Une fois de plus, le fil conducteur de cette édition s’est imposé de lui-même.
L’idée est venue alors que nous préparions la ligne du temps, présentée en pages centrales : L’évolution de la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY).
Je vis ici depuis plus de vingt ans et pourtant, comme pour la plupart de mes comparses francophones, l’éducation en français est un acquis. En travaillant sur ces pages, j’ai compris qu’il n’y a pas si longtemps que ça, envoyer ses enfants apprendre en français ne coulait pas de source. « Il a fallu se battre », explique Jeanne Beaudoin, en page 12. Et il va sans dire que c’est toute une communauté qui a appris dans le processus, gouvernement inclus!
Le gouvernement du Yukon doit d’ailleurs encore continuer à apprendre de ses erreurs. Rappelons que la communauté avait fait une demande pour une école secondaire de 250 élèves…. « Bien trop! », selon les pouvoirs en place à l’époque. Aujourd’hui, deux portatives devront être installées dans l’école qui déborde déjà des 150 places qui ont été prévues. Seulement cinq ans après l’ouverture d’une école toute neuve!
Au sein des écoles elles-mêmes aussi, les méthodes évoluent. On a vu récemment la remise en question des outils technologiques. Un autre changement majeur, mais qui s’est fait plus discrètement, a été l’intégration des apprentissages des Premières Nations au sein des institutions scolaires, et même celles de la CSFY. Il y a encore une dizaine d’années, la réconciliation occupait beaucoup moins de place dans les écoles francophones. Les choses ont changé. Nous avons appris, collectivement, qu’il est parfois nécessaire de sortir du cadre pour évoluer.
Aimons apprendre. Car apprécier l’apprentissage, c’est se dire qu’on ne peut jamais échouer : soit on réussit, soit on en tire une leçon. C’est d’ailleurs ma devise : « Apprendre au moins une chose par jour ». Ces quelques mots permettent de relativiser beaucoup de choses. Chaque jour est une occasion d’ajouter des connaissances dans notre vie, que ce soit une bonne ou une mauvaise journée, et ce, quel que soit notre âge.
En cette Semaine de la vérité et de la réconciliation, le moment est d’ailleurs parfait pour apprendre. Profitons-en pour aiguiser nos connaissances en matière d’histoire des peuples autochtones. L’Association franco-yukonnaise a, dans ce domaine, offert à ses employé·es une occasion de participer à l’exercice des couvertures. Une expérience immersive marquante qui permet de non seulement apprendre, mais aussi d’avoir un aperçu du ressenti qui accompagne l’histoire de la colonisation.
Apprendre, c’est aussi une occasion de remettre en question certains de nos acquis, de nos biais, même. Se défaire d’une façon de dire les choses, par exemple. Comprendre que le mot « autochtone » est plus approprié que le terme « indien ». Et que le mot Indigenous, « indigène », qu’on aura peut-être appris dans notre pays d’enfance n’est pas un mot péjoratif ici. Apprendre que certains mots blessent. Comprendre pourquoi. Et enfin, avoir le déclic de ne plus les utiliser.
« On se lasse de tout, excepté d’apprendre », déclarait Virgile, poète de l’Antiquité. C’est vrai, cesser d’apprendre, se reposer sur des acquis, ça reviendrait finalement à stagner, non?
Donner des occasions d’apprentissages tout au long de la vie, c’est aussi la mission que se donne la Coalition de la littéracie du Yukon. L’organisme proposera bientôt une série d’ateliers pour apprendre à faire de la bande dessinée, animés par l’artiste Annie Maheux.
Enfin, ce soir, en ce jour de sortie du journal, il y aura un spectacle de stand up. Depuis deux jours, des personnes s’entraînent pour cet exercice qui les mettra sans aucun doute en dehors de leur zone de confort. Mais l’humour n’est-il pas une des meilleures façons d’apprendre, et même de comprendre?
Alors, aujourd’hui, je vous souhaite de remettre en question vos acquis. De considérer que chaque personne autour de vous peut vous permettre d’apprendre.
Gardons aussi en tête que nos certitudes peuvent évoluer, et que l’apprentissage nous transforme : hier on ne savait pas, mais aujourd’hui, on sait.
Dans la foulée, pourrions-nous aller jusqu’à accepter que ce que l’on croit vrai aujourd’hui sera peut-être remis en question demain? Ce ne serait pas un échec, mais simplement le signe qu’on sera là, toujours présent·es et que l’on continuera d’avancer.
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