Benoit Turcotte est hydrologue. Il est préoccupé par la fonte de neige dans la ville de Whitehorse.
L’accumulation de neige que nous avons vue au cours des dernières semaines apporte son lot d’inquiétudes.
Benoit Turcotte, hydrologue avec l’Université du Yukon, mentionne qu’il est difficile d’avoir un compte juste de l’accumulation de la neige autour de Whitehorse, car les relevés sont pris à une seule station. Après un mois de décembre record en termes de précipitation, il est facile d’observer que Whitehorse gère actuellement le double du couvert neigeux moyen des 30 dernières années, neige qui est arrivée en peu de temps.
« Cela est attribuable aux changements climatiques et à la présence de la Niña qui amène souvent plus de froid. Ce qui se passe sur la côte de la Colombie-Britannique influence ce qui se passe au Yukon. Il y a aussi eu un blocage de la circulation atmosphérique le mois dernier, ce qui a créé une anomalie où nous avons eu du froid et de la neige à -32 oC », remarque-t-il.
Il explique aussi qu’il y a environ 50 % plus de neige que la moyenne dans le triangle Whitehorse, Carmacks et Haine Junction. « Si on a environ 100 mm d’eau équivalent dans la neige en ce moment et que la moyenne historique est d’environ 65 mm, cela fait donc 100 mm/65 mm = 150 % (donc 50 % de plus que le 100 % qu’à l’habitude à pareille date) », détaille-t-il.
Les risques d’inondations
Le reste du Yukon apparait relativement sec en ce moment. Il faudra attendre la sortie du bulletin de neige du gouvernement du Yukon, au début mars, pour avoir une meilleure idée des risques d’inondations. « Si l’hiver reste sec, la tendance reviendra vers la normale. Si les précipitations de neige continuent, nous pourrions avoir une situation semblable à celle de 2021 dans le sud-ouest du Yukon (année de grandes inondations). Il est un peu tôt pour dire que ça va inonder. Il faut regarder les lacs du Sud, les glaciers, le fleuve Yukon. Il y a encore plusieurs scénarios possibles, mais le scénario sec est probablement hors de portée », mentionne M. Turcotte.
En ce moment, l’hydrologue est préoccupé par la fonte de neige dans la ville de Whitehorse : la neige qui s’accumule sur les toits des immeubles, dans les rues et le long des murs de maisons. Il a aussi remarqué beaucoup d’arbres brisés sur les sentiers de skis de fond, en raison du poids de la neige.
Données du couvert de neige à la station de Whitehorse depuis 1996.
Stéphan Poirier sur le toit de La Garderie du petit cheval blanc à Whitehorse. Il y avait une accumulation de trois pieds de neige.
Répercussions sur les immeubles
Pour Stéphan Poirier, entrepreneur en menuiserie et formateur en avalanche au Yukon, c’est la première fois en 23 ans qu’il voit autant de neige au début janvier. La neige est plus humide et donc, plus pesante. Et cela a un impact sur les immeubles.
« Le code du bâtiment au Yukon a été revu en 2019. Donc, on peut penser que les maisons construites avant 2019 ne sont pas nécessairement conformes au nouveau code, surtout quand on pense à la toiture et aux évents (les tuyaux noirs verticaux qui permettent un bon siphonnage) », explique M. Poirier. Il rajoute que les barres d’avalanche, qui sont attachées au toit pour empêcher la neige de tomber, sont un couteau à deux tranchants. « La neige s’accumule et ne glisse pas, donc ça garde la pesanteur sur le toit. »
Il mentionne que le réchauffement climatique et passer du froid au chaud rend la gestion de la neige, de la glace et du vent de plus en plus difficile. « C’est comme un double whammy. La neige très humide tombe et s’accumule. Il fait plus chaud, la neige fond. Il fait froid, la neige refroidit, devient de la glace et grossit. »
Il recommande aux gens de dégager la neige accumulée dans les gouttières et les soffites le long du périmètre des maisons et d’utiliser un grattoir en plastique, et non avec une lame en métal pour dégager la neige sur le toit. « Il est important de laisser une petite lanière de neige sur le toit et de ne pas trop gratter sur les bardeaux. Je dirais aussi aux gens de vérifier les évents sur le toit et de les dégager. Il y a d’habitude un évent par salle de bain et un évent par cuisine et évier. Et de ne pas oublier de vérifier la ventilation de grenier sur le toit, pour éviter la condensation », ajoute M. Poirier.
