de 21 % à 40 %. Et il ne s’agit pas seulement de fleurs séchées; on trouve des huiles, des produits à application locale, des boissons, des capsules, des bombes de bain, des masseurs de cuir chevelu au CBD et des lubrifiants intimes. »
Tâtonnements et promesses d’une nouvelle industrie
Selon le plus récent rapport de la Société des alcools du Yukon, les ventes de produits à base de cannabis ont connu une belle croissance durant les cinq premières années, mais la situation s’est stabilisée au cours des deux dernières années. Jordi Mikeli-Jones souligne qu’il n’y a pas de variations spectaculaires en termes de croissance. Mais, elle a l’impression que le marché continue de progresser légèrement. Pour ce qui est de sa clientèle, elle est plutôt âgée, notamment parce que l’industrie propose des réductions pour les personnes âgées et les ancien·nes combattant·tes. « Nous avons une proportion importante de clients allant de l’âge adulte à celui de retraité. Nous avons une clientèle de professionnels d’âge moyen. Nous accueillons également des personnes à faibles revenus ou vulnérables. Il me tient à cœur de servir tout le monde, à partir de 19 ans. Donc, la clientèle est majoritairement composée de personnes plus âgées », indique-t-elle.
Défis persistants de santé et de sécurité publique
Selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC) du Yukon, « les groupes de criminalité organisée continuent de s’adapter à l’évolution du marché, largement dictée par l’offre et la demande, et restent impliqués dans la production et la distribution de substances illicites au Yukon ». Ainsi, les principales préoccupations de la GRC du Yukon en matière de sécurité publique sont plutôt liées aux méfaits persistants associés aux opioïdes illicites et à d’autres drogues illégales. Ces substances présentent des risques graves, notamment la dépendance, les surdoses, l’exploitation et les activités criminelles connexes.
Depuis la légalisation du cannabis en 2018, la GRC du Yukon continue de mettre l’accent sur la sécurité publique, notamment en ce qui concerne la conduite avec facultés affaiblies et l’accès des jeunes au cannabis.
Jordi Mikeli-Jones, PDG de Triple J, est partisane d’une consommation responsable de produits à base de cannabis depuis trois décennies.
Perspectives : éducation, régulation et prévention
Jordi Mikeli-Jones souligne qu’en dépit des avancées significatives dans l’industrie du cannabis, il existe encore une stigmatisation entourant les consommateurs et consommatrices de ce produit. Elle soutient que le meilleur remède contre la stigmatisation demeure l’éducation. Mais « nos moyens sont très limités. C’est presque comme si Santé Canada et le cadre réglementaire qu’ils ont mis en place nous étouffaient, nous empêchant de diffuser des informations. Pourtant, il est rare de trouver un flacon de Tylenol sans recommandations de dosage ou d’utilisation. Nous en sommes arrivés au point où nous ne pouvons pas parler de bienfaits thérapeutiques de nos produits. Par exemple, si quelqu’un vient nous demander ce qu’il peut prendre pour dormir ou pour soulager une douleur, nous devons faire très attention aux informations que nous communiquons. »
Toutes les parties prenantes reconnaissent la nécessité d’un cadre réglementaire. Surtout quand il s’agit de protéger les jeunes et d’encadrer la manière dont les produits à base de cannabis sont commercialisés. Jordi Mikeli-Jones insiste sur la nécessité de respecter les règles. « Nous ne pouvons pas nous installer près d’une école ni à moins de 150 mètres d’un lieu fréquenté par des enfants. Malgré les frustrations qu’engendre ce cadre réglementaire, il a sa raison d’être. Il s’agit surtout d’apprendre à opérer dans ces limites tout en proposant des produits aux personnes qui découvrent l’univers du cannabis, et de les accompagner dans leur expérimentation. »
Selon son service de communication, depuis la légalisation du cannabis, la GRC du Yukon s’est engagée à « fournir des efforts visant à prévenir la conduite avec facultés affaiblies, à soutenir l’éducation et la sensibilisation des jeunes, et à collaborer avec d’autres partenaires pour lutter contre la criminalité organisée et le trafic de drogues afin d’assurer la sécurité publique. »
En somme, le cannabis est aussi une plante aux vertus thérapeutiques, un aspect qui semble, selon la professionnelle du milieu, passer au second plan face aux préjugés et aux impératifs commerciaux et industriels du secteur.
IJL– Diversité des voix – L’Aurore boréale
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