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Année 2021, l’éveil des consciences

Laurie Trottier

Si l’année 2021 était une musique, tous et toutes s’entendent pour dire que ce ne serait pas une berceuse. Avant de tourner la page, nous vous proposons une revue de l’an dernier, parsemée d’éléments qui redonnent espoir.

La Journée de la robe rouge a été célébrée le 5 mai dernier. En symbole des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées du Canada, des robes rouges ont été accrochées le long du sentier Millenium. Photo : Laurie Trottier

Les aléas du climat

Cet été, les événements climatiques hors de l’ordinaire se sont multipliés au territoire. L’Armée a été déployée pour venir en aide aux citoyens et citoyennes aux prises avec les inondations dans les régions des lacs du Sud et du lac Laberge, alors que le niveau de l’eau fracassait les records établis en 2007.

Pendant ce temps, un dôme de chaleur creusait son nid partout au Yukon, jusqu’à faire grimper le thermomètre à 29,3 °C à Old Crow en juillet. La sécheresse et la chaleur étant un terreau fertile pour les feux de forêt, plus d’une centaine ont été déclarés pendant cette même période.

Des scientifiques yukonnais nous ont mis en garde : l’anormal deviendra la norme, alors que les événements météorologiques extrêmes se multiplieront dans les prochaines années.

Malgré ces constats moroses, 2021 a aussi eu son lot de bonnes nouvelles pour l’environnement. Un premier Comité jeunesse sur les changements climatiques a été formé et a proposé 27 actions concrètes au gouvernement pour pallier la crise climatique, tant aux plans de l’éducation, de l’économie et de la science.

Un programme de bourse en action climatique a aussi été mis sur pied par les Premières Nations du Yukon. 14 boursiers et boursières réfléchissent à la crise climatique autrement et proposent une autre approche pour éveiller les consciences.

La saga pour la protection de la Réserve faunique nationale de l’Arctique (RFNA), en territoire gwich’in, a connu un premier dénouement heureux en novembre dernier, alors que le plan d’infrastructures du président américain Joe Biden, le Build Back Better Plan, a été adopté par la Chambre des représentants.

Si le vote du Sénat, prévu très prochainement, est en sa faveur, les protections de la RFNA seront remises en place et empêcheraient l’exploitation pétrolière dans la réserve.

Enjeux sociaux

La crise des opioïdes a atteint de tristes sommets en 2021, alors que le taux de décès par personne dus aux opioïdes au Yukon est devenu le plus élevé au pays, devançant la Colombie-Britannique.

La vie de 21 Yukonnaises et Yukonnais a été fauchée par les surdoses. Pour tenter de minimiser les risques de surdose, un tout premier centre d’injection supervisée a ouvert ses portes au centre-ville en septembre. La caravane du centre Blood Ties Four Directions a continué d’offrir ses services malgré les défis de logistique engendrés par la pandémie de COVID-19.

14 personnes sont d’ailleurs décédées de la COVID-19 au Yukon en 2021, et une en 2020.

Le 26 octobre dernier, l’ensemble de la population yukonnaise recevait une alerte en anglais par téléphone cellulaire, mettant en garde contre une situation dangereuse à Faro. Ralph Bernard Shaw, 61 ans, fait face à des accusations de meurtres au premier degré et de tentatives de meurtres. Saengduean Honchaiyaphum, l’ex-femme de l’accusé, et Patrick McCracken ont été tués dans cette tragédie.

Les problèmes de logement ont fait couler beaucoup d’encre au territoire, alors que les coûts de location d’unités ont monté en flèche. Le dernier dénombrement réalisé dans la nuit du 13 avril dernier par Safe at Home, un organisme qui vise l’élimination et la prévention du sans-abrisme, a identifié qu’au moins 151 personnes n’avaient pas de domicile, et que 85 % d’entre elles étaient autochtones. Un gel des loyers a été mis en place en mai, prohibant une hausse de loyer supérieure au taux d’indexation.