Il termine en rappelant aux gens l’aspect sécurité. « Je porte toujours un harnais antichute avec une corde. N’allez pas seul sur un toit. Si vous le faites en solo, dites à quelqu’un que vous allez l’appeler quand vous avez terminé. Si cette personne n’a pas de nouvelle de votre part, elle peut faire un suivi avec vous et vérifier ce qui vous est arrivé. »
Alia Pfeiffer est physiothérapeute à Whitehorse. Elle s’attend à voir une augmentation des blessures reliées au pelletage.
Qu’en est-il de notre corps?
Alia Pfeiffer est physiothérapeute à Physio Plus, à Whitehorse. Elle mentionne qu’elle n’a pas encore vu une grosse augmentation dans les rendez-vous reliés au pelletage, mais que cela devrait venir au cours des prochaines semaines.
« J’ai eu une personne qui est venue me voir pour un mal de coude et c’était relié au pelletage. Je m’attends à voir des blessures reliées à la surutilisation des muscles et à une mauvaise rotation du corps. Les personnes droitières ont tendance à se tourner et à lancer la neige vers la gauche et vice-versa », explique-t-elle.
Mme Pfeiffer mentionne que les gens peuvent avoir mal aux épaules, aux coudes, au dos, aux avant-bras et au cou. Appliquer de la chaleur dans le bas du dos et faire des étirements peut aider à atténuer la douleur.
« Changer régulièrement le bras qui soutient le poids de la pelle, lancer la neige devant soi ou la pousser (au lieu de la soulever) et faire une fente (mettre un pied devant l’autre) pour répartir le poids sont toutes des façons de diminuer les risques de blessures », conclut la physiothérapeute.
Couvert par vos assurances?
Joanne Noseworthy, directrice du bureau de la compagnie d’assurance Co-operators à Whitehorse, mentionne que chaque contrat d’assurance habitation est différent quand il est question de la couverture en cas d’inondations ou d’accumulation de neige.
« La plupart des contrats d’assurance couvrent les inondations et les dommages causés par la neige. Toutefois, la couverture dépend du type d’assurance habitation auquel la personne a souscrit. Je recommande aux gens de vérifier leurs documents d’assurance », remarque Mme Noseworthy.
Du côté de la ville
La Ville de Whitehorse, par voie de communiqués, rappelle que les résident·e·s sont responsables du déneigement et de l’enlèvement de la glace sur les trottoirs devant leurs propriétés dans les 48 heures suivant une chute de neige ou de pluie verglaçante. Les propriétaires d’entreprises et de propriétés commerciales doivent, pour leur part, dégager la neige et la glace des trottoirs et des voies devant leurs immeubles d’ici 11 h le jour suivant l’intempérie.
De plus, lors du déneigement des entrées et des trottoirs, il ne faut pas mettre la glace ou la neige sur la route ou sur les bancs de neige. La neige doit rester sur les terrains. De plus, il est obligatoire de déneiger les bornes-fontaines qui sont cruciales en cas d’urgence. Il est aussi important de ne pas recouvrir les boîtes électriques et d’autres infrastructures critiques lors de l’enlèvement de la neige ou de la glace. Il est également recommandé de retirer les véhicules et les obstacles qui pourraient ralentir les opérations de déneigement dans les rues.
Voilà de bons conseils à garder en tête, car le reste de l’hiver peut encore nous apporter son lot de surprises!
IJL – L’Aurore boréale
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