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La vie dans les villes canadiennes de moins en moins abordable pour la jeunesse

Ericka Muzzo, Francopresse

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D’un bout à l’autre du pays, les jeunes de 15 à 29 ans enregistrent en moyenne un déficit de 750 $ par mois d’après un rapport de l’organisme Youthful Cities. Sur le terrain, les résultats ne surprennent pas alors que la pandémie et la guerre en Ukraine créent un contexte économique particulièrement difficile pour les plus vulnérables, dont les étudiants.

Source : Youthful Cities.

 

Depuis 2013, Youthful Cities crée des index s’intéressant aux villes canadiennes du point de vue des jeunes. En collaboration avec Objectif avenir RBC, l’organisme vient de publier son tout premier Indice d’accessibilité réelle. Ce rapport révèle que dans chacune des 27 villes canadiennes étudiées, la moyenne des jeunes perd de l’argent chaque mois.

Halifax (Nouvelle-Écosse), Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest) et Moncton (Nouveau-Brunswick) se classent respectivement en 1re, 2e et 3e position des villes où les jeunes déclarent le plus grand déficit mensuel. C’est à Lethbridge (Alberta), Québec (Québec) et Edmonton (Alberta) que les jeunes sont le plus près de l’équilibre entre coûts et revenus.

Les petites villes de plus en plus chères

L’organisme s’est intéressé à 54 indicateurs comme le prix du transport en commun, le prix des loyers et celui des frais de scolarité, mais aussi le prix de l’huile, du lait, du mascara et du vin.

Claire Patterson, spécialiste des communications chez Youthful Cities, admet avoir été surprise par certains résultats. Étant elle-même dans la tranche d’âge visée par le rapport et ayant étudié à Vancouver, elle a vécu en première ligne les difficultés d’habiter dans une ville où le coût de la vie est très élevé.

« Je pensais que certaines petites villes seraient plus abordables, mais on observe que les tendances du coût de la vie dans les grandes villes se répercutent sur les petites villes à mesure que les gens s’y installent. Il devient donc plus difficile d’y vivre, d’être en mesure de payer un loyer en tant que jeune », souligne-t-elle.

Alors que le coût de la vie augmente dans les petites villes, les salaires ne suivent pas nécessairement, créant un écart considérable entre les dépenses et les revenus.

L’une des recommandations du rapport est d’augmenter le salaire minimum de 5 $ de l’heure dans chaque province et territoire, « le minimum pour qu’il s’agisse d’un salaire décent » d’après Claire Patterson.

La spécialiste des communications déplore aussi qu’il existe toujours un écart de revenu entre les sexes, variant de 1,19 % (Québec) à près de 23 % (Yellowknife) : « Ce n’est pas complètement surprenant, mais c’est frustrant. »

Source : Youthful Cities.

 

Le logement, nerf de la guerre

Le directeur de l’École des hautes études publiques (HEP) de l’Université de Moncton, Pierre-Marcel Desjardins, estime que l’étude « soulève d’excellents points et des questions importantes ».

Il met toutefois en garde contre le danger de « généraliser et de simplifier notre analyse […] Il y a un travail impressionnant qui a été fait, mais il faudrait faire attention aux conclusions », car il s’agit bien de moyennes.

« Ce ne sont pas tous les jeunes [qui s’endettent] et, dans certains cas, c’est un investissement d’étudier pour que demain on soit dans une meilleure situation », nuance l’économiste.

Il reconnaît toutefois que lorsqu’il était lui-même aux études, les frais de scolarité étaient moindres proportionnellement aux salaires de l’époque. « Je pense que l’éducation est moins accessible qu’avant et le problème du logement accentue cette situation-là », ajoute Pierre-Marcel Desjardins, qui aimerait que les gouvernements en fassent beaucoup plus en
la matière.

C’est aussi l’une des revendications de la présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), Marguerite Tölgyesi : « L’abaissement des frais de scolarité est certainement une solution à court terme, mais c’est gratter la surface. Il faut aller plus loin, dans les logements abordables; les résidences étudiantes coûtent une fortune », dénonce-t-elle.

Elle suggère par exemple la mise en place de programmes pour faciliter la cohabitation entre les personnes aînées et les jeunes. « Moi, j’habite avec mes parents et je ne pourrais pas faire autrement, et je suis dans les plus vieilles des jeunes maintenant! C’est un peu décourageant quand on y pense, surtout avec les prix des maisons. Dans ma tête, c’est dans des milliers d’années que je pourrai m’en payer une! », lance Marguerite Tölgyesi, qui réside à Whitehorse au Yukon.

