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Les bouchées doubles pour se préparer aux inondations

Laurie Trottier

 

La Semaine canadienne de la sécurité civile, qui se terminera le 7 mai, tente de fournir le plus de renseignements possible à la communauté pour se préparer aux événements d’urgence. Alors que la saison des inondations débute au territoire, quelles sont les mesures de prévention disponibles pour les personnes qui résident dans les lieux à risque?

Photo : Maryne Dumaine.

 

Chose certaine, l’optimiste ne règne pas dans la région des lacs du Sud, alors que le printemps se pointe le bout du nez. Les rapports scientifiques sont loin d’être porteurs de bonnes nouvelles.

« Selon le Bulletin des relevés nivométriques et des prévisions hydrologiques d’avril du gouvernement du Yukon, l’accumulation de neige dans l’ensemble du territoire est nettement supérieure à la moyenne », nous apprend un communiqué de presse du gouvernement du Yukon, publié le 11 avril dernier. « Huit des onze bassins surveillés ont les estimations les plus élevées jamais enregistrées, tandis que les trois autres ont un enneigement bien au-dessus de la moyenne. »

Pour Gilbert Bradet, les souvenirs d’une année difficile refont surface. En juillet dernier, le gouvernement du Yukon avait déclaré l’état d’urgence pour la région des lacs du Sud et du lac Laberge en raison des inondations, et donné des avis d’évacuation.

Gilbert Bradet réside à South McClintok, à un jet de pierre du lac Marsh. Il affirme avoir travaillé jusqu’à 20 heures par jour à certains moments, afin de remplir des sacs de sable et prêter main-forte au voisinage.
« Si j’étais éveillé, j’étais à l’ouvrage, se remémore-t-il. On a eu beaucoup d’aide, que ce soit des bénévoles ou des Forces armées canadiennes. Tout le monde voulait s’impliquer. Il y a eu un élan de solidarité incroyable. »

Cependant, cette année, l’effet de surprise n’est plus là. « On n’est pas très positifs pour cette année non plus, avec la terre qui est saturée [en eau] et les tombées de neige record », partage Brigitte Parker. La maison de sa belle-famille a été gravement touchée par les inondations et ses beaux-parents ont été forcés d’évacuer Shallow Bay le 13 juillet dernier.

Une prévention difficile à orchestrer

Alors que la chaleur s’installe, les résidents et résidentes tentent de prévenir les dégâts. « Ce qu’on a compris, c’est que la prévention, il faut la faire lorsqu’on a les pieds secs », réitère Gilbert Bradet. Il ne croit pas que le gouvernement soit suffisamment prêt pour affronter cette nouvelle saison, même s’il comprend qu’il y a une volonté de bien faire les choses.

Selon lui, les informations quant aux remboursements pour les efforts de l’an dernier arrivent au compte-gouttes. En plus de la prévention, il y a une corvée de nettoyage à effectuer : « Les terrains ont été massacrés par la machinerie de l’an passé, souligne-t-il. Il y a des éléments à rebâtir et à remettre de façon fonctionnelle. Ça va prendre du temps. »

« On dirait qu’on est plus réactif, qu’on va attendre la crise », lance-t-il.

Il y a quelques semaines, l’Association communautaire de South McClintock a envoyé une lettre aux ministres pour leur faire part de ses inquiétudes quant à la prochaine saison des inondations. Au moment d’écrire ces lignes, l’association n’avait pas reçu de réponse.

Au Yukon, la coordination des secours relève principalement de l’Organisation des mesures d’urgence (OMU). Depuis novembre dernier, Danielle Trudeau est à la tête de cette équipe composée d’une dizaine de personnes. Elle estime que la préparation et la prévention des inondations vont bon train.

« Nous ne pouvons pas faire de la prévention seuls. Il faut une approche à plusieurs niveaux et, le plus important, la collaboration des citoyens », souligne Danielle Trudeau.

L’information disponible sous peu?

En collaboration avec d’autres partenaires, l’OMU a également tenu des rencontres virtuelles, toutes en anglais, avec les personnes ayant été touchées par les inondations l’an dernier. Une des plus grandes sources de stress est le manque de clarté dans le procédé, afin d’avoir accès à des remboursements pour des opérations préventives sur le terrain et la maison.

Quant à lui, le détail du Programme d’aide aux victimes des inondations du Bureau de la Société d’habitation du Yukon devrait être dévoilé seulement à la mi-mai. « C’est nous qui devons faire la prévention. Le gouvernement a été très clair là-dessus », assure pour sa part Brigitte Parker, qui était à l’une des réunions publiques.

« C’était traumatisant l’année dernière. Quand on est frappés par le changement climatique, on voit qu’on ne peut juste pas gagner. L’espoir est difficile à garder », ajoute-t-elle.

Le rapport sur la situation des inondations de 2021 devrait être disponible dans les prochaines semaines et « fournir des informations importantes pour cette année », ajoute Danielle Trudeau.

Celle-ci affirme que son équipe et d’autres départements gouvernementaux se sont réunis à plusieurs reprises depuis février, mais aucun procès-verbal n’est actuellement disponible sur le site du gouvernement. Avant l’hiver, l’OMU a également prépositionné de l’équipement, comme des mégasacs de sable, à certains endroits stratégiques, pour un accès plus rapide en cas d’urgence au printemps.

« Il y a une conception selon laquelle tout le monde qui est affecté est riche, mais ce n’est pas vrai, ajoute Gilbert Bradet. Quand des gens ont besoin d’aide, il faut qu’on puisse s’unir et travailler ensemble. »

Le Bulletin des relevés nivométriques et des prévisions hydrologiques de mai est attendu dans les prochains jours.

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