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Éditorial – Blanche

Maryne Dumaine

Malgré le titre évocateur de douceur, cet éditorial ne traite pas de la couverture hivernale qui vient de se déposer sur notre contrée. Blanche, c’est la couleur de ma peau.

Photo : Pixabay

 

À première vue, vivant au Yukon, le choix du thème de la semaine de l’immigration m’a paru discutable. « Ma couleur francophone ». Difficile, en tant que femme blanche européenne qui a immigré dans un milieu majoritairement blanc, d’assumer des propos au sujet de l’immigration des personnes de couleur.

Pourquoi des francophones majoritairement blancs ont-ils, au niveau national, choisi un thème qui fait référence à la couleur de peau et à la diversité ethnique?

La série Dear White People illustre, à bien des reprises, le caractère intrinsèquement controversé du concept « d’allié blanc » dans l’activisme antiraciste : au lieu d’insister sur le fait que soutenir cette cause est important, mieux vaut diffuser la voix des personnes concernées. Paige Galette (voir chronique en page 18) lance d’ailleurs un message clair : pour s’allier à la cause antiraciste, le mouvement a besoin d’actions et d’appuis concrets, au-delà d’un simple soutien « de fait ». C’est probablement la seule voie pour que le caractère « systémique » du racisme soit enrayé. Arrêtons de parler au nom des autres, et donnons la parole aux personnes concernées, offrons-leur des vitrines, et même mieux : laissons leur leadership s’exprimer.

C’est justement ainsi que la Semaine de l’immigration francophone va dans le bon sens! Elle offre l’occasion de bousculer les mentalités pour mettre en lumière la minorité (ethnique) dans la minorité (de langue) minoritaire (en contexte d’immigration). Quand il s’agit de souligner les minorités, on peut dire que les Franco-canadiens savent y faire!

Une question persiste pourtant : si le fédéral vise 4,4 % d’immigration francophone hors Québec d’ici 2023, des forums de recrutement, tels que Destination Canada, ont-ils lieu aussi dans des pays noirs? Si les arts et la culture francophones rayonnent dans nombre de pays aux ethnies diversifiées, avec des projets comme La Caravane des dix mots, qu’en est-il de l’immigration? Combien d’immigrants de couleur sont visés par cette statistique qui déjà, en soi, semble optimiste! Et dans un contexte de pandémie, qui plus est!

Notre monde est marqué d’erreurs et d’injustices. Mais nous pouvons agir. Oui, le terrorisme s’atrocifie (était-ce pourtant possible?), la science s’acharne à dégotter le remède miracle (à tout prix?). Qui n’a pas rêvé d’avoir un petit drapeau blanc pour mettre le monde sur « pause »?

L’Organisation des Nations unies a décidé en 1988 que la semaine du 11 novembre (le jour du Souvenir) serait dédiée chaque année au lien entre la science et la paix. L’objectif : encourager la communauté scientifique à étudier les liens entre le progrès de la science et le maintien de la paix et de la sécurité. Cette semaine officielle résonne aussi avec la journée du 9 novembre, qui marque la chute du mur de Berlin…

Bon, tout ça, ça donne un peu le blues. Justement, Yves Lafond en parle du blues, et Julie Gillet décrit celui des glaciers…

Alors oui, il neige, mais ça n’empêche pas de s’informer, de réfléchir et d’agir. Quelle que soit notre couleur de peau, nos actions laissent des traces, au-delà de celles que nos skis laissent dans la neige!

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