Représentant quelque 5 % de la population active sur le marché du travail, les francophones étaient derrière 6,1 % des entreprises au Yukon en 2021, selon une analyse publiée en mars 2025 par Statistique Canada. L’étude Les entreprises des minorités de langue officielle dénombrait 340 entreprises majoritairement détenues par des propriétaires de langue officielle minoritaire en sol yukonnais en 2021. Si le nombre peut paraître élevé, ce dernier englobe toutes sortes d’entreprises, des plus petites aux plus grandes. Louis Cornelissen, analyste à Statistique Canada au sein du programme de la statistique linguistique, précise que, dans la majorité des cas, il s’agit de microentreprises. « On est dans l’univers du travailleur autonome », résume-t-il.
Il n’en demeure pas moins que cette légère surreprésentation montre que la population franco-yukonnaise est, par rapport au reste de la population, « un peu plus susceptible de se lancer en affaires », conclut M. Cornelissen. L’étude a mis en relation les données des années financières sur l’ensemble des entreprises existantes et les données du recensement. Toutefois, elle reste muette sur les raisons expliquant cette surreprésentation, ainsi que sur les domaines d’activités de ces entreprises.
Une des activités organisées par l’AFY dans le cadre de la Semaine des PME se concentrait sur l’art de la communication en entrepreneuriat. Elle était animée par Pamela Battiston.
Faire le saut
Comprendre la réalité de l’entrepreneuriat francophone est complexe, et en saisir les retombées économiques l’est tout autant. L’Association franco-yukonnaise (AFY) offre des services en développement économique depuis des années, mais a récemment mis les bouchées doubles pour accroître son soutien aux personnes entrepreneures.
Edith Bélanger, directrice au service du développement économique à l’AFY, explique qu’il a fallu aller à leur rencontre. « Peut-être que je ne les voyais pas autant parce qu’on n’offrait pas de services. Et, comme ils ne venaient pas, comment on pouvait justifier d’offrir des services? », illustre-t-elle. « À un moment, j’ai dit “go, on plonge’’ et les gens ont répondu à l’appel ». L’AFY a notamment organisé une série d’événements en lien avec la Semaine des petites et moyennes entreprises (PME), en octobre dernier. L’accompagnement personnalisé, le programme de mentorat et les événements de réseautage en français sont autant d’occasions de tendre la main aux entreprises franco-yukonnaises. Or, est-ce que cette aide se traduit par des retombées économiques?
Des données à recueillir
Une étude du Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE) tend à démontrer que oui. La firme Raymond Chabot Grant Thornton a étudié l’impact socio-économique des activités du réseau national du RDÉE, soit douze membres, dont l’AFY, répartis dans chaque province et territoire au Canada, hors Québec. Les résultats parlent d’eux-mêmes : pour chaque dollar investi dans le réseau national, le pays bénéficie de retombées d’une valeur de 6,60 $. Au Yukon seulement, la valeur ajoutée au PIB direct des activités de l’AFY s’élevait à plus de 5,1 millions de $ et 60 emplois auraient été générés par ses activités.
Cependant, le portrait du Yukon demeure incomplet, car seules deux entreprises ayant bénéficié du soutien de l’AFY ont répondu aux questions de la firme en 2024. Plus encore, l’étude se base parfois sur les dépenses totales de l’organisme francophone, soit quelque 3,9 millions, plutôt que seulement celles du service économique, évaluées à un peu plus d’un million. « Aussi, l’immigration est incluse dans notre développement économique », nuance Edith Bélanger, ce qui n’est pas le cas partout. « On a des petites pommes, des grosses pommes, et des oranges là-dedans », avoue en souriant la directrice.
Selon elle, l’analyse permet toutefois de dégager des constats nationaux intéressants, qui peuvent ensuite servir de levier politique.
Edith Bélanger est directrice au service du développement économique à l’AFY. Selon elle, les activités en français organisées par son service sont l’occasion pour les personnes entrepreneures de se rencontrer et de réseauter.
Pluralité entrepreneuriale
Edith Bélanger croit qu’il est important de considérer l’apport économique de la Franco-Yukonnie dans sa pluralité. « Les gens ont une idée de ce qu’est un entrepreneur. Mais si tu vends des boucles d’oreilles au marché de Noël, tu es déjà dans l’entrepreneuriat », explique-t-elle. Selon elle, il ne faut pas non plus sous-estimer l’apport des artistes ni de ceux issus des emplois secondaires qui font partie de l’écosystème économique francophone au Yukon.
« À autant d’entrepreneurs, autant de parcours », explique Louis Cornelissen. « [La population franco-yukonnaise] est différente [du reste du Canada]. Les gens sont très mobiles et beaucoup sont nés à l’extérieur du Yukon. Parfois, ces gens-là peuvent avoir des parcours professionnels un peu différents. »
Cette pluralité nécessite donc des investissements variés. En ce sens, deux projets de l’AFY ont récemment obtenu un financement du gouvernement du Canada, par l’entremise de l’Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor). D’abord, CanNor versera jusqu’à 353 000 $ pour un projet de quatre ans visant à soutenir et à développer les secteurs francophones du tourisme, des arts et de la culture. « Ces fonds serviront également à la formation des métiers de la scène et de ses coulisses », explique Mme Bélanger.
Puis, CanNor contribuera jusqu’à 320 000 $ au projet Vivre aux territoires, qui vise à inciter les personnes bilingues à venir s’installer au Nord, dans le but d’y travailler. Il s’agit des phases 10 à 14 de ce projet, qui est en marche depuis un peu moins de 10 ans. Pour Edith Bélanger, l’impact des francophones sur l’économie yukonnaise grâce à ce projet est indéniable. « On invite les gens à venir travailler aux territoires, pourvoir des postes, et ce sont des personnes bilingues. Ça a une retombée ». Il ne reste plus qu’à mieux la quantifier.
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale
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