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Élise Germain : la nature et le féminisme en toile de fond

Agnès Viger

Artiste autodidacte, Élise Germain aime particulièrement la sculpture et la linogravure – une technique de gravure sur linoléum permettant de créer un motif sur tampon, qu’elle utilise pour des étampes sur tissu et cuir. Le Yukon sauvage lui offre de nombreuses sources d’inspirations.

Élise Germain se lasse rapidement, c’est pour cela qu’elle ne se limite pas dans les techniques utilisées. Photo : Agnès Viger.

 

Après un premier été passé à Dawson en 2016, Élise Germain est revenue au Yukon en octobre 2021. « J’avais “flashé” sur l’esthétique de la ville, la nature proche et la communauté éclectique, explique l’artiste. Je trouve la vie monotone, alors j’ai été attirée par le fait qu’il se passe plein de choses à cet endroit. Mes projets d’art sont impulsifs, mon imagination n’est pas tout le temps là. »

Grandement inspirée par la nature, Élise Germain a notamment créé une série de linogravures de champignons yukonnais et des vêtements sculptés inspirés de la mythologique créature du Sasquatch. Elle termine actuellement un baccalauréat en sciences sociales après avoir obtenu des certificats en études féministes et en animation culturelle. Elle aimerait pouvoir compléter son cursus avec un certificat en études autochtones.

Des œuvres engagées

Élise Germain travaille actuellement au Refuge pour femmes de Dawson, dans un salon de coiffure et dans un bar. Ces différents emplois lui permettent de côtoyer autant des lieux propices à la violence envers les femmes que des lieux qui militent pour leur protection.

Elle a subi du harcèlement scolaire lorsqu’elle était au secondaire et, à l’époque, les instances ne l’ont pas soutenue. « Aujourd’hui, on croit davantage les victimes », s’enthousiasme-t-elle. Son travail auprès des femmes est une source d’inspiration. « Même quand je réfléchis aux atrocités que font certains hommes, je me console en pensant à mes collègues, à mes formations. Le clash de ces deux mondes, ça donne quelque chose de positif. Voir ce qui se passe au refuge m’inspire : je laisse ça mijoter », livre-t-elle.

Élise Germain a découvert le féminisme au Québec : « Je rentrais d’un voyage initiatique et je me suis pointée à une manifestation sans savoir vraiment où j’allais. J’y ai rencontré trois femmes, des guerrières. Elles m’ont aidée à me construire en tant que féministe. Ça a expliqué ma vie, mes combats. Je m’identifiais vraiment avec leurs luttes. Je suis tombée en amour avec le féminisme, je me suis dit que c’est ça que je voulais étudier », explique-t-elle.

Aujourd’hui, Élise est particulièrement engagée dans la communauté et la plupart de ses œuvres sont politisées et féministes. Elle sculpte le corps de la femme, plus particulièrement les visages et l’appareil génital féminin. Des messages féministes et anti-patriarcaux sont inscrits en français et en anglais sur la majorité de ses gravures.

Sa création la plus récente est une linogravure représentant un cocktail Molotov, où une brassière remplace le torchon flamboyant. Elle a hâte que l’été arrive pour pouvoir vendre ses créations au marché des artistes. « Parfois, je fais don de certaines œuvres comme remerciement ou quand la personne intéressée n’a pas les moyens de l’acheter : c’est un acte militant. J’ai déjà aussi proposé des coupes de cheveux gratuites », partage-t-elle.

La nature comme pilier

Élise Germain a grandi au Québec dans la région du Bas-Saint-Laurent. Elle se sent connectée à la nature depuis toujours et aime collectionner ses trouvailles : crânes, plumes, fleurs. Elle utilise ensuite ces matériaux pour ses œuvres.

« Je fais de l’art depuis que je suis petite. J’ai comme un talent naturel », partage-t-elle. Elle a été initiée à la taxidermie et travaille le plus possible avec « des matériaux nobles, comme la fourrure, le cuir et les os ». Elle a notamment utilisé des crânes de lynx et d’oiseaux, des plumes et des ailes de papillons dans des cyanotypes, un procédé photographique monochrome réagissant aux rayons UV.

Depuis quelques mois, elle travaille plus particulièrement la terre argileuse pour créer des petites sculptures, le plus souvent avec des figures féminines. « Sculpter de l’argile, c’est être en connexion avec la Terre et le monde minéral, explique-t-elle. Représenter des femmes est naturel : la planète est notre mère, elle nous nourrit. »

Dans ces prochaines créations, Élise Germain aimerait insérer des références aux Premières Nations, étant inspirée par la nature environnante de Dawson, habitat traditionnel des Tr’ondëk Hwëch’in. « J’aimerai par exemple mettre des mots en langage Hän sur la nature, la résistance ou les femmes, mais c’est tellement facile de glisser du côté de l’appropriation culturelle qu’il faut être très vigilant », conclut-elle.

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