Sigourny Whipple-Grantham est coordonnatrice du projet de justice en matière de reproduction au Yukon Status of Women Council.
La Journée mondiale pour le droit à l’avortement, tenue chaque année le 28 septembre, vise à promouvoir l’accès à l’interruption volontaire de grossesse comme un soin de santé essentiel et un droit fondamental. Elle défend le droit des femmes à disposer librement de leurs corps.
Importance de souligner une telle journée
Sigourny Whipple-Grantham est la coordonnatrice du projet de justice en matière de reproduction au Yukon Status of Women Council (YSWC). Elle mentionne qu’il est important de souligner cette journée parce qu’il existe encore une gamme de barrières à l’accès à l’avortement au niveau international, national et territorial. « Certaines de ces barrières sont liées à la géographie, à la stigmatisation entourant l’avortement, à la honte d’être jugée, à l’inconfort de parler de son expérience, et au manque d’information claire à propos de l’accès à l’avortement. »
Pour Zoé Béthus, agente de développement aux Essentielles, le sujet de l’avortement est toujours d’actualité. « C’est important de le célébrer comme un droit, mais aussi de rappeler que c’est quelque chose qui, en tout cas dans l’actualité géopolitique actuelle, peut aussi des fois disparaître. L’accès à l’avortement est toujours quelque chose qui est dans les débats et c’est souvent un des premiers trucs qui revient quand on parle des droits des femmes », explique-t-elle.
La situation au Yukon : résultat de l’enquête
« Le YWSC a toujours travaillé vers l’accès à des soins de santé sécuritaires et particulièrement l’accès à des services d’avortement. Au cours des dernières années, nous avons eu des discussions avec l’équipe de la clinique Opal [qui offre des services d’avortement au Yukon]. Nous avons commencé à voir plus de discussions en ligne et à entendre des récits anecdotiques sur l’expérience des femmes concernant l’accès à l’avortement au territoire. La recherche universitaire et l’information étaient aussi limitées », mentionne Sigourny Whipple-Grantham.
Pour avoir une meilleure idée de la situation concernant l’accès à l’avortement au territoire, le Yukon Status of Women Council a mené, l’hiver dernier, une enquête sur l’évaluation des besoins en matière d’accès à l’avortement pour identifier les barrières qui existent et qui peuvent empêcher les femmes d’avoir accès aux services.
« Il existe un fossé entre Whitehorse et les collectivités. Si vous n’habitez pas à Whitehorse, vous êtes forcées à vous déplacer pour avoir accès aux services d’avortement à Whitehorse et passé un certain moment de votre grossesse, vous devez vous déplacer à l’extérieur de Whitehorse pour accéder aux services de soins. La barrière de la langue a bel et bien été un facteur pour les personnes ayant répondu au sondage, en particulier les francophones. Il peut être difficile d’accéder aux services d’avortement au Yukon dans une autre langue que l’anglais. C’est l’un des obstacles structurels présentés dans notre rapport », ajoute-t-elle.
« La santé des femmes en général au Yukon, je pense que c’est un gros sujet et l’avortement est compris dedans. Ici, aux Essentielles, on a des échos de femmes qui ont des parcours de santé difficiles. Même pour avoir une gynécologue, c’est déjà difficile », détaille Zoé Béthus.
Zoé Béthus est agente de développement aux Essentielles.
Collaboration pour une activité commune
Pour Zoé Béthus l’idée d’organiser une soirée de visionnement de films féministes existait depuis déjà quelques temps. « Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose autour de ces réseaux d’avortement illégaux qui existaient. J’avais lu le livre Le Réseau Jane. C’est un livre qui m’a beaucoup touchée et qui met en lumière ces réseaux-là. Ça montre la solidarité et l’entraide à une époque où on risquait tout pour permettre les avortements illégaux. Ensuite, j’ai trouvé ce documentaire qui parle de ces réseaux d’avortement et qui interview directement les gens qui ont participé. J’ai trouvé que c’était une opportunité pour en parler », raconte-t-elle.
Le film présenté, The Janes, relate l’histoire d’un réseau clandestin qui permettait aux femmes de se faire avorter dans les années 1960 à Chicago, bien que la pratique y était illégale.
« En plus, ça tombait bien avec le rapport que le Yukon Status of Women Council lançait, donc c’était l’alignement des planètes », ajoute-t-elle
Sigourny Whipple-Grantham a mentionné qu’elle a reçu un appel des Essentielles alors que son organisme venait tout juste d’entamer les discussions sur des activités possibles pour célébrer le lancement de son rapport sur l’accès à l’avortement au Yukon. « C’était un timing parfait! Nous sommes tellement contentes qu’elles aient communiqué avec nous pour collaborer à une activité entourant la Journée mondiale pour le droit à l’avortement », mentionne la coordonnatrice.
Les deux organisatrices invitent toute la population à cette soirée bilingue. La présentation du rapport du YSWC se fera en anglais avec interprétation en français. La projection du documentaire The Janes suivra. Le film est en anglais, avec des sous-titres en français. Après la projection, il y aura une période de commentaires et de questions.
Zoé Béthus mentionne que c’est une bonne façon de découvrir l’historique de ces réseaux et « ce que les femmes ont fait avant nous pour qu’on ait accès à ce droit aujourd’hui. Nous voulons sensibiliser et ouvrir la parole sur des sujets qui touchent aux femmes. »
Sigourny Whipple-Grantham espère que la tenue d’événement comme celui-ci soulignera l’importance de l’accès aux services d’avortement et de continuer le travail de déstigmatiser l’avortement », conclut-elle.
Le documentaire sera présenté le vendredi 25 septembre au Centre d’interprétation de la Béringie. L’événement est gratuit. Pour les inscriptions, les organisatrices réfèrent au lien : urlr.me/GV4SqN
IJL – L’Aurore boréale
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