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le Jeudi 22 octobre 2026 6:56 Économie

Repreneuriat : signes que l’économie du Yukon peut s’offrir un second souffle?

Une soirée d’information sur le repreneuriat avait été organisée par Futurpreneur et différents partenaires yukonnais (entre autres l’Université du Yukon, Yukonstruct, Yukon Venture Angels et l’AFY). — Photo : Futurpreneur
Une soirée d’information sur le repreneuriat avait été organisée par Futurpreneur et différents partenaires yukonnais (entre autres l’Université du Yukon, Yukonstruct, Yukon Venture Angels et l’AFY).
Photo : Futurpreneur

Plus qu’une ordinaire transaction commerciale, le repreneuriat ou le rachat d’entreprise permet de maintenir et de renouveler le tissu socio-économique de la communauté. En celui-ci, on peut voir l’indice d’un milieu des affaires florissant.

Un concept nouveau ou simplement un néologisme?

Bien que le terme repreneuriat soit un néologisme, il se réfère à une vielle pratique. Edith Bélanger, directrice du développement économique à l’Association franco-yukonnaise (AFY), affirme que ce concept existe depuis très longtemps. Elle en donne une définition claire et succincte : « Le repreneuriat, c’est tout simplement de racheter un commerce ». Il est indubitable que le rachat d’entreprise ou de commerce est pratiqué depuis longtemps. « Cependant, plus récemment et sous le vocable repreneuriat, il revêt une importance plus accrue en devenant un levier économique incontournable. Et c’est beaucoup plus récemment qu’on en entend parler », ajoute-t-elle.

Steve Berger-Husson et Sandra Jost (deuxième et troisième à partir de la gauche) sont les propriétaires repreneurs du Caribou RV Park ainsi que du magasin Cultured Fine Cheese.

Photo : Fournie

Transmettre une histoire et une passion

Steve Berger-Husson et Sandra Jost viennent d’acheter Cultured Fine Cheese à Whitehorse au lieu de créer une nouvelle entreprise. « Quand nous voyons une bonne opportunité, nous la saisissons et surtout quand il s’agit d’un domaine ou d’un secteur que nous adorons et que nous maîtrisons », précise Mme Jost. En fait, c’est une passion qui change de mains… « Nous avons déjà l’expérience dans le secteur gastronomique, comme nous avons un restaurant déjà. Nous avons grandi et voyagé dans des régions qui produisent beaucoup de fromages. Et j’ai eu la chance d’avoir une maman qui a travaillé plus de 20 ans dans le fromage », ajoute M. Berger-Husson.

Comme le dit Edith Bélanger, « habituellement, les gens essaient de racheter quelque chose qu’ils connaissent et qui fonctionne bien. Donc, avec une clientèle, une crédibilité déjà établie. »

Assurer la continuité tout en insufflant un nouveau dynamisme

Pour Geneviève Vigneault, dans son article Le repreneuriat : un levier économique incontournable en 2025 publié dans Les idées des affaires du 6 février 2025, « l’idée de racheter une entreprise bien établie semble intimidante, mais elle offre un potentiel énorme. Contrairement à la création d’une entreprise à partir de zéro, le repreneuriat permet de bénéficier d’une base solide : une clientèle établie, des processus opérationnels déjà en place et souvent une marque reconnue. »

Elle ajoute qu’au Québec, sur cinq ans, le taux de survie des reprises d’entreprise atteint 87,5 % contre 57 % pour les nouvelles entreprises. Ainsi, ces statistiques dénotent une stabilité et une viabilité supérieures à celle des créations d’entreprise.

Dans son essai intitulé Repreneuriat : l’angle mort des politiques économiques canadiennes publié dans Options politiques du 24 mars 2026, Michel Paradis, administrateur et médiateur spécialisé en productivité, diversification des marchés et stratégies ESG, mentionne que partout au pays, le repreneuriat est devenu un enjeu structurel majeur du développement économique. Surtout qu’avec le départ à la retraite de la génération des baby-boomers, un grand nombre de propriétaires s’apprêtent à céder leurs entreprises.

« Ce phénomène ne se limite pas simplement aux grands centres urbains. Il revêt aussi une dimension cruciale dans les territoires comme le Yukon, où la continuité des services de proximité est vitale. Dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec les États-Unis, le transfert d’entreprises ne peut plus être traité comme une simple transaction privée. Il doit devenir un levier stratégique de résilience économique », ajoute-t-il.

Un enjeu vital pour l’économie du Yukon

Selon des données du gouvernement du Yukon, les travailleurs indépendants et travailleuses indépendantes représentent 33 % des travailleurs et travailleuses du secteur privé au territoire. En 2018, Whitehorse avait été désignée comme meilleure collectivité entrepreneuriale du Canada par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. En 2021, l’économie du Yukon a affiché un des taux de croissance les plus élevés au Canada, soit 10 %. Mais, en dépit de ces chiffres impressionnants, si une entreprise ne trouve pas de repreneur dans une petite communauté, elle ferme définitivement. Ce qui fragilise l’offre de service local. Le repreneuriat est donc un levier de résilience territoriale et un moteur incontournable de l’économie locale.

Pour les Franco-Yukonnais·es qui veulent se lancer dans le repreneuriat, Edith Bélanger mentionne qu’il n’y a pas encore un programme spécifique. Mais, « … on a des partenaires qui justement, nous aident à aider les gens… C’est quelque chose qui est un peu dans l’air du temps. Présentement, des gens en parlent un peu plus. On a des personnes qui veulent vendre leurs commerces, donc je pense que c’est important de s’y pencher actuellement et d’aider les uns et les autres, ceux qui veulent vendre, puis ceux qui veulent acheter », ajoute-t-elle. Et il y a des structures qui soutiennent la transition d’affaires dans le territoire afin de préserver des emplois locaux : Yukonstruct ou IncubateNorth (Université du Yukon).

Selon Geneviève Vigneault, « bien vendre ou racheter une entreprise, ce n’est pas seulement une affaire de chiffres, c’est une affaire de vision et d’avenir ». Ainsi, avec le soutien récent des gouvernements pour la productivité des entreprises du Nord, c’est le moment idéal pour les personnes audacieuses de regarder vers le 60e parallèle. Le Yukon pourrait devenir la nouvelle frontière du repreneuriat canadien!

IJL– Diversité des voix – L’Aurore boréale

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