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le Jeudi 9 avril 2026 8:05 Santé

Un rapport révèle les défaillances du système de protection de l’enfance au Yukon

Selon le Conseil des Premières Nations du Yukon (CYFN), le système actuel ne protège pas les enfants et les familles des Premières Nations, et leur cause du tort.  — Photo : Alistair Maitland/cyfn.ca
Selon le Conseil des Premières Nations du Yukon (CYFN), le système actuel ne protège pas les enfants et les familles des Premières Nations, et leur cause du tort.
Photo : Alistair Maitland/cyfn.ca

Le système de protection de l’enfance du Yukon échoue à assurer la sécurité des enfants vulnérables, selon un rapport déposé en mars dernier par le Bureau du vérificateur général du Canada. Des retards dans de nombreux domaines, un manque de vérifications de sécurité et une importante pénurie de personnel plongent le ministère de la Santé et des Affaires sociales dans une crise qui met les jeunes vulnérables en première ligne.

Le sous-vérificateur général, Andrew Hayes, a souligné que les lacunes en matière de gouvernance et de surveillance démontrent « l’incapacité du système de services à l’enfance et à la famille à protéger efficacement les jeunes qui en dépendent le plus. »

Des réactions trop lentes aux urgences

Le rapport indique que dans 37 % des signalements de préjudices soupçonnés, le Ministère n’a pas évalué la situation dans le délai obligatoire de 24 heures. De plus, 41 % des dossiers nécessitant une enquête plus approfondie n’ont pas été traités dans la limite prescrite de 30 jours.

Le suivi des enfants déjà pris en charge est tout aussi préoccupant. Le rapport note que dans 74 % des cas, le Ministère n’a pas rencontré les enfants en personne au moins une fois par mois, laissant parfois s’écouler jusqu’à 14 mois sans aucun contact visuel.

Pénurie de main-d’oeuvre

L’audit souligne cependant que cette crise n’est pas une critique directe du personnel des services sociaux de première ligne, qui exercent un métier extrêmement difficile, mais plutôt un échec de la gestion des ressources par le Ministère. En date de mars 2025, seuls 62 % des postes en travail social et en supervision étaient pourvus, créant un déficit de 38 % sur le terrain. En conséquence, les coûts liés aux heures supplémentaires et au personnel occasionnel ont explosé de plus de 75 % entre avril 2022 et mars 2025.

À ce manque de main-d’œuvre s’ajoute une lacune majeure en matière de formation. Dans les foyers de groupe, 95 % du personnel n’a pas suivi la formation sur l’intervention en cas de suicide, 92 % n’a pas suivi l’introduction à la sécurité culturelle et 89 % n’a pas été formé sur la sensibilisation aux pensionnats autochtones.

Le ministre de la Santé et des Affaires sociales, Brad Cathers, a ordonné un plan d’action et compte le mettre en place plus rapidement que l’échéancier prévu, pour répondre à ce rapport.

Photo : Maryne Dumaine

En entrevue, le ministre de la Santé et des Affaires sociales, Brad Cathers, a reconnu ces lacunes. « Une grande partie du problème était attribuable au manque de personnel », a-t-il expliqué. Il ajoute que le nouveau budget prévoit d’ores et déjà des fonds pour convertir 28 postes occasionnels, auxiliaires ou sur appel au sein des services à la famille et à l’enfance en postes à temps plein ou de durée déterminée. « Ça n’augmente pas le nombre total de postes, mais cette restructuration vise à faciliter le recrutement et la rétention du personnel. »

Il ajoute : « Ce rapport a considéré les données jusqu’en mars de l’an passé. Dans les 12 derniers mois, nous avons déjà fait plusieurs pas. Nous avons déjà réduit le nombre de postes vacants au sein des services à la famille et à l’enfance », affirme le ministre.

Des milieux d’accueil mal évalués et inadaptés

La sécurité des enfants n’est pas toujours garantie, même lorsqu’ils sont retirés de leur milieu familial, dénonce le rapport.L’audit révèle que dans 22 % des placements chez des membres de la famille élargie, la vérification du casier judiciaire n’avait pas été effectuée pour tous les adultes du foyer. De plus, 58 % des familles d’accueil n’ont pas fait l’objet de leur examen annuel de sécurité.

