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30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Laurie Trottier

Il s’agit du 80e appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation. Et aujourd’hui, il se concrétise : le 30 septembre devient la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

La cérémonie de dévoilement de la statue a été ouverte au son du tambour, afin de respecter les coutumes et la culture autochtones. Une prière a été prononcée au début et à la fin de l’événement. Photo : Laurie Trottier.

 

Cette journée a pour but d’« honorer les survivant.e.s, leurs familles et leurs communautés, et veiller à ce que la commémoration publique de l’histoire et l’héritage des pensionnats demeure un élément vital du processus de réconciliation ». Avant, la journée était connue comme celle du « chandail orange ».

Par voie de communiqué, le ministre responsable de la Commission de la fonction publique John Streicker a lancé un appel à la population yukonnaise, afin qu’elle puisse « profiter de ce moment pour mieux comprendre l’histoire de la persécution des communautés autochtones au Canada et pour réfléchir aux moyens de faire avancer les choses au sein de nos collectivités aujourd’hui. » Il ajoute que nous devons tous avancer sur le chemin de la réconciliation.

Le Yukon est souvent reconnu pour ses actions en lien avec la réconciliation. En décembre dernier, il a été la première juridiction à présenter une stratégie en réponse à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Plus tôt cet été, le processus visant la création d’une commission scolaire autochtone a rallié 10 des 14 Premières Nations autour de la table. L’an dernier, une Direction de l’Éducation pour les Premières Nations du Yukon a été mise sur pied. Mais pour plusieurs, beaucoup reste à faire avant d’atteindre la réconciliation.

Une statue pour les victimes

Près du parc Rotary, un nouveau monument borde désormais le sentier Millenium, tout près du fleuve Yukon. On peut apercevoir une statue en bronze d’une femme autochtone tenant un tambour dans sa main, en l’honneur des femmes, des filles et des personnes bispirituelles+ autochtones disparues et assassinées (FFDA2S+).

« L’héritage des FFDA2S+ est une tache sur notre histoire et continue d’avoir un impact sur notre réalité actuelle, ici au Yukon et dans tout le pays. Le projet Trouver la paix est une humble contribution pour honorer les nombreuses pertes et offrir à jamais un lieu de mémoire », a soulignée Adeline Webber, administratrice du Yukon et membre fondatrice du Cercle des femmes autochtone de Whitehorse lors de la cérémonie publique de dévoilement de la statue, le 17 septembre. Une cérémonie privée avec des membres de la famille des FFDA2S+ avait été organisée la veille.

Le projet Trouver la paix est une collaboration entre plusieurs organismes autochtones du territoire, les familles, la Ville de Whitehorse et le gouvernement territorial. La statue a été réalisée par l’artiste Halin de Repentigny.

Devant la centaine de personnes présentes pour le dévoilement de la statue, la cheffe de la Première Nation des Kwanlin Dün Doris Bill a partagé le souhait que d’autres monuments de la sorte soient érigés aux quatre coins du pays. Jeanie McLean, ministre de l’Éducation et ministre responsable de la Direction de la condition féminine et de l’équité des genres du Yukon, a quant à elle rappelé qu’il s’agissait de premiers pas vers la réconciliation et a invité les personnes présentes à se positionner en alliées des causes autochtones.

La communauté francophone tend la main

Un message qui a trouvé un écho dans la communauté francophone. Un nouvel axe a déjà été intégré au Plan stratégique communautaire francophone – une planification stratégique servant de guide aux organismes franco-yukonnais de 2020 à 2025 – soit celui de la diversité et de l’inclusion. Cet axe vise entre autres à favoriser les relations entre les Autochtones et les francophones au territoire. Puis, l’Association franco-yukonnaise (AFY) a aussi intégré cette sensibilité au sein de son plus récent plan stratégique, visant un « rapprochement avec les Premières Nations dans l’esprit de la réconciliation ».

