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Les générations futures construisent l’avenir

Laurie Trottier

« Pour les générations futures. » Cette formule se niche dans presque tous les discours et les documents en lien avec la lutte aux changements climatiques. Au Yukon, une nouvelle génération de jeunes fait déjà bouger les choses, sur une panoplie d’enjeux qui leur tiennent à cœur.

Photo : Laurie Trottier. 

 

Sophie Molgat

Les actes et les paroles de la militante suédoise pour le climat Greta Thunberg ont trouvé écho au nord du 60e parallèle et continuent de stimuler Sophie Molgat, 16 ans, étudiante à l’École F.H.-Collins. Depuis près de cinq ans, Sophie multiplie les occasions de s’impliquer dans la cause climatique.

Dès le départ, elle a su entraîner ses camarades de classe dans la cause : « La première grève qu’on a faite, il neigeait, se remémore Sophie en riant. Il y avait quand même pas mal de monde ! Je venais d’avoir une adresse courriel, alors j’ai envoyé des messages à mes ami·e·s et à certains profs pour qu’ils amènent les élèves de leur classe », explique-t-elle.

Elle était présente lorsque le conseil municipal de Whitehorse a déclaré l’état d’urgence climatique en 2019. Elle a aussi participé au tout premier Comité jeunesse sur les changements climatiques du Yukon, dont elle dresse un bilan mitigé. Si d’une part, elle est ravie d’avoir pu rencontrer d’autres jeunes aussi passionnés qu’elle et en apprendre plus sur les défis de l’action climatique, elle aurait aimé que les recommandations données au gouvernement par le comité aboutissent plus rapidement à des changements concrets.

« On a vraiment travaillé fort pendant un an à faire des recommandations et quand on les a présentées, on sentait que [le premier ministre Sandy Silver et les ministres John Streicker et Nils Clarke] étaient déjà sur la défensive », regrette-t-elle.

Loin de la décourager, cette expérience l’a poussée à poursuivre son activisme environnemental, pour que l’urgence climatique soit réellement prise au sérieux au territoire. Elle a déjà organisé plusieurs vendredis de manifestations, appelés « Fridays for Future », un mouvement international de lutte contre les changements climatiques organisé par les jeunes.

Celle qui aimerait poursuivre ses études en sociologie estime qu’il y a beaucoup de bienfaits à l’implication sociale, comme tisser des liens avec d’autres camarades et sentir qu’elle agit pour un futur plus vert. Reste que cette écoanxiété devient parfois difficile à surmonter, confie Sophie Molgat : « Je ressens ça pas mal, surtout quand je prends des pauses parce que ça devient trop, je me sens toujours vraiment mal. » Cependant, cela ne l’empêche pas de préparer déjà la manifestation mondiale pour le climat du 27 septembre prochain, le sourire aux lèvres.

Photo : Laurie Trottier. 

 

Marguerite Tölgyesi

Si elle est l’un des visages les plus connus de l’activisme francophone au territoire, Marguerite Tölgyesi se définit davantage comme revendicatrice qu’activiste. « Ce mot-là me fait un peu peur. Je préfère dire que je veux travailler avec les gens pour changer des choses », précise la jeune femme de 24 ans. Aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours eu la protection de la langue française à cœur et souhaité s’impliquer pour la cause.

D’ailleurs, difficile de nommer tous les projets de la francophonie auxquels elle a participé au fil des années. Que ce soit à la présidence du Comité jeunesse Franco-Yukon (JeFY), en tant que participante au Parlement jeunesse franco-canadien du Nord et de l’Ouest (PJFCNO) et au Parlement jeunesse pancanadien (PJP) ou, maintenant, à la tête de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) et, depuis le mois dernier, au sein du conseil d’administration de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, le but reste le même : mettre en valeur la richesse de la francophonie au pays.

« Je pense que [m’impliquer] m’amène un sentiment d’accomplissement, surtout dans des événements comme ça où tu vois des jeunes se parler en français et connecter ensemble. C’est très rassembleur et mobilisateur de se dire : ‘’hé! je ne suis pas seule’’. C’est un sentiment d’appartenance tellement profond », s’enthousiasme celle qui continue de s’impliquer pour permettre aux jeunes des prochaines générations d’avoir accès à ces activités qu’elle a trouvé tellement déterminantes.

Ces derniers temps, la nouvelle bachelière en science politique, géographie et études nordiques tente de mettre en lumière les défis d’entreprendre des études postsecondaires en français. Marguerite a complété une partie de son baccalauréat à distance, avec l’Université Laval à Québec. « C’est sûr que j’aurais aimé pouvoir le faire au Yukon. Par le temps où il y aura des programmes [ici], je vais peut-être être rendue au doctorat! », lance-t-elle à la blague. 

Pour elle, aucun doute : les jeunes possèdent une expérience et un savoir qui méritent d’être entendus, même si parfois elle sent que ses propos ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur. « Quand on pense à l’âgisme, on pense surtout aux personnes âgées, mais des jeunes le vivent quotidiennement, particulièrement dans des [conseils d’administration], explique-t-elle. Je réalise qu’il ne faut pas nous demander d’être là juste pour cocher une case. Il faut [nous demander d’être] là parce qu’on a une opinion qui est valide », ajoute Marguerite.

Elle envisage une carrière en politique et continuera de défendre le droit de s’épanouir en français au Canada, « aussi longtemps qu’il le faudra ».

