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Près de Whitehorse, une entreprise de traîneau à chiens à l’arrêt pour des raisons administratives

Sophie André

L’entreprise Into The Wild Adventures se voit retirer sa licence d’opérer. La fondatrice Marine Gastard recherche un terrain d’entente avec les autorités locales en attendant de délocaliser son activité.

La propriété de Marine Gastard près du lac Fish, en périphérie de Whitehorse. Photo : Marine Gastard/Into the Wild Adventures/YuKan

 

Originaire de l’ouest de la France, Marine Gastard s’est installée au Yukon en 2008 pour réaliser son rêve d’enfant, travailler avec des chiens et vivre dans le Grand Nord.

En parallèle de ses multiples expériences auprès de mushers, la jeune femme alors âgée de 24 ans décide de créer son propre chenil en 2010 et de se mettre à son compte quatre ans plus tard. L’entreprise de traîneau à chiens Into the Wild Adventures est née en 2014.

Son aventure connaît un succès immédiat. Les touristes affluent de l’ensemble du Canada et de l’international. Les commentaires et revues ne tarissent pas d’éloges sur la qualité des prestations et le bien-être des chiens.

Après avoir vécu avec son conjoint Matthieu plusieurs années sur un terrain agricole dédié aux chiens de traîneau depuis 2005 près de Whitehorse, la meneuse de chiens y achète cinq acres pour elle et son chenil en 2016.

Cette même année, elle décide de construire une cabine traditionnelle en rondins, sans eau ni électricité, qui servira à stocker du matériel. Le couple décide finalement d’y loger temporairement, en attendant de construire une plus grande maison.

Des soucis de voisinage dès 2016

À peine l’achat du terrain officialisé, les inquiétudes commencent. Un lotissement de résidences rurales a été créé quelques années auparavant et les nouveaux propriétaires viennent d’emménager. Parmi les quatre voisins, un couple se plaint du bruit des 41 chiens.

Bien que le nombre d’animaux ne soit pas limité sur un terrain agricole, Marine Gastard investit dans la construction de niches insonorisées.

« Depuis 2016, je suis en état de stress permanent. J’ai essayé de trouver des solutions. J’ai installé une clôture antibruit et la nuit j’enferme les chiens dans leurs niches », partage la musheuse, qui a dépensé plus de 40 000 dollars dans l’opération.

Des contraintes administratives

Un problème en entraînant un autre, elle reçoit une lettre en 2017 lui demandant de construire un logement dans les normes avec l’électricité et salle d’eau, suite à un changement de régulations. En 2018 une nouvelle loi est adoptée, une personne doit habiter en permanence sur le terrain afin de surveiller les chiens. « J’ai une licence pour mon chenil depuis 2014, on ne m’avait jamais parlé de telles contraintes. Mais on avait prévu de construire quelque chose de toute façon, alors on ne s’en faisait pas », partage la musheuse.

Les sommes importantes investies dans les travaux d’insonorisation, ainsi que la hausse du prix des matériaux de construction ont cependant ralenti le projet de construction du couple. En janvier 2019, en plein coeur de l’hiver, Marine Gastard, son compagnon et leurs deux enfants (une fille de six ans et un bébé de trois mois) se voient alors expulsés, car sans eau courante et sans électricité, leur habitation n’est pas autorisée en zone urbaine.

L’entrepreneure dit ne pas comprendre. « C’est contraire à l’idée de construire des maisons plus résilientes avec des matériaux naturels, utilisant peu de combustibles pour se chauffer. C’est difficile de faire plus durable. Cette situation est complètement illogique dans un contexte de crise climatique et du logement », s’indigne la musheuse et mère de famille, qui décide de louer une chambre à IcyWaters, une entreprise d’aquaculture, où son conjoint travaille.

Malgré la pandémie, la fondatrice sauve son entreprise

La COVID-19 entrave le tourisme au Yukon. L’activité commerciale de la meneuse de chiens est paralysée. Pourtant, avec le soutien de l’Association de l’industrie touristique du Yukon (TIAY) et le programme Elevate, l’entrepreneure innove.

Grâce à la subvention, elle conçoit des activités pour les enfants en s’équipant de traîneaux adaptés et réussit à maintenir son entreprise à flot. Au printemps 2021, les démarches de construction de la maison sont amorcées auprès des autorités.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Un mois après avoir renouvelé sa licence d’entreprise, celle-ci est révoquée, en juillet 2021. La raison invoquée : le logement sommé n’a pas été construit, bien que la municipalité soit au courant des démarches du couple. La mairie laisse à Marine cinq semaines pour se conformer à la réglementation et lui aurait donné l’ordre de retirer les chiens du terrain. Fin septembre, la pilote d’attelage apprend que la construction du logement demandé n’est pas obligatoire sur un terrain agricole, rendant caduque la demande de la mairie. Mais le permis d’opérer reste irrécupérable.

Un appel à la discussion

Mme Gastard a fait appel de la décision auprès du conseil de Ville dans les délais nécessaires, mais elle affirme ne pas avoir encore reçu de réponse. Mise au pied du mur, elle s’est résolue à engager un avocat, Me Vincent Larochelle.

La cheffe d’entreprise demande davantage de communication avec la mairie et voudrait trouver un compromis. Ne désirant pas rester sur ce terrain, elle souhaiterait récupérer la licence de l’entreprise jusqu’à l’été prochain seulement afin de pouvoir exercer son activité auprès des client.e.s qui ont déjà réservé pour cet hiver.

Pour l’avocat, la situation refléterait un problème de bureaucratie. « Il n’y a pas de bonne raison de suspendre le permis de l’entreprise. Il n’y a aucun manquement et les chiens resteront sur le terrain. L’entreprise risque d’être mise en péril. Cette action est d’autant plus surprenante que les institutions essaient d’encourager le tourisme après la pandémie. Il y a un manque de dignité dans la manière dont est traitée Mme Gastard », commente Vincent Larochelle.

La musheuse attend l’audience prévue le 9 décembre 2021.

La mairie de Whitehorse n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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