En mars 2021, le gouvernement du Yukon a aussi instauré le système de garderie à 10 $ par jour, grâce à une entente avec le gouvernement fédéral. La mesure a permis aux parents d’économiser et aux garderies de bonifier les salaires de leurs éducateurs et éducatrices.

D’ailleurs, en éducation, le CSSC Mercier a célébré ses trois premier.ère.s finissant.e.s. Le nouveau programme de plein air, Connexions, a aussi vu le jour. Enfin, pour la première fois, une Franco-Yukonnaise, Marguerite Tölgyesi, a été élue à la présidence de la Fédération de la jeunesse canadienne-française.

Enjeux autochtones

Les découvertes des corps d’enfants sur le terrain d’un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique, ont ébranlé tout le pays en juin dernier. Des cérémonies ont eu lieu partout au territoire en guise de commémoration et les célébrations de la fête du Canada ont été annulées.

Ces décès ont aussi été honorés lors de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada, le 30 septembre. Une statue représentant une femme autochtone tenant un tambour dans sa main figure maintenant sur le sentier Millenium à Whitehorse, en l’honneur des femmes, des filles et des personnes bispirituelles+ autochtones disparues et assassinées (FFDA2S+).

En 2021, le Centre des langues autochtones du Yukon a aussi publié de nombreuses vidéos dans lesquelles des membres des Premières Nations revisitent des contes, pour contribuer à la revitalisation des langues autochtones.

Une année électorale

En 2021, les Yukonnaises et Yukonnais sont allés aux urnes à trois reprises, pour élire les gouvernements fédéral, territorial et municipal.

Au territoire, la lutte a été des plus serrées et s’est conclue par le premier gouvernement minoritaire depuis plus de 30 ans. Une égalité est survenue entre le Parti libéral et le Parti du Yukon lorsque les libéraux ont perdu le tirage au sort contre le Nouveau parti démocratique (NPD) dans la circonscription de Vuntut Gwitchin (Old Crow).

Ce n’est que trois semaines plus tard qu’une entente de collaboration entre le NPD et le Parti libéral a été signée. Cette entente prévoit entre autres l’établissement d’une clinique de santé mentale sans rendez-vous à Whitehorse et la hausse du salaire minimum à 15,20 $.

Au niveau municipal, Laura Cabott devient la première mairesse ouvertement lesbienne à siéger au conseil municipal de Whitehorse. La population a également accordé sa confiance à des conseillères et conseillers plus diversifiés que jamais, notamment en élisant la première conseillère autochtone depuis 1991.

Les francophones et francophiles du pays attendaient avec impatience le dépôt du projet de loi sur les langues officielles du gouvernement canadien. Mais l’annonce d’élections a fait mourir le projet de loi au feuilleton. D’ailleurs, cette élection marquera les esprits : l’ancien médecin-hygiéniste en chef du territoire Brendan Hanley a gagné son pari en remportant ses premières élections et en devenant le nouveau député fédéral du territoire. À noter que le Dr Hanley est un francophile de longue date et est parfaitement bilingue.

Retour de la culture et des moments de convivialité

La pandémie a continué d’ébranler les sorties culturelles attendues au territoire pendant 2021. Le groupe Soir de semaine a tout de même pu tenir un lancement pour son nouvel album et, au Yukon, la fête québécoise de la Saint-Jean-Baptiste a été célébrée trois mois plus tard! On a aussi honoré le départ de Roch Nadon, après 25 ans de service au sein de l’Association franco-yukonnaise.

Le spectacle Onde de choc a effectué un virage en ligne le 11 février, mais Fred Pellerin était en personne pour deux représentations de suite, une première dans sa carrière. Sinon, la communauté yukonnaise a pu profiter du marché Fireweed, tous les jeudis de l’été au parc Shipyards, où l’on retrouve plusieurs commerces francophones.

Un bilan en demi-teinte donc, bien dans l’air du temps.

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