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Lettre d’opinion : Lutter contre la violence genrée, un logement à la fois

Laurence Rivard,

Cette année, dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre, Les essentielles ont choisi de mettre en lumière les impacts de la crise du logement du Yukon sur cet enjeu.

Parce que la violence conjugale se déroule principalement dans la sphère privée, il peut sembler difficile de voir de quelle manière la collectivité peut agir concrètement pour réduire le nombre de victimes de ce type de violence.

Photo : Pexels

Pourtant, il existe une façon efficace de venir en aide à ces personnes qui, selon les statistiques, s’identifient le plus souvent en tant que femmes, tout en respectant leur autonomie : s’attaquer à la crise du logement.

En effet, si on ne peut pas se permettre financièrement de déménager, si les critères de sélection du locataire nous sont défavorables et s’il n’y a carrément pas de logement disponible, comment se sortir d’une relation violente?

Quitter, oui, mais pour aller où?

La violence conjugale n’arrive pas du jour au lendemain. D’après l’organisme SOS violence conjugale, l’escalade de la violence est souvent liée au degré d’engagement de la victime dans la relation.

Par exemple, acheter une maison ou attendre un enfant sont des facteurs qui peuvent donner l’impression à la victime que rompre la relation est plus difficile. Ce serait souvent dans ces moments-là que la violence physique fait son apparition. Si la personne contrôlante sait que sa victime ne pourrait pas se permettre financièrement de quitter la relation, l’étau se resserre et le contrôle augmente.

Du côté de la victime, en l’absence de logements abordables sur le marché, il peut être plus facile de se convaincre de rester dans une relation où la violence est en train d’escalader. Cette pression peut être encore plus forte pour les femmes avec enfants, qui ont besoin d’un logement d’une taille adaptée à leur réalité.

Sachant que le prix moyen d’un appartement avec deux chambres est de 1227 $ à Whitehorse, prendre cette décision en toute autonomie n’est pas à la portée de toutes.

Rester pour Fido

C’est un fait de plus en plus connu, mais il est important de rappeler que la présence d’un animal de compagnie dans un foyer où une personne subit de la violence conjugale diminue les chances que celle-ci quitte son ou sa partenaire.

D’après l’Association ontarienne des maisons de transition, « les raisons principales seraient la crainte pour la sécurité de l’animal, la peur de sévices, de violence ou même pire envers l’animal, qui fait souvent l’objet de menaces de la part des personnes abusives ».

Le droit d’accès au logement pour les animaux de compagnie devient alors un combat féministe : limiter ce droit, c’est limiter l’autonomie des femmes à se sortir par elles-mêmes d’une situation dangereuse. Tout ça parce qu’on souhaite éviter quelques égratignures sur les planchers de son logement à louer.

L’urgence d’agir

En 2020 au Canada, 63 % des cas de féminicides se sont déroulés dans la résidence que partageait la victime avec l’accusé. Cette statistique donne froid dans le dos, mais illustre bien le rôle du logement dans la violence conjugale.

Rappelons que les maisons de transition et les services d’aide aux victimes de violences conjugales sont là pour venir en aide, et ce, peu importe le type de violence subie. Elles font un travail extraordinaire, mais elles ne peuvent être la seule option pour toutes les personnes prises dans le cycle de la violence conjugale.

Si nous souhaitons aider concrètement les 432 000 femmes victimes de violence chaque année au Canada, s’attaquer à la crise du logement est l’une des façons les plus efficaces de leur venir en aide lorsqu’elles seront prêtes.

Les 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre se déroulent du 25 novembre au 10 décembre. Les essentielles est l’organisme qui représente les intérêts des femmes francophones du Yukon.

Laurence Rivard, directrice du groupe Les essentielles.

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