Les jeunes francophones en milieu minoritaire, qui doivent souvent déménager pour continuer leurs études au postsecondaire en français, peuvent aussi être confrontés à des défis supplémentaires.

« L’établissement postsecondaire francophone le plus proche de chez nous, c’est le Campus Saint-Jean [en Alberta]. C’est quand même quatre vols par année, incluant revenir pour Noël, un loyer de plus, un déménagement complet… C’est gros et c’est stressant pour des jeunes », souligne la présidente de la FJCF.

La FÉÉCUM inquiète

Du côté de la Fédération des étudiantes et étudiants du Centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM), on constate que la pression financière s’est accrue depuis le début de la pandémie. Son président, Jean-Sébastien Léger, a toutefois été surpris d’apprendre le piètre classement de sa ville.

« Je ne savais pas que la situation était aussi accentuée dans les Maritimes. Moncton et Halifax sont parmi les pires du palmarès! On savait qu’il y avait des problématiques pour l’accessibilité, liées aux enjeux du coût de la vie et de l’inflation qui se fait sentir davantage dans les Maritimes, mais je suis assez surpris de constater que la situation est à ce point déplorable », note-t-il.

Plusieurs étudiants de Moncton travaillent déjà à temps partiel et n’ont pas la possibilité de faire plus d’argent tout en continuant d’étudier à temps plein, souligne Jean-Sébastien Léger.

« On s’inquiète de comment les étudiants vont être capables de payer cet écart-là, de continuer à payer leurs études tout en ayant une qualité de vie! Ce n’est pas acceptable de devoir se priver des choses de base », ajoute le président de la FÉÉCUM.

Pour tenter de soulager un peu ses membres de leur fardeau financier, la fédération a bonifié l’offre de sa banque alimentaire. Celle-ci existe depuis 2015, mais son achalandage a connu une « augmentation fulgurante » depuis le début de la pandémie d’après Jean-Sébastien Léger, passant d’environ 80 utilisateurs à plus de 350.

Le président de la FÉÉCUM déplore que le contexte économique « freine l’accessibilité [aux études] et la qualité de vie de plusieurs étudiants, particulièrement de ceux en situation vulnérable ; soit des personnes monoparentales ou des étudiants internationaux ».

D’après l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, il serait important que les gouvernements mettent en place des mesures ciblées pour venir en aide à ceux et celles qui en ont le plus besoin. Il suggère d’agir sur deux éléments : les frais de scolarité et le logement, potentiellement par un programme de bourses d’études afin de prioriser ceux qui en ont le plus besoin.

« Les gouvernements n’ont pas des fonds sans limites et je pense que d’une perspective d’équité, pour un monde plus juste, on doit cibler les gens qui ont plus de défis », recommande-t-il.

Pour Youthful Cities, la prochaine étape sera de s’assurer que les personnes au pouvoir prennent connaissance du rapport et s’en servent pour développer des politiques publiques adaptées aux défis de la jeunesse canadienne.

 


 

Tendances principales
• Les salaires et les rémunérations ne suivent pas le rythme du coût de la vie dans les villes.
• Même les jeunes qui travaillent à temps plein ne sont pas assurés d’avoir les moyens de vivre dans leur ville de résidence.
• De nombreux jeunes effectuent des travaux essentiels dans le secteur des services et continuent de percevoir de faibles salaires.
• Après des décennies d’efforts pour créer l’équité entre les sexes, les jeunes hommes continuent de gagner plus que les jeunes femmes dans chaque ville canadienne examinée.
• Dans toutes les villes, le salaire minimum n’est pas un salaire décent – les écarts vont de 2 à 10 $.
• Au niveau régional, la région de l’Est est la moins abordable dans l’ensemble, principalement en raison de la réduction des salaires sur la côte Est, tandis que l’Alberta et le Québec offrent davantage de possibilités d’économiser de l’argent.
• Lethbridge est la ville la plus abordable, mais présente également l’un des plus grands écarts d’accessibilité entre les sexes.
• Les emplois à temps plein sont le ticket d’entrée des jeunes pour l’accessibilité financière, mais ce n’est pas une garantie – 2/3 des villes restent inabordables même lorsque les jeunes travaillent à temps plein.

Solutions proposées
• Atteindre 66 % d’emplois à temps plein pour les 15 à 24 ans (actuellement 49 % contre 86 % pour les plus de 25 ans).
• Augmenter le salaire minimum de 5 $ dans chaque province et territoire.
• Réduire les coûts : éducation de 15 % ; transports en commun de 25 % ; logements locatifs de 20 %.

Source : Rapport de Youthful Cities

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