La situation dans les foyers de groupe est également critique, selon le rapport. Bien qu’ils soient conçus pour les jeunes de 12 ans et plus, environ un tiers des enfants qui y résident ont moins de six ans, et plusieurs vivent avec un handicap, ce qui complique la tâche du personnel et accroît les risques pour la sécurité.

Le rapport note que dans 74 % des cas, le Ministère n’a pas rencontré les enfants en personne au moins une fois par mois, laissant parfois s’écouler jusqu’à 14 mois sans aucun contact visuel.

« Les vraies solutions impliquent que les Premières Nations du Yukon dirigent ce travail, en se fondant sur nos propres lois, nos cultures et nos responsabilités envers nos enfants. », a déclaré la grande cheffe du CYFN, Math’ieya Alatini.

Photo : Maryne Dumaine

Une crise qui frappe durement les Premières Nations

Les enfants autochtones sont disproportionnellement touchés par ces défaillances systémiques, explique le rapport. Selon le vérificateur général, ils représentent 93 % des enfants pris en charge par le Ministère, mais le Conseil des Premières Nations du Yukon (CYFN) souligne que les données les plus récentes font plutôt état de 99 %.

Le CYFN a déclaré que ce rapport confirme ce que les Premières Nations du Yukon dénoncent depuis des années : le système actuel échoue et cause des torts aux enfants et aux familles.

Face à ce constat, l’organisation exige du gouvernement territorial qu’il reconnaisse les Premières Nations du Yukon comme des partenaires à part entière, qu’il investisse dans leurs initiatives de compétence et qu’il fournisse un financement stable et à long terme pour des programmes dirigés par les Premières Nations et ancrés dans leur culture.

« Nos enfants et nos familles ont payé le prix d’un système qui n’a jamais été conçu pour nous. […] Les vraies solutions impliquent que les Premières Nations du Yukon dirigent ce travail, en se fondant sur nos propres lois, nos cultures et nos responsabilités envers nos enfants », a déclaré la grande cheffe du CYFN, Math’ieya Alatini.

Questionné sur ces revendications, Brad Cathers a confirmé que des fonctionnaires discutent actuellement avec le CYFN au sujet du plan de mise en œuvre. « Nous sommes ouverts à discuter avec le CYFN et les Premières Nations individuellement, de ce que nous faisons pour combler les lacunes constatées par le vérificateur général, et des mesures prises pour s’assurer que les enfants […] sont pris en charge adéquatement », a-t-il soutenu.

Engagements et reddition de comptes

Le ministre de la Santé et des Affaires sociales, Brad Cathers, a accepté les conclusions du rapport et a ordonné la préparation d’un plan d’action exhaustif. Il a affirmé que certaines améliorations sont déjà en cours, notamment le renforcement de la surveillance, l’amélioration des processus de gestion des cas et une meilleure formation. Le Ministère a également accepté la recommandation de procéder à une évaluation rigoureuse de ses besoins financiers et en ressources humaines, et a fixé des échéanciers pour accomplir ce travail.

Le ministre promet d’ailleurs d’essayer d’agir encore plus vite que prévu. « Nous tenterons de régler ces problèmes plus rapidement que les échéanciers [auxquels nous nous sommes] engagés, mais ces échéanciers ont été fournis par le Ministère pour […] démontrer une voie claire » et faire preuve de transparence.

Le Bureau du vérificateur général a l’intention de surveiller la situation de très près. Le sous-vérificateur général a prévenu qu’un examen de suivi plus détaillé pourrait être effectué d’ici 18 à 24 mois. Si un tel audit de suivi est réalisé, les domaines qui n’auront pas été corrigés seront directement signalés à l’Assemblée législative du Yukon. Le représentant a d’ailleurs rappelé qu’il incombe en fin de compte aux membres de l’Assemblée de s’assurer que le Ministère offre les services attendus.

« Le ministère de la Santé et des Affaires sociales du Yukon doit prendre des mesures urgentes pour améliorer ses services et soutenir le bien-être des enfants, des jeunes et de leurs familles », a conclu Andrew Hayes, rappelant qu’il est inacceptable de laisser les enfants sans le soutien nécessaire.

IJL – L’Aurore boréale

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