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Keno : une Franco-yukonnaise se souvient

Marie-Hélène Comeau

La vie à la mine d’Elsa a attiré bon nombre de mineurs, mais également leurs conjointes qui partaient à l’aventure rejoindre leur amoureux dans le Grand Nord canadien. C’est l’histoire de Diane Corbin qui a quitté Trois-Rivières pour le Yukon en 1984.

« Je me souviens encore de la date, le 1er septembre 1984. C’était le plus beau voyage en avion que j’avais fait de ma vie », confie celle qui allait rejoindre l’élu de son cœur, Marc Martel, qui travaillait alors à la mine depuis près de six mois.

Diane Corbin est bien connue dans la communauté franco-yukonnaise pour son travail en petite enfance depuis 1992 à La garderie du petit cheval blanc. Elle y est depuis si longtemps qu’on en oublie tout le chapitre de sa vie passée à Keno lors des années glorieuses de l’exploitation minière. D’où la surprise d’ailleurs des visiteurs du musée de Keno de la reconnaître lors d’une lecture attentive des photos d’archive; un visage parmi la mosaïque pluriculturelle de Keno.

Malgré les années, Diane Corbin reste attachée à Keno. Photo: Marie-Hélène Comeau

Malgré les années, Diane Corbin reste attachée à Keno. Photo: Marie-Hélène Comeau


La population de la mine était en effet composée de différentes origines culturelles. Il s’agissait d’une composition stimulante comportant toutefois un certain potentiel de dégradation. Car, une quarantaine d’années après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs cicatrices n’avaient pas eu le temps de se refermer. Une telle rencontre pluriculturelle aurait pu devenir explosive.

« Il y avait des gens de partout, des Allemands, des Français, des Italiens, ou des Vietnamiens, et bien sûr des Canadiens. On se promenait avec nos dictionnaires et nos gestes, puis on finissait par se comprendre. On formait une petite famille malgré nos différences, on arrivait à vivre en harmonie », se souvient-elle.

C’est à Keno que Diane et Marc ont eu leur fils. Au moment où ce dernier a atteint l’âge de la scolarité, la mine a fermé entraînant du même coup l’exode de la population et la fermeture de la seule école. N’ayant pas d’autres options, Diane a alors entrepris d’enseigner à son fils à la maison.

« J’ignorais à l’époque qu’il y avait une école francophone à Whitehorse, car à mon arrivée au Yukon, je me suis rendue directement à Keno », explique-t-elle. « Je m’étais donc renseigné à Keno pour comprendre le fonctionnement des cours par correspondance et on m’avait indiqué qu’ils n’existaient qu’en anglais. J’ai donc enseigné à mon fils en anglais en utilisant un système avec des livres et des cassettes qui voyageaient entre nous et l’enseignant », raconte Diane Corbin qui a enseigné ainsi à son fils la prématernelle, la maternelle et une bonne partie de la 1re année.

Keno devenant de plus en plus déserte, la petite famille a pris la décision de quitter les lieux pour Whitehorse. Ce n’est qu’une fois déménagée dans la capitale yukonnaise que Diane a pu faire l’heureuse découverte d’une communauté francophone, et surtout de l’École Émilie-Tremblay où son fils a pu poursuivre ses études en français. Près d’un quart de siècle plus tard, ce sera au tour de sa petite-fille de faire son entrée à l’école francophone cet automne.

La transmission du français tout comme celle de l’histoire de Keno se poursuit de génération en génération. Malgré les 465 km qui séparent Whitehorse de Keno, le lien ne s’est jamais effrité. La famille y possède toujours une maison et Marc a racheté avec son frère Léo l’hôtel Keno qu’ils rénovent afin de lui redonner son lustre d’antan.

Selon Diane Corbin, les habitants de Keno sont toujours très attachés à ce lieu à caractère mythique. Il est d’ailleurs difficile d’y acheter une maison puisqu’elles se transmettent généralement de génération en génération afin qu’elles puissent rester dans la famille. Il en sera ainsi pour leur maison qu’ils planifient de garder dans la famille pendant longtemps, comme la trace d’une époque révolue, mais dont la magie perdure.


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