Pour la directrice Isabelle Salesse, il s’agit surtout de tendre la main aux Autochtones, mais sans arriver avec de gros sabots : « Il y a des étapes et on ne peut pas croire que toute la misère qu’on leur a infligée, toute l’incompréhension et tous les manquements de la majorité blanche puissent être effacés si rapidement. » Elle souligne que la communauté francophone et l’AFY sont dans une position plus solide et forte qu’il y a 40 ans, et que si certaines feuilles de route des batailles qu’elles ont menées peuvent s’avérer utiles pour les Premières Nations, elle souhaite les partager.

Pour en savoir plus sur la Commission de vérité et réconciliation et les 94 appels à l’action, rendez-vous sur le site Internet du Centre national pour la vérité et la réconciliation : nctr.ca/?lang=fr.

 

 


 

Définitions de réconciliation

Depuis la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui a recueilli entre 2008 à 2015 des témoignages sur les traumatismes perpétués dans les pensionnats autochtones, le terme « réconciliation » est souvent utilisé pour décrire les différentes actions à mettre en place pour rebâtir la relation entre le Canada et les peuples autochtones. Mais qu’entend-on par réconciliation? Voici quelques définitions.

 

Photo : Laurie Trottier

 

Jeanie McLean, ministre de l’Éducation et ministre responsable de la Direction de la condition féminine et de l’équité des genres du Yukon. Elle a participé à l’élaboration de Changer l’histoire en défense de la dignité et de la justice : la Stratégie du Yukon sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles+ autochtones disparues et assassinées.

Première Nation de Tahltan

« Pour moi, ça revient vraiment à des actions. La réconciliation n’est pas une destination, c’est un cheminement. Cela passe par une décolonisation du système. »

 

 

Photo fournie

 

 

Ruby Grant, assistance administrative pour les initiatives autochtones au ministère de l’Éducation du gouvernement du Yukon.

Conseil des Tlingits de Teslin

« On ne peut parler de réconciliation sans parler de vérité! La vérité est encore en train d’être révélée à ce jour. […] Il faut davantage de sensibilisation et de connaissance de ce qui s’est passé avant qu’on puisse se réconcilier. Puis, nous pouvons nous rassembler, nous comprendre, nous soutenir et reconnaître nos différences sans jugement. »

 

 

 

 

Photo : Laurie Trottier

Adeline Webber, administratrice du Yukon et membre fondatrice du Cercle des femmes autochtone de Whitehorse.

Conseil des Tlingits de Teslin

« La réconciliation est le fait de travailler ensemble, équitablement, et de répondre aux enjeux pour faire du monde une meilleure place pour tous. Il faut être accueillant et ouvert. Nous n’y sommes pas encore, mais nous avons certainement fait des progrès. »

 

 

 

 

Photo : Laurie Trottier

 

Doris Bill, cheffe de la Première Nation des Kwanlin Dün.

« La réconciliation, ça passe par la reconnaissance que le territoire traditionnel du Yukon appartient aux Premières Nations. Ça consiste à reprendre notre juste place. C’est aussi d’avoir une population qui soutient nos causes, nos initiatives et nos efforts d’aller de l’avant. »

 

 

 

 

Photo : Laurie Trottier

 

Doris Anderson, représentante du Conseil des femmes de la division yukonnaise de l’Assemblée des Premières Nations et ancienne présidente du Conseil des femmes autochtones du Yukon.

Première Nation de Champagne et d’Aishihik

« Nous sommes en voie vers la réconciliation, puisque nous travaillons ensemble maintenant. C’est encore un long chemin, rempli de résilience. C’est de comprendre que nous sommes tous égaux à la fin de journée et d’être assez ouverts pour prendre un pas de recul. »

 

 

Photo fournie

 

Duane Gastant’ Aucoin, bispirituel.le et vice-président.e de la Société Queer Yukon. Conseil des Tlingits de Teslin

« La réconciliation c’est d’abord et avant tout de reconnaître que les personnes bispirituelles existent et ont toujours existé. Nous avons été traité.e.s comme l’œuvre du diable et ça a causé énormément de tort à nos communautés. Il faut soutenir les personnes bispirituelles dans leur guérison et les aider à réapprendre leurs rôles au sein même de leurs communautés. Il faut retrouver cette partie de notre culture. »

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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