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Look Up : voir plus haut, dans les règles de l’art

Laurie Trottier

Un xylophone, une petite radio, des collages et un projecteur. Il n’en faut pas plus à Geneviève Doyon et Virginie Hamel pour faire tomber les murs entre l’art et les besoins d’accessibilité. Sauf peut-être un plafond.

En faisant glisser ses doigts sur le contour du verre, Geneviève Doyon arrive à créer des sons variés, tout en narrant ses histoires.

 

Geneviève Doyon et Virginie Hamel travaillent sur une série d’histoires appelées Look Up, un projet artistique composé de collages projetés sur le plafond, avec une narration et une trame sonore originales.

Le projet est justement né à l’unité des naissances de l’hôpital de Whitehorse, alors que Geneviève Doyon a aperçu un dessin fixé au plafond pendant qu’elle était en train d’accoucher : « Ce petit morceau d’art au plafond m’a juste calmée et interpellée d’une manière complètement inattendue dans un moment de grande intensité », explique-t-elle.

Un lever de soleil derrière des montagnes, avec la phrase « rien ne dure éternellement », s’est donc révélé aussi étonnant que réconfortant pour l’artiste.

C’est ce qui l’a amenée à explorer « ce rapport intime et personnel du plafond à un individu dans un moment de grande intensité ». Elle voulait développer un projet artistique accessible aux personnes à mobilité réduite ou qui se retrouvent souvent dans une position couchée pour ainsi « amener les performances à elles et les rendre accessibles, plutôt que d’essayer de conformer tout le monde à un mode théâtral qui n’est peut-être pas accessible ».

Elle a obtenu la Bourse à l’intention des artistes professionnels du gouvernement du Yukon pour mener à bien son ambitieux projet. Les défis étaient d’ailleurs nombreux, ajoute Geneviève, puisque le projet doit être court, portatif et facilement déplaçable pour se promener de chambre en chambre ou pour être transporté dans les écoles pour présenter des histoires aux enfants.

Repenser les bases artistiques

Pour mener à bien son projet, elle a tout de suite pensé à Virginie Hamel, reconnue pour sa maîtrise des techniques de collage. « Virginie travaille avec un monde surréel et onirique qui, je pense, se marie vraiment bien avec l’univers d’une performance plus intime, plus courte et plus personnalisée », poursuit-elle.

Virginie a tout de suite trouvé le projet génial et a particulièrement apprécié le fait qu’il s’éloignait de la technologie. « On y va vraiment avec des médiums plus simples, des jouets, des choses qu’on a bricolés, pour arriver à créer une animation sans passer par l’ordinateur », explique-t-elle. Cet aspect plus intime où des objets et des sons simples suffisent à capter l’attention du public était également au cœur de l’élaboration du projet pour Geneviève.

Ces objets de toute sorte tapissent d’ailleurs le rez-de-chaussée de la Chambers House, au parc Shipyards, alors que les deux amies travaillent sur leurs histoires. En résidence artistique tout le mois de novembre grâce à la Jenni House Artist Residency, elles pratiquent les histoires qu’elles ont déjà composées.

Geneviève narre l’histoire, chante et manipule différents objets et Virginie Hamel l’accompagne au chant et change les images au projecteur. « D’habitude je fais des collages, mais ils ne bougent pas nécessairement. Il fallait penser les collages à mi-chemin entre ce que je fais habituellement et de l’animation. C’était de repenser les images et le collage, et les adapter en transparence et en superposition », explique Virginie Hamel.Olivier de Colombel, qui a habité au territoire pendant de nombreuses années, a aussi participé à la conception sonore.

Attendre que la pandémie plafonne

Pour l’instant, le duo a trois pièces terminées, en français et en anglais, et travaille sur deux autres, dont une spécifiquement pour les enfants. Les restrictions sanitaires liées à la pandémie de COVID-19 ne permettent pas aux artistes de se rendre dans des résidences pour personnes âgées ou des chambres d’hôpital pour l’instant.

Selon Geneviève, cela signifie plus de temps pour peaufiner leurs histoires avant de pouvoir les raconter en direct, parce que tout se fait à même la chambre : « On est dans la salle avec la personne et tous les sons qu’on entend viennent d’objets, d’instruments ou de chant », précise Geneviève, avant d’ajouter qu’elle a hâte de présenter son projet au public, une fois les mesures sanitaires plus permissives.

Mais il y a bon espoir. Comme le dessin qu’elle a aperçu lors de son accouchement le disait si bien : rien ne dure éternellement.

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