Photo : Laurie Trottier. 

 

Paul Caesar

« Que jamais plus nos langues autochtones ne nous soient enlevées. » Presque un an jour pour jour après avoir confié ce souhait à l’Aurore boréale, Paul Caesar revient sur cette importante quête de revitalisation des langues autochtones.

« J’ai gradué! », lance Paul Caesar, rencontré à un camp pour jeunes autochtones, sur les terres traditionnelles du Conseil des Ta’an Kwäch’än. En mai 2021, il a complété un certificat d’un an d’apprentissage de la langue Kaska, une langue autochtone du sud-ouest du Yukon et employée par la Première Nation d’Upper Liard, à laquelle Paul Caesar appartient.


La fierté se lit sur son visage. Désormais, il donne lui-même des cours à d’autres personnes, sur Zoom. À la session d’hiver, dix personnes étaient inscrites au cours de Paul. « C’était vraiment génial. Ils ont beaucoup appris. Ils en redemandaient! », ajoute-t-il.

En 2020, le service linguistique de la Première Nation de Liard a remporté le prix de l’alphabétisation 2020 du Conseil de la fédération pour son travail de numérisation et de conservation de documents linguistiques. Ce prix est accordé annuellement à un projet favorisant l’alphabétisation par provinces et territoires. Paul Caesar a aussi filmé et monté des capsules vidéo avec les personnes aînées kaska dans le cadre d’un projet avec le Centre des langues autochtones du Yukon.

Pour lui, être capable d’échanger dans la langue maternelle de sa grand-mère est d’une valeur inestimable. « Quand je l’appelle pour lui demander la traduction d’un mot, elle rigole toujours en disant que je sais déjà la réponse. Je crois qu’elle est très émue que je puisse m’exprimer en kaska. Ma grand-mère, c’est vraiment comme ma meilleure amie », ajoute Paul. Pour lui, maîtriser le kaska lui permet également de reconnecter avec sa culture.

« Entendre les gens dire que c’est une langue en voie de disparition, entendre que c’est une langue qui va s’éteindre, je ne pense pas que ce soit vrai. En fait, je crois qu’elle est très loin de mourir. Nous donnons des cours aux gens, nous avons même des jeunes de Kelowna qui veulent l’apprendre […] Nous avons des gens qui sont passés par le système de pensionnats et qui réapprennent leur langue », assure Paul.

Tout au long de l’été, ses collègues et lui continueront de préparer les prochains cours de kaska et espèrent pouvoir organiser un camp d’immersion culturelle pour les jeunes autochtones. Le groupe peaufine également une application d’apprentissage de la langue, pour que le kaska soit facilement accessible, et ce, du bout des doigts. 

Photo : Laurie Trottier. 

 

Maxime Paris

Maxime Paris est un exemple d’implication jeunesse. Que ce soit en tant que présidente de JeFY ou membre du conseil de direction de la FJCF, elle cherche toujours à avoir un impact positif dans la vie des gens qui l’entourent. C’est ce désir qui l’a poussée à créer un espace sécuritaire (safe space) au Centre scolaire secondaire communautaire Paul-Émile-Mercier (CSSC Mercier). Elle et un groupe d’élèves se réunissent pour discuter de genre, de sexualité et des enjeux LGBTQ2S+.

« C’est vraiment bien. Tous les vendredis, on aborde comment utiliser le pronom iel et le conjuguer, parce qu’on sait que ce n’est pas quelque chose qui est utilisé très souvent. On parle aussi des différentes sexualités et comment on peut se sentir plus confortable et s’assumer », ajoute-t-elle.

Celle-ci se décrit comme une alliée de la cause et a voulu s’y impliquer après avoir constaté que certaines personnes subissaient du harcèlement à l’école. « Les allié·e·s ont beaucoup à apprendre et peuvent être une voix pour les autres. C’est important de mieux s’informer », souligne-t-elle.

C’est dans cet esprit d’entraide qu’elle a été la porte-parole du CSSC Mercier pour s’adresser à la ministre de l’Éducation Jeanie McLean à ce sujet en avril dernier, en compagnie d’élèves d’autres écoles.

« Comment pouvez-vous honnêtement dire que vous et votre personnel faites de votre mieux pour assurer la sécurité des personnes LGBTQ2S+ dans les écoles ? », a-t-elle demandé à la ministre. « J’étais tellement nerveuse de m’adresser à la ministre et de lui dire de faire mieux. Mais ça a été vraiment empowering, de savoir qu’elle m’écoute et que ça peut mener à des changements », s’enthousiasme Maxime Paris.

Le 20 avril dernier, le projet de loi 304 a été adopté à l’Assemblée législative du Yukon et stipule que toute école doit fournir des espaces et des activités inclusives pour la communauté LGBTQ2S+ et ses allié·e·s, une avancée importante selon Maxime, mais qui pourrait aller encore plus loin.

« Tu ne peux pas tout changer juste avec une salle de classe, et si jamais il y a quelque chose qui se passe dans l’école, il faut quelqu’un qui intervient immédiatement. Il faudrait des règlements établis », ajoute celle qui voudrait travailler en tant qu’enseignante en arts visuels plus tard.

Elle croit que s’impliquer est l’une des meilleures façons d’apprendre et invite les jeunes à participer aux activités de l’Alliance de genre et sexualité (AGS) pour poursuivre les discussions sur ce thème.

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