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le Jeudi 7 mai 2026 8:00 Éditoriaux

Le courage

Le printemps se fait enfin sentir, et les sentiers sont de plus en plus utilisés. Le groupe de course, organisé par Natalie Thivierge, s’entraîne sur les bords du fleuve Yukon. Ce sentier sera très utilisé au cours du mois de mai, puisque la Ville de Whitehorse organise le mois du transport actif, encourageant les gens à aller au travail sans voiture, ou en covoiturage. — Photo : Maryne Dumaine
Le printemps se fait enfin sentir, et les sentiers sont de plus en plus utilisés. Le groupe de course, organisé par Natalie Thivierge, s’entraîne sur les bords du fleuve Yukon. Ce sentier sera très utilisé au cours du mois de mai, puisque la Ville de Whitehorse organise le mois du transport actif, encourageant les gens à aller au travail sans voiture, ou en covoiturage.
Photo : Maryne Dumaine

En marchant ou en pédalant sur le sentier qui longe le fleuve Yukon, il vous arrivera peut-être de croiser un groupe de jeunes filles qui pratiquent la course à pied, menées par Natalie Thivierge. La première fois que je les ai vues, spontanément, une pensée m’est venue : « Mais quel courage! »

À y repenser, je ne sais plus très bien à qui s’adressaient ces quelques mots. À ces jeunes, qui couraient avec le sourire? Ou à Natalie, qui, à mes yeux, déploie une énergie remarquable pour les rassembler, les motiver, et courir à leurs côtés? Il faut dire que, pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas particulièrement courir, ce groupe, ces sourires, ça a quelque chose d’assez impressionnant.

C’est ça qui se passe, avec le courage : on l’imagine généralement comme un geste extraordinaire. Quelque chose de grand, évident, majestueux ou héroïque. Mais le courage peut-il aussi exister dans des actions discrètes? Car, de nos jours, les gestes héroïques se font quand même rares.

Le courage, on l’entend, je crois, dans ces moments où des voix s’élèvent alors qu’il serait plus facile de se taire. Dans la voix des femmes qui prennent la parole lors de la Journée de la robe rouge, ou dans les yeux de celles qui s’impliquent dans le Mois de la lutte contre les violences sexualisées. Nommer. Témoigner. Écouter vraiment. Ce ne sont pas des gestes anodins. Ce sont des actes qui bousculent, qui dérangent parfois, et qui refusent l’oubli et l’indifférence, dans une énergie qui ne recherche pas les médailles, mais qui espère simplement des changements. Un pas à la fois.

Ce courage-là est collectif. Il avance par vagues, par voix, par présences. Et il avance, solidaire, d’un bout à l’autre du pays.

Il existe aussi d’autres formes de courage, qui peut être profondément intime, comme lorsqu’on assume notre vulnérabilité. Pas facile de dire que ça ne va pas, ou de demander de l’aide. Un geste a priori anodin, comme appeler une ligne d’écoute en cas de détresse, peut demander une force presque surhumaine. Pourtant, ce courage-là sauve des vies.

Reconnaître que certains espaces ne sont pas accessibles à tous et toutes, et décider de les transformer, ça aussi, c’est audacieux. Convaincre un restaurant d’adapter son environnement sensoriel pour mieux accueillir les personnes autistes, c’est courageux. Et pour le gérant du restaurant, accepter cette idée va bien au-delà d’un simple geste commercial. C’est un choix plein de bravoure : faire de la place, mais aussi reconnaître que, jusqu’à maintenant, on n’y avait pas pensé. Là aussi, c’est une action qui démontre, courageusement, qu’il n’est jamais trop tard pour amorcer des changements.

Le courage, on le trouve aussi, dans ces petits moments, presque insignifiants, où on commence quelque chose. Choisir un parcours scolaire ou une expérience d’été sans avoir d’ami·es qui le feront avec nous. Débuter un nouveau sport. Oser partager publiquement des poèmes. Commencer un traitement. Dire oui à un changement, ou non à une pression extérieure. Aller de l’avant, évoluer, prendre des décisions. Emménager avec quelqu’un. S’engager. Envisager d’avoir un enfant… ou pas. Partir. Rester. Poser publiquement une question qui nous taraude, tout en sentant une goutte de sueur nous couler dans le dos. Entrer dans une pièce avec un léger vertige, lorsqu’on va devoir y prendre la parole. Lancer à notre famille le défi d’aller au travail en transport actif, ou de laisser tomber les écrans pour quelques jours, tout en sachant que la tâche risque d’être plus difficile qu’on ne le pense…

Le courage, c’est différent pour chaque personne. Il n’a pas qu’une seule forme, et encore moins une seule forme d’intensité. Il peut être bruyant ou silencieux. Évident ou complètement invisible. Mais il a souvent ces caractéristiques : il nous sort de notre zone de confort et nous oblige à regarder le monde autrement. Il nous amène à faire un peu plus de place, et à aller un peu plus loin.

Et si, finalement, le courage n’était pas exceptionnel? Et si, au contraire, il existait partout autour de nous, dans ces gestes imparfaits, dans ces moments fragiles, mais nécessaires?

Peut-être que le courage, en fait, ce n’est pas une qualité rare. Peut-être que c’est une pratique. Quelque chose qui se cultive, qui se partage, et même qui se transmet.

Et, en reconnaissant le courage chez les autres, ne finit-on pas, tranquillement, par le faire grandir en nous-mêmes?

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