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Le saumon quinnat vogue en eaux troubles

Laurie Trottier

Aucune surprise : le nombre de saumons quinnat répertoriés dans la passe migratoire de Whitehorse jusqu’à sa fermeture le 31 août est désastreux. Il constitue le deuxième pire compte enregistré en plus de soixante ans.

Également appelée saumon royal ou chinook, cette espèce remonte le fleuve du Yukon en partant de la mer de Béring, en Alaska, pour se rendre année après année dans les affluents au sud de Whitehorse, avant de revenir à son site de naissance pour frayer. Une migration de 3 000 km, connue comme la plus longue migration des saumons au monde. La passe migratoire de Whitehorse est ouverte aux visiteurs et visiteuses pendant la saison estivale. Photo : Laurie Trottier.

 

« Juste de se rendre jusqu’ici, on peut déjà affirmer que leur vie est un voyage incroyable », se console Amy Jacobsen, superviseuse de la passe migratoire de Whitehorse. Cette dernière a été aux premières loges du recensement annuel des saumons cet été.

La passe opérée par la Yukon Fish and Game Association n’a recensé que 165 saumons au cours de la saison estivale, comparativement à 274 à pareille date l’an dernier, alors que la moyenne depuis 1959 se tient à près de 1 000 spécimens. Les maigres comptes étaient prévisibles, selon Amy Jacobsen, puisque les résultats à l’entrée du fleuve du Yukon étaient aussi relativement bas.

L’Accord sur le saumon du fleuve Yukon, signé il y a 20 ans par les gouvernements des États-Unis et du Canada, assigne de nombreuses responsabilités quant à la reconstitution et à la conservation des populations de saumon. De cette entente découlent les objectifs du Comité du fleuve Yukon, soit que de 42 500 à 55 000 saumons quinnat (également appelés chinook) réussissent annuellement à atteindre la portion canadienne du fleuve Yukon pour le frai. Or, ces cibles n’ont pas été atteintes dans les dernières années.

En 2020, c’est moins de 31 000 poissons qui ont effectué le passage, et en 2021, moins de 32 000.

La passe migratoire de Whitehorse n’a enregistré que 165 saumons quinnat cette année. Selon Amy Jacobsen, les saumons recensés étaient toutefois en bonne santé et de bonne grandeur. Le ratio entre les mâles et les femelles était également adéquat. Photo : Laurie Trottier.

Autant de causes que d’effets

Derrière ces chiffres se cachent de nombreuses causes et explications. « Il y a beaucoup de menaces pour le saumon, que ce soit le changement climatique, la pollution, la pêche excessive… Il y a 183 zones de frai le long du fleuve et beaucoup de personnes qui ont faim, que ce soient des humains, des ours ou des oiseaux », image Amy Jacobsen.

Le rapport provisoire sur l’état de l’environnement au Yukon, publié en 2021 par le ministère de l’Environnement, postule que « des variables environnementales, dont le niveau de l’eau, la température et des phénomènes climatiques », sont des facteurs susceptibles d’influencer la remontée du saumon quinnat.

Ondes de choc dans les communautés

Pour les communautés autochtones du territoire, la situation du saumon quinnat représente bien plus que chiffres. Dans la récente résolution sur le saumon, signée cet été par la Première Nation des Gwitchin Vuntut, à Old Crow, on insiste d’ailleurs sur l’importance de cette espèce pour le bien-être physique, mental, spirituel et émotionnel de la communauté.

En février dernier, le grand chef du Conseil des Premières Nations du Yukon, Peter Johnston, a plaidé pour une gestion plus respectueuse du savoir traditionnel du saumon au territoire : « Depuis si longtemps, nous assistons au déclin des saumons. Ils ont été comptés et mesurés, et, en grande partie, ils ont été “gérés’’ en utilisant uniquement la science occidentale. Il est temps que les peuples du saumon honorent le saumon et se soutiennent les uns les autres grâce aux cérémonies, aux chants, aux histoires, aux langues, aux traditions et à la culture. C’est le moment de célébrer, de soutenir et de ‘‘ramener le saumon’’. »

Amélioration des pratiques à Whitehorse

La saison prochaine, l’équipe de la passe migratoire à Whitehorse souhaite pouvoir installer une caméra sous-marine capable de détecter les mouvements des poissons. En ce moment, l’équipe est en mesure de compter les poissons 12 heures par jour pendant la saison estivale. « Ce qui arrive à 3 h du matin, combien de poissons passent, ça, nous ne le savons pas, explique Amy Jacobsen. Nous voulons que la caméra puisse opérer toute la nuit et avoir ces comptes visuels. »

Selon cette dernière, les chiffres peu encourageants des dernières années vont peut-être susciter l’intérêt de la population yukonnaise. « Les gens en général ne voient pas les poissons dans le fleuve tant qu’ils ne viennent pas ici et regardent par la fenêtre. C’est si facile d’oublier qu’ils sont là, explique-t-elle. Ce n’est pas comme un feu de forêt qui impacte directement la maison ou la cabine de quelqu’un, mais c’est une espèce clé. »

 

IJL – Réseau.Presse
L’Aurore boréale

 

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