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Une école francophone à Dawson pour la prochaine rentrée

Maryne Dumaine

La Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) offrira, pour la toute première fois, un programme en français langue première dans la région de Dawson à la rentrée 2022-2023.

Photo : Flickr.

 

Tandis que la CSFY clôt les dossiers de l’ouverture d’une nouvelle école secondaire à Whitehorse et de la pleine gestion de ses écoles, elle se lance dans un nouveau projet sans précédent, en région cette fois. Au cœur du Klondike, à Dawson, elle prévoit ouvrir une nouvelle école qui deviendrait l’école francophone la plus au nord du Canada, détrônant celle des Trois-Soleils à Iqaluit, au Nunavut.

Des nombres qui justifient une école

Si pour le moment la CSFY parle d’un « programme », c’est tout simplement parce que le local n’a pas encore été identifié, explique Marc Champagne, directeur général de la CSFY. Au niveau des chiffres et des autorisations ministérielles, tout semble porter à croire que la création d’une nouvelle école ira de l’avant.

En septembre 2021, trois familles de Dawson ont contacté la CSFY pour demander des services scolaires pour leurs enfants. En février 2022, la CSFY s’est rendue sur place et a identifié 13 familles admissibles. « On sait qu’il y a une communauté francophone à Dawson. Nous avons identifié 26 élèves potentiels. C’est un chiffre avec lequel on peut travailler », explique Marc Champagne.

« Nous recevons des demandes depuis 2004, mais le contexte n’était pas propice […] Cette année, les commissaires souhaitaient explorer la possibilité d’offrir l’éducation en langue française en région », explique le président de la CSFY, Jean-Sébastien Blais.

« De plus, dans l’entente de règlement [pour la pleine gestion des écoles francophones], les efforts pour clarifier la situation à Whitehorse n’empêchaient pas l’offre de services en dehors de Whitehorse, ajoute-t-il. Il n’y avait donc pas de nombre d’années à attendre pour aller en région. »

Décidés à réussir, les commissaires de la CSFY ont donc mandaté leur directeur pour la réalisation d’une étude afin d’identifier ses obligations pour ces ayants droit ainsi que les obligations du ministère de l’Éducation selon la Charte canadienne des droits et libertés, la Loi sur l’éducation et le Règlement sur l’instruction en français.

« Jusqu’en 2020, le nombre justifiant la création d’une nouvelle école n’était pas clair », ajoute M. Blais. Mais depuis le jugement de la Cour suprême pour la cause du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique, la précision a été faite : la création d’une école de langue française peut être justifiée si les nombres sont au moins équivalents à ceux de la plus petite des écoles de la langue de la majorité.

« On a pu constater que la plus petite école comptait six élèves inscrits pour l’année scolaire 2021-2022 [à Beaver Creek], et que celle de Destruction Bay en avait neuf », explique M. Champagne. Avec onze élèves préinscrits et des prévisions à long terme allant de 30 à 40 élèves potentiels, l’école francophone se justifie légalement.

Cette étude de faisabilité (disponible sur le site de la CSFY) a été déposée au ministère de l’Éducation du Yukon en février. « Le 28 mars dernier, nous avons reçu la réponse de la ministre. C’était une réponse positive et rédigée en français », se réjouit le président.

La communauté francophone se réjouit

À Dawson, les familles de langue française vivent cela comme une bouffée d’air frais. Pour Catherine Lalonde, résidente de Dawson depuis 12 ans, cela représente une excellente nouvelle. « Je parle toujours en français à mon fils, mais il me répond toujours en anglais. C’est important, pour garder la langue, d’apprendre à lire et à écrire en français; sinon, c’est difficile. »

Pour cette famille, dont le fils de cinq ans et demi est déjà préinscrit à l’école, ce programme de français langue première serait parfait : « Quitter Dawson a été quelque chose qu’on a considéré. Mais notre vie est ici : nous avons bâti une maison, et nous avons des emplois et de la famille. »

Pour Marie-Ève Owen, le pas a déjà été franchi. Avec son mari et ses deux enfants, elle a déménagé de Dawson vers Whitehorse il y a quelques années pour offrir un environnement francophone à sa famille. « Nos enfants vivaient en anglais la plupart du temps. À Whitehorse, la culture francophone est plus accessible. » Ses enfants ont donc intégré l’École Émilie-Tremblay au moment où son fils Kaï entrait en 2e année et sa fille, Zia, en maternelle. « C’était une adaptation pour eux, mais ça s’est bien passé. »

La famille ne regrette pas son choix, mais Marie-Ève Owen avoue qu’avoir eu une école francophone à Dawson, à l’époque, les aurait incités à rester dans la ville du Klondike.

Encore plusieurs étapes à franchir

Désormais, Marc Champagne se retrousse les manches, car le travail ne fait que commencer. « Nous avons ouvert deux postes », affirme-t-il. Toutefois, la recherche de nouveau personnel n’est pas le seul défi : « Nous sommes aussi à la recherche d’un local, et comme il y a une crise du logement à Dawson, c’est un peu difficile. Mais on a bon espoir. »

Pour le moment, l’option d’utiliser un local de l’École Robert-Service n’est pas privilégiée, selon le directeur, afin de ne pas empiéter sur leurs espaces : « On souhaite vraiment avoir nos propres locaux pour avoir cet esprit d’école homogène. »

Selon Mme Owen, le grand défi sera de trouver un lieu qui soit accessible à tous les élèves. « Beaucoup de familles habitent à Dawson Ouest, de l’autre côté du fleuve. Il y a donc plusieurs mois pendant l’année où le trajet vers le centre-ville n’est pas accessible », prévient-elle.

Elle ajoute également que le fort taux de roulement à Dawson pourrait avoir un impact : « Je pense que le contrat devrait être pour cinq ans, pour les personnes employées. » Marc Champagne confirme que la création d’une école implique une obligation de trois ans, au minimum, sur le terrain. Il ne s’agit donc pas d’un projet pilote, mais bien de la création d’une nouvelle infrastructure.

Selon lui, il y a encore beaucoup à faire, mais les travaux avancent bien. « Nous avons aussi prévu rencontrer la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in, car nous parlons de la création d’une école sur leur territoire. C’est donc indispensable. »

Mme Owen considère cela d’un bon œil, puisque cet aspect figure aussi dans ses recommandations : « J’ai hâte de voir si l’école francophone va faire des projets en commun avec les Premières Nations. Je pense que les Han Tr’ondëk Hwëch’in aussi ont prévu la création d’une école à Dawson. Il pourrait y avoir des collaborations. »

Quels niveaux offerts?

À cette question, M. Champagne répond que tout dépendra des inscriptions. « Si des personnes font la demande de services, nous avons l’obligation de leur offrir. On va tout faire pour pouvoir inclure les niveaux qui sont nécessaires. »

L’École Émilie-Tremblay avait débuté ses programmes avec seulement deux classes, pour un total de 36 élèves, en 1984.

Pour le moment, les autres communautés en région n’ont pas fait l’objet d’études, mais M. Blais n’exclut pas l’idée, si des demandes étaient faites en ce sens.

 

IJL – Réseau.Presse
L’Aurore boréale

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