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La belle saison est complice de la bienveillance

La belle saison est complice de la bienveillance

Cécile Girard

Les jours resplendissants de l’été ont enfin touché le quai. Mais ils n’arrivent pas seuls. Leur arrivage attire une faune variée, au propre comme au figuré. Lorsque la belle saison jette l’ancre à Dawson ou à Teslin, dans l’arrière-pays ou dans la capitale, il est difficile de demeurer impassible. En effet, le paysage se transforme et les bouées changent quand la ruée touristique ou la ruée des travailleurs saisonniers commence. Les ours qui broutent les pissenlits dans les fossés et les jeunes chevreuils qui batifolent sur le versant des montagnes signalent aussi que le beau temps a débarqué.

Comment reconnaître les touristes à coup sûr? Si le trafic est arrêté des deux côtés de la rue et n’attend plus que l’homme ou la femme traverse enfin, il y a de fortes chances que cette personne soit un touriste ou une touriste. Faut-il klaxonner pour lui signifier son impatience ou lui faire une grimace imitant son air perdu? Ni l’un ni l’autre. Il convient de lui sourire et de lui enjoindre amicalement d’avancer. Pourquoi lui faire croire que nous sommes pressés, alors qu’on bâille encore, à peine sortis du sommeil hivernal? « Là où il y a de la presse, il n’y a pas de plaisir ». Laissez l’impatience se morfondre dans les cités surpeuplées, soyez Yukonnais ou Yukonnaises jusqu’au bout de vos cordages! Larguez les voiles, la belle saison est complice de la bienveillance des amitiés en devenir.

Le touriste-plaisancier, capitaine d’un immense vaisseau motorisé vogue vers une destination estivale. Ce faisant, il ralentit à son insu une flottille d’automobilistes. Doit-on le dépasser au sommet d’une vague afin de lui faire savoir de quel bois se chauffent les gens du Nord, ou encore le suivre de très près afin qu’il accélère? La réalité dépasse souvent la fiction : ces gens en vacances ne sont pas pressés d’arriver à destination. Ils admirent le paysage, se félicitent d’être sur la bonne voie en consultant fréquemment leur carte. Pourquoi ne pas leur donner un aperçu du savoir-vivre et des belles manières qui caractérisent la population vivant au nord du 60e parallèle? Pourquoi ne pas leur faire partager la douceur de vivre qui descend sur tout le territoire quand le soleil se mêle de la partie? Savoir accueillir les étrangers, s’ouvrir à leurs coutumes ne peut qu’être enrichissant, un petit peu de patience suffit.

Et qu’en est-il des travailleurs saisonniers attirés par la manne estivale? Pas un sou en poche, mais une fleur au chapeau, ces gens reviennent d’année en année pour joindre des équipages pas toujours organisés. Les terrains de camping deviennent leur gîte l’espace d’une saison. En ces lieux bucoliques, les moustiques sont leurs pires ennemis. Mais le Yukon demeure quand même leur port d’attache estival.

Et enfin, la véritable faune qui peut être la source de tant de belles rencontres? Il suffit de se préparer et de ne point l’intimider. Ne pas l’attirer avec l’ignorance de ses mœurs et habitudes. Ne pas se croire maître des lieux, des sentiers, des montagnes et des forêts. Respecter son territoire, savoir l’apprécier.

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