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Photographier la vie sauvage : conseils de pros

Agnès Viger

Six photographes de nature sauvage ont accepté de partager leurs meilleurs conseils afin de capturer les charmes du Yukon sur pellicule : Charles Cherrier, Karine Genest, Esteban Timpany-Engasser, Martin Hippmann, Damien Tremblay et Gaëtan Vidal.

Guide photographique au Yukon et dans la région de Churchill avec Kelsey Eliasson, Karine Genest a les permis nécessaires pour emmener les visiteurs sur la route des ours polaires. Photo : Karine Genest.

 

La beauté et l’isolement du territoire sont des sources d’inspiration. « Qu’est-ce qui nous émeut le plus? Un ourson, un corbeau, la neige, la lumière, l’immensité? Une fois qu’on a le sujet, on peut choisir les outils et les techniques », explique Damien Tremblay.

Chaque période de l’année offre des événements uniques à capter, comme « les combats de mouflons lors du rut, la migration des saumons accompagnée du festin des ours ou la nidification des oiseaux », précise Charles Cherrier.

Photographier en conditions extrêmes

En photographie nature, « il faut être minimaliste et le plus léger possible », selon Damien Tremblay. « Un téléobjectif et un objectif avec zoom suffisent quand on part en expédition », conseille Karine Genest. « Plus vous remplissez le cadre avec votre sujet, plus vous obtenez de détails. Pour les paysages, favorisez le grand angle », ajoute Martin Hippmann.

Un trépied est recommandé pour la stabilité. « Le lever et le coucher du jour sont des moments propices pour photographier des animaux, ils sont plus actifs et les lumières sont favorables », préconise Gaëtan Vidal.

En expédition, il est nécessaire de prendre les précautions d’usages à toute activité extérieure yukonnaise, de s’habiller par couches et d’avoir des gants fins pour un maniement facile de l’appareil. « L’hiver est la saison la plus douloureuse, les batteries se déchargent vite », explique Damien Tremblay.

Plusieurs techniques existent pour prolonger leurs durées, comme l’usage « chauffe-mains » pour Genest, même si Martin Hippmann préfère « les glisser dans ses gants ». Par grands froids, tout est susceptible de casser, notamment « les trépieds au mécanisme fragilisé », ajoute Damien Tremblay.

Déontologie du photographe en milieu sauvage

« Les photographes devraient capturer la beauté de la faune sans la déranger. Nous ne sommes que des invités dans un habitat de l’animal. Je le laisse contrôler la situation », recommande Esteban Timpany-Engasser.

« Lorsque vous voyez un animal sauvage, ne vous en approchez pas, ajoute-t-il. La dernière chose que vous voulez faire est de le rendre nerveux. Observez le comportement à distance et ayez toujours sur vous un vaporisateur anti-ours! »

Faire appel à des guides ou à des tours organisés peut aider à une expédition photographique respectueuse. « Nous avons une connaissance accrue de la faune et la flore, un savoir-faire technique, nous savons où nous positionner pour prendre de bonnes photos et connaissons la routine des animaux », précise Karine Genest.

Les jeunes animaux demandent des précautions supplémentaires. « Je m’assure toujours de ne pas me mettre entre la mère et ses petits, où ils n’auraient pas d’échappatoire, pour ne pas créer d’attaque défensive », déclare Martin Hippmann.

Au printemps, les jeunes sont particulièrement vulnérables. « Gardez vos chiens à la maison. Ils sont perçus comme un loup ou un coyote aux yeux des herbivores, et occasionnent panique, fuite et, dans le pire des cas, mort ou abandon des jeunes », indique Charles Cherrier.

En mai, c’est la saison d’agnelage. Carrie McClelland, biologiste en chef chargée de l’observation de la faune au gouvernement du Yukon, recommande « de garder une grande distance et de maintenir une altitude inférieure à celle des mouflons ayant besoin des falaises pour garder leurs agneaux protégés des prédateurs. Pour savoir si la distance est suffisante, il suffit d’observer : si l’animal change d’attitude ou d’allure, c’est que vous êtes trop près. »

Passion et patience

Faire un beau cliché d’animal sauvage peut « prendre des semaines, voire des années », souligne Martin Hippmann. « [C’est important] de créer une belle connexion avec l’animal, à distance, avec respect. Il n’y a rien de plus beau que cette connexion, quand il te fait enfin confiance. Il agira alors naturellement. »

« Il faut apprendre à coexister, révèle Karine Genest. C’est un moment incroyable, surtout quand l’animal regarde vers soi, droit dans l’appareil photo. C’est de la pure magie. »

La passion est essentielle, car la photographie animalière demande beaucoup de temps et de connaissances. « Plus tu connais le comportement de l’animal, plus tu sauras comment faire de belles photos, ajoute Karine Genest. Il y a parfois des jours où on ne voit rien. Il faut de la patience. »

« Être visible pour l’animal est important, pour ne pas le stresser, car il sent la présence de l’humain, conclut Carrie McClelland. Cela donne le choix à l’animal d’observer et d’agir selon son ressenti. »

Commentaires (1)

  1. Cherrier dit :

    Très intéressant ! Les explications permettent de comprendre beaucoup sur les animaux